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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 07:00

Lyonel Trouillot L amour avant que j oublie




 

 

 


Lyonel TROUILLOT
L’Amour avant que j’oublie
Actes Sud, 2007
Babel, 2009





 

 

 

 

 

 

 

 




Lyonel Trouillot est haïtien, né à Port au Prince en 1956. C’est un écrivain aux multiples facettes et je vous encourage à consulter la fiche suivante pour en savoir plus sur sa vie :  Lyonel Trouillot, Yanvalou pour Charlie.

Ce roman est le premier que j’ai lu de cet auteur, il m’a énormément marquée, bouleversée même ; c’est une histoire que l’on aime lire plusieurs fois et qui se redécouvre à chaque lecture…

L’histoire de quatre hommes : l’Écrivain, l’Historien, Raoul et L’Étranger. Leurs vrais noms, on les mentionne au fil du récit, mais ils importent peu, seuls leurs pseudonymes sont importants, ils caractérisent bien leur façon d’être, leurs idées, leur vraie nature.

L’écrivain, c’est le narrateur. Il écrit dans l’urgence, pour ne pas oublier, et surtout pour se livrer à cette femme qu’il a rencontrée dans un colloque de littérature et qu’il aime.

Les trois autres sont ses « aînés », ils vivaient tous ensemble à la pension quand l’écrivain avait vingt ans.



Le fil conducteur du récit

L’écrivain est sans nul doute celui qui relie tous les personnages entre eux : il leur rend hommage en écrivant leurs histoires, du moins ce qu’il sait de la vie de chacun. Le récit est alors divisé en trois parties, sans surprise : LÉtranger, L’Historien, et Raoul. Chacun a sa façon d’être et les moments qu’ils ont passés tous ensemble ont beaucoup marqué l’écrivain, un peu comme si leurs relations ne s’étaient pas arrêtées au simple fait qu’ils étaient voisins et amis, mais que chacun représentait pour lui une figure paternelle.

De même, il y a une chanson qui accompagne le roman, et qui pourrait être qualifiée d’élément répétitif. Un point de repère qui revient régulièrement dans la narration et qui introduit le roman : « Tu connais la chanson :  Bleu, bleu, l’amour est bleu. À l’époque, toutes les voix la chantaient. ». Il s’agit d’une chanson de Vicky Leandros qui a connu un succès mondial en 1967 et a été chantée en plusieurs langues : L’Amour est bleu. On peut ainsi situer l’histoire aux alentours de cette date.



Les personnages principaux

L’Étranger : il est le plus ancien des locataires. Il a pour particularité de laisser constamment la porte de sa chambre fermée à clé.  Il aime raconter ses récits de voyages, ce qu’il a appris en parcourant le monde : « La bouche de l’Étranger vivait de toponymes. Chaque phrase était un long voyage ».

L’Historien : il est le troisième arrivé au pensionnat.  Il dit que l’Écrivain lui ressemble quand il était jeune et l’encourage dans l’écriture de ses poèmes. Pourtant il est aussi celui qui a le plus de regrets et de mal à s’exprimer : « L’Historien n’était pas un homme de confidences. Il jetait des bribes de son ancienne vie à un rythme très lent, laissant beaucoup de temps, un jour, voire une semaine entre deux informations. […] Oui, l’Historien parlait avec un piège dans la gorge, le poids et la mouillure de tant de choses tues »
.
Raoul : il est le deuxième arrivé. Il est « le moins académique des Aînés » ; un peu discret, il a un petit rituel : celui de rendre visite à ses amis mort, et de faire une fois par semaine la tournée des cimetières pour honorer ceux dont on a oublié le nom avec le temps. Il ne parle pas beaucoup, mais il sait raconter des choses justes, et au bon moment : « Je me souviens aussi d’avoir conclu que la littérature de Raoul, pour orale qu’elle était, valait mille fois mieux que la mienne. ».

L’Écrivain : il est le plus jeune. Il dévoile beaucoup de choses sur sa personnalité, ses goûts et ses habitudes dans son récit. Au bout de quelques pages il parle de lui pour la première fois en ces termes :

« Le matin, j’allais donner mes cours au collège. J’enseignais, pour gagner ma vie, une langue que je n’aimais pas et que je connaissais mal. Mais j’attendais la nuit pour me chercher une destinée et une définition. Chaque nuit, dans la chambre, je traquais le poème. Je m’étais donné la poésie pour fin. ».

C’est cette poésie que l’on retrouve tout au long de ce magnifique roman, elle nous enveloppe, nous berce et nous raconte des fragments de vies et de souvenirs d’une façon particulièrement émouvante.



Un récit déstructuré

Le narrateur écrit sur chaque souvenir qu’il a des aînés, et comment il a appris des détails sur leurs vies (souvent des choses tenues secrètes ou qui se sont passées avant leur arrivée à la pension). Il concentre donc les souvenirs qu’il a de l’Étranger dans la première partie, les souvenirs de l’Historien dans la deuxième, etc., de sorte qu’il suit un ordre plus ou moins chronologique pour chacun d’eux, mais que certains faits ou détails vus dans une partie seront plus longuement expliqués dans une autre. Sans qu’il s’agisse d’un un véritable puzzle, le lecteur comprend donc l’importance de certains événements bien plus tard dans le récit.  C’est un petit jeu de piste qui réveille l’intérêt du lecteur et le pousse à se remémorer des éléments lus auparavant et qui avaient été compris de manière diffuse. Ainsi malgré cette « déstructuration » (qui est toutefois à minimiser, ce phénomène ne domine pas le roman) il est intéressant de voir comment le récit arrive à regrouper les trois parties et les faire s’imbriquer les unes dans les autres.



Une pensée pour son pays d’origine : Haïti

L’auteur est un fervent défenseur de la démocratie dans son pays, une véritable figure de la résistance luttant contre une dictature de plus en plus oppressante. Beaucoup de ses écrits font référence à cette situation ou portent comme arrière-plan les couleurs d’Haïti, ce qui n’est pas le cas dans L’amour avant que j’oublie. En effet, dans ce roman, le côté sentimental des personnages est privilégié et aucun endroit n’est clairement déterminé (pour donner un caractère universel à l’histoire) mais quelques indices nous prouvent que le cadre est tout de même celui d’Haïti. Lyonel Trouillot rend hommage à la culture de son pays par le biais d’exergues. Par exemple, il cite trois vers d’un poète haïtien nommé Davertige, deux autres de Manno Charlemagne, un artiste et ancien homme politique d’Haïti. Dans la première partie du roman il cite également le nom du « Colonel Albert Pierre » qui était tortionnaire au service de Jean-Claude Duvalier, un homme politique haïtien aux méthodes dictatoriales.



Un roman imprégné de merveilleux

Enfin, malgré les multiples aspects que revêt le récit, son petit côté merveilleux est celui qui m’a le plus fasciné. L’auteur se sert des récits de voyages de l’Étranger pour nous conter des histoires étranges et improbables, mais que l’on adore pour les morales qu’elles véhiculent. Il en est de même dans la partie dédiée à la vie de Raoul, qui se démarque des autres jusqu’à la typographie : les bribes de récit sont à la troisième personne et facilement remarquables par le fait qu’elles sont en italique.



Mon avis

Sans faire d’analyse trop approfondie pour ne pas gâcher  le plaisir des futurs lecteurs, j’espère vous avoir convaincus que L’Amour avant que j’oublie est un magnifique roman qui se savoure !


Golvine, 1ère année édition-librairie

 

 

Lyonel TROUILLOT sur LITTEXPRESS

 

 

Lyonel Trouillot Yanvalou pour Charlie

 

 

 

 Article de Julie sur Yanvalou pour Charlie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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