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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 07:00

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Malcom LOWRY
Au-dessous du volcan
Under the Volcano, 1947
traduction Stephen Spriel
Au-dessous du volcan
Gallimard, 1959
Folio, 1973






 

 

 

 

 

L’auteur

Malcolm Lowry est né en Angleterre en 1909 et conçoit très vite le projet de devenir écrivain. Il est accepté à Cambridge en mars 1929 et découvre l’écrivain Conrad Aiken. L’influence de celui-ci sur Lowry est décisive, il lui insuffle notamment l’idée que le malheur est le terrain d’élection du génie littéraire. Lowry met en chantier Au-dessous du volcan dès 1936. Mais son œuvre va traverser plusieurs difficultés avant d’être publiée. En 1940, une première version achevée du roman est refusée par douze éditeurs, Lowry se remet donc au travail. Lors de l’incendie de sa maison (juin 44) au cours duquel plusieurs de ses manuscrits brûlent, le Volcan est sauvé de justesse. Trébuchant à plusieurs reprises, l’œuvre est à l’image de son créateur, toujours fragile et toujours proche du précipice. Paru finalement en 1947, Au-dessous du volcan est considéré comme le chef-d’œuvre de Malcom Lowry, mais aussi comme l’un des grands ouvrages littéraires du XXe siècle.



Résumé

C’est la vie d’un homme en perdition, celle d’un alcoolique, d’un Consul, Geoffrey Firmin, exilé au Mexique. Le roman débute véritablement au deuxième chapitre, le jour de la fête des morts en 1938. Le consul retrouve sa femme Yvonne, qui l’avait quitté un an plus tôt et avec qui il est en instance de divorce. Yvonne a trompé Firmin il y a un an avec Jacques Laruelle, un résident de Quauhnahuac. Pendant toute une année, elle a écrit à Geoffrey des lettres tendres et désespérées auxquelles il n’a pas répondu, et pour cause. Quand Yvonne finit par revenir, la première carte qu’elle envoya après son départ un an plus tôt arrive enfin au Mexique, retardée par des problèmes postiers.

Yvonne et Geoffrey s’aiment encore, et n’ont jamais cessé de s’aimer mais, en dépit de leurs efforts, ils ne parviennent pas à se rejoindre. La séparation n’est pas entre eux, elle est en chacun d’eux... Se déroulant entre le lever et le coucher du soleil, les événements qui forment l’ossature de l’histoire, vont malmener les personnages, en  les faisant  s’aimer et se détester, se trahir et se quitter, se retrouver et se perdre... 



L’enfer en toutes lettres

L’enfer dans Volcano n’est pas celui qu’on retrouve après la mort, une fois le jugement établi. Non, ici l’enfer est lié à la condition humaine, à l’incapacité de saisir le bonheur, la rédemption, la réconciliation, alors qu’ils sont à portée. L’homme ne maîtrise pas tout, il est confronté à ses propres limites et souffre. L’enfer est ici un lieu ou un état de torture : ici torture due notamment à l’alcool mais pas seulement. Le Consul est aussi un personnage velléitaire, comme en témoigne le fait qu’il ne parvient pas à écrire son ouvrage sur la kabbale. Si la difficulté d’être saute aux yeux en ce qui concerne le consul, elle est partagée par Yvonne et par Hugh (le frère du consul qui séduit Yvonne), qui vivent l’un et l’autre un déchirement intérieur, rendu visible lorsque l’un et l’autre reviennent sur leur propre vie (Hugh dans le chapitre 6 et Yvonne dans le chapitre 9). L’enfer apparaît comme une expérience individuelle et universelle, elle s ‘inscrit d’ailleurs dans un ensemble plus vaste, puisqu’à cette date, le monde est au bord du gouffre du point de vue historique, l’ombre de la guerre d’Espagne, répétition générale à certains égards du conflit mondial qui débute peu après en Europe, plane sur le roman.



L’expérience de l’enfer

Le choix auquel est confronté le Consul est donc le suivant : renoncer à boire et retrouver Yvonne ou basculer définitivement dans l’enfer en continuant de boire. Or, le constat du Consul est : « Mais voilà ce que c’est de vivre en enfer ». Il met ainsi  en relief le fait que l’enfer n’est pas seulement un avenir. Geoffrey se rend compte qu’il est incapable de prendre une décision qu’il sait pourtant  bénéfique pour lui, le Consul fait déjà l’expérience de l’enfer.

Tout au long, l’œuvre est parsemée de multiples références à l’enfer et à la mort. Un élément traditionnellement rattaché à l’espace infernal est ainsi convoqué dans le roman, il s’agit de la roue. Attraction foraine dont la portée symbolique est manifestée à plusieurs reprises : il s’agit d’une « machina infernal » comme l’indique un panneau et le mouvement qu’elle dessine rappelle celui de la roue d’Ixion. (Puni par Zeus, Ixion est attaché à une roue enflammée qui tourne sans cesse). Lorsque par la suite, le Consul monte dans la roue pour échapper à des enfants harceleurs, la construction géante apparaît comme un instrument de torture, conformément à la tradition mythologique mais aussi comme un monstre vivant. Le Consul fait ici métaphoriquement l’expérience de l’enfer. Firmin est seul, tête en bas, torturé, tout proche de la mort, le monde tourne autour de lui, tout autant qu’il peut tourner lorsqu’il est sous l’emprise du mescal. Les quelques instants passés à bord de la roue dessinent à grands traits l’existence même du Consul, isolé et ballotté par les événements.

S’il donne à lire l’histoire pathétique d’une descente aux enfers, le roman est aussi une torture pour le lecteur qui garde constamment à l’esprit grâce aux présages, aux annonces, et aux symboles disséminés dans le texte, la menace qui plane. Alors même que l’issue est connue, dès les premières pages du roman, une tension s’installe, construite à partir du savoir dont dispose le lecteur, bien supérieur à celle d’un personnage qui s’estime encore à distance rassurante de sa propre mort.



Avis

Au-dessous du volcan est un magnifique roman qui ne laisse pas de marbre et nous entraîne chacun dans nos régions reculées. C’est également sans doute l’une des plus belles et des plus poignantes histoires d’amour écrites. Bourreau de lui-même, artisan de son propre malheur, Geoffrey Firmin, à l’image  du scorpion qui ne cesse d’apparaître à ses côtés, est ce genre d’homme capable de se donner la mort quand il se sent en danger. Le poison coule finalement depuis toujours dans ses veines, et lui seul peut décider de s’injecter la dose fatale.Ce qui marque d’autant plus la lecteur, est que l’œuvre rejoint intimement le créateur, ou bien peut-on dire l’inverse. Faisant de là un véritable écho aux splendides paroles d’Antonin Artaud : «  Ce que vous avez pris pour mes œuvres, n’était que les déchets de moi-même, ces raclures de l’âme que l’homme normal n’accueille pas ».



Phrases

« Comme ils allaient vite, comme ils allaient trop vite ! Au milieu de notre vie, au milieu de la sacrée route de notre vie... »


« Comment avait-il pu penser tant de mal du monde quand le secours avait été là de tout temps ? »


« Et peut être est-ce heureux que j'aie pris du whisky puisque l'alcool aussi est un aphrodisiaque. Ne jamais oublier non plus que l'alcool est une nourriture. »


« Lève la tête Geoffrey Firmin, exhale ta prière d'actions de grâces, agis avant qu'il ne soit trop tard. Mais le poids d'une lourde main semblait lui maintenir la tête baissée. »


Amélie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 


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