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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 07:00

Malalai-Joya-Au-nom-de-mon-peuple.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malalaï JOYA
Au nom de mon peuple
traduit de l’anglais
par Dominique Haas
Presses de la Cité, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cette œuvre autobiographique, Malalaï Joya nous fait part de ses nombreuses luttes en faveur d’une démocratie afghane. Tout d’abord, détail important, l’auteure a tenu à dissimuler son nom et celui des siens pour ne prendre aucun risque. Elle prend donc un pseudonyme, « Joya », nom d’un célèbre poète constitutionnaliste afghan. 

Dès les premières pages, nous savons pour quelles raisons elle a commencé ce travail d’écrivain : pour dénoncer, pour représenter son peuple, « pour témoigner du sort du peuple afghan, en exprimant le point de vue d’une représentante de la génération qui a vécu toute sa vie dans un pays en guerre », « c’est l’histoire de mon peuple en lutte que j’écris »

malalai-joya.jpgElle est née dans une famille militante, d’un père démocrate, défenseur des droits de l’Homme ; sa famille a dû fuir plusieurs fois pour le suivre et pour échapper aux fouilles du gouvernement. Malalaï a donc voyagé dès son plus jeune âge de camp en camp de réfugiés politiques afghans. 

Ses parents ont choisi de s’installer au camp de Quetta. Elle entre à l’école à cette époque. C’est une élève brillante, passionnée de littérature. Puis, à l’âge de neuf ans, elle s’engage dans une organisation très active au sein du camp pour alphabétiser les femmes. Sa mère était l’une de ses élèves. Évidemment,  ce mouvement de scolarisation est clandestin afin que les hommes ne leur interdisent pas l’accès à l’instruction car les femmes n’ont  pas le droit de sortir sans leur mari.

 Après douze années d’exil, toute la famille revient en Afghanistan. Cette action de scolarisation ne lui suffit plus et elle décide de s’engager dans une ONG appelé l’OPAWC. Elle agit toujours sur la scolarisation des femmes, mais aussi sur la santé, la famine. Elle parvient même à construire un orphelinat à Ferrat. Femme active au sein de cette association, elle reprend ses études à la fac, dans une filière littéraire.

 Face au gouvernement afghan corrompu, à la domination des chefs de guerre, elle décide de frapper plus fort et se présente aux élections législatives de la Lorga Joya, l’assemblée constitutionnelle destinée à établir une Constitution déterminante pour l’avenir du pays. Après avoir mené à bien sa campagne, Malalai est élue à l’âge de vingt-cinq ans. Cette élection déclenche les hostilités parce qu’elle n’a pas la langue dans sa poche et se permet de dénoncer haut et fort les actes criminels des chefs de guerre, la corruption du gouvernement ainsi que de quelques ONG lors de la première assemblée. A cause de son discours, elle n’a plus le droit d’assister aux assemblées, sur ordre du maître de séance. Elle reçoit même des menaces.
malalai-joya-2.jpg
Malgré cette haine, elle retourne à la Lorga pour dire en toute franchise le fond de sa pensée et démissionner la tête haute. De retour à Farah, accueillie par sa famille et son peuple fiers d’elle, elle n’est toujours pas en sécurité ; elle est victime d’attentats, son orphelinat est brûlé. Elle est toujours en action, assiste à des meetings, des conférences.

Cependant, elle souhaite maintenant se consacrer à sa vie privée, pense à son mariage. Elle ne tient pas à révéler le nom de son futur mari pour ne pas mettre sa famille en danger. Nous savons seulement qu’il a son âge, qu’ils ont fait les mêmes études. C’est un réfugié. Ils partagent les mêmes idées, ils respectent mutuellement leur engagement social et politique. Ils se sont mariés en 2005. A son plus grand regret, elle ne peut plus s’occuper de l’orphelinat de Ferrat, n’obtient plus d’investissements financiers.

Malgré la fermeture de son orphelinat, son départ de la Lorga, elle continue à agir, bénéficie d’un soutien médiatique important mais aussi d’une solidarité internationale.  Elle va s’improviser actrice puisqu’elle va tourner un film qui nous présente des moments de sa vie quotidienne et vie privée. Elle nous parle aussi de sa candidature.

Elle achève son autobiographie en délivrant un message d’espoir : elle est confiante pour l’avenir de son pays et pense les jeunes Afghans capables de reprendre le flambeau.

À nous de conclure maintenant . Tout d’abord c’est un livre d’actualité car il parle de la burqa qui pour elle est le « symbole de l’oppression des femmes ». Elle aborde aussi les attentats du 11 Septembre en dénonçant la corruption des médias qui nous ont offert une image fictive de la réalité. Malalaï souhaite nous peindre un tableau complet et plus réaliste du 11 septembre et de ses répercussions dans son pays : bombes, obus sur des civils, territoire dévasté, « de nombreuses vies qui n’avaient rien à se reprocher ». Elle parle notamment de l’élection de Barack Obama en 2008 et ne remarque aucun changement dans sa politique internationale ;  il apporte juste une valeur symbolique aux Afro-Américains dans leur combat pour l’égalité des droits. Cependant, malgré ces critiques envers les États-Unis, elle y a fait des rencontres agréables.

Il est vrai que j’ai beaucoup apprécié ce livre ; il est difficile de rester objective. On peut dire que c’est une femme de caractère, au parler vrai, qui fonctionne à l’intuition et avec son cœur. C’est une militante ardente pour la cause des femmes : ce sont elles les premières victimes des chefs de guerre, elles sont privées de leurs droits les plus fondamentaux à cause de cet ensemble de lois de mai 1992 régissant la conduite des femmes appelé « ordonnance relative au voile » ; elle insiste sur l’importance de l’instruction des femmes, sur le fort taux de suicide lié à la souffrance qu’elles endurent avec les mariages forcés, les viols, la prostitution … Elle tient un discours dénonciateur qui la met en danger. En effet, elle n’a pas peur de dénoncer la corruption politique d’Hamid Karzaï, ainsi que l’occupation étrangère, les exactions des chefs de guerre de l’Alliance du Nord. Elle continue inlassablement à faire entendre sa voix, à se battre pour faire naître un pays démocratique, laïque, où les femmes vivraient en toute liberté et dignité. Il ne faut pas oublier de dire que c’est une femme très courageuse puisqu’elle ne cesse pas son combat malgré les calomnies, les tentatives d’assassinat, la pression ; elle a la tête sur les épaules dans ce combat pour l’indépendance et sa lutte contre l’injustice. Elle n’a pas peur de mourir pour la liberté.
                       
Johana Mainhaguiet, 2ème année Bib.-Méd.

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commentaires

BILLAUD 22/10/2010 17:21


Je ne trouve pas que Joya denonce spécialement la burqa. Elle donne plus d'importance aux droits des femmes: héritage, propriété, travail, etudes.
Elle parait très agressive mais je suis d'accord avec ses idées.


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