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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 07:00

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Mana Neyestani
Une métamorphose iranienne
traduit de l'anglais
par Fanny Soubiran
Çà et Là et Arte Éditions, 2012





 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une métamorphose iranienne, publié par Çà et Là et Arte éditions, est un roman graphique de Mana Neyestani, qui retrace les événements qui l'ont obligé à fuir l'Iran et condamné à l'exil.

Né en 1973 à Téhéran, Mana Neyestani est un dessinateur de presse proche du mouvement réformateur. Après l'interdiction de nombreux journaux réformistes au printemps 2000, il se reconvertit dans le dessin pour la jeunesse, et publie régulièrement ses planches dans le supplément jeunesse d'un grand quotidien national.

En 2005, Mahmoud Ahmadinejad est élu Président de la République Islamique d'Iran, le gouvernement se radicalise. A priori hors champ des préoccupations du régime, Mana Neyestani ne se sent pas menacé dans son activité professionnelle.

Mais, en 2006, son destin bascule. Mana Neyestani publie une planche sur la meilleure manière de lutter contre les cafards. Sujet relativement anodin, a priori. À un détail près : Mana Neyestani glisse dans la bouche du cafard un mot couramment utilisé par les Iraniens lorsque, justement, ils ne trouvent pas leurs mots. Mais ce mot vient de la langue azérie, minorité ethnolinguistique la plus importante du pays (25% de la population), qui, après des années d'oppression et d'humiliation du pouvoir central, connaît un regain nationaliste.

Qu'un terme azéri soit placé dans la bouche d'un cafard est considéré comme une profonde humiliation par la communauté azéri. La colère monte, d'abord dans les universités, puis se répand comme une traînée de poudre dans la province d'Azerbaïdjan. Des manifestations gigantesques sont organisées, qui échappent rapidement au contrôle des autorités.


Pour tenter de reprendre la main et calmer les esprits, Mana Nayestani et son rédacteur en chef sont emprisonnés, boucs émissaires désignés à la vindicte populaire comme des agents à la solde d'intérêts étrangers. Le cauchemar atteint son paroxysme lorsque, peu après, les forces de l'ordre ouvrent le feu sur les manifestants, tuant des dizaines de personnes.

 
Mana Neyestani et son compagnon d'infortune resteront deux mois dans les geôles de la prison 209, section non officielle de la prison d'Evin, placée sous l'administration de la VEVAK, les services de renseignement du régime qui fonctionnent comme un ministère autonome. Ils se retrouvent alors aux prises avec un système sourd, absurde, qui cherche à les asservir en les obligeant à devenir des espions. Neyestani joue d'ailleurs avec nos préjugés sur ces espaces de non-droit, en mettant en scène une violence physique qu'il n'a, pour sa part, pas subie.Mana-Neyestani-Une-metamorphose-iranienne-02.jpg

 
La violence à laquelle est soumis Neyestani est d'ordre psychologique. Elle peut prend la forme d'un brusque changement d'itinéraire entre le bureau du procureur et la prison ; ou le placement en détention, sous une fausse identité, avec des manifestants nationalistes azéris.


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Mana Nayestani décrit avec précision le désespoir absolu de ces jours vides, totalement retranchés du monde.


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Et le cauchemar ne s'arrête pas aux frontières de l'Iran. Lorsque, enfin libérés, mais toujours harcelés par le régime, Mana Neyestani et sa femme choisissent l'exil, ils se heurtent à un autre cauchemar kafkaïen : les politiques migratoires des pays occidentaux. En quête d'un impossible exil, ils fuient par Dubaï, via la Turquie puis sont arrêtés en Chine, où ils tentent d'entrer clandestinement. Jetés en prison, ils sont ensuite extradés vers la Malaisie.



Auteur d'un récit d'une noirceur absolue, Mana Neyestani réussit cependant le tour de force de ne jamais s'abandonner au pathos, et cultive constamment une veine tragi-comique assez jubilatoire. Son dessin, un noir et blanc hachuré, précis, nerveux, porte parfaitement le récit. D'une grande inventivité, il s'autorise toutes les libertés graphiques pour exprimer une idée, une émotion, et rappelle le dessin de presse. On peut aussi penser, en lisant cet album, au travail de Claude Serres ou de Robert Crumb.


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Et, bien sûr, la référence à Kafka est omniprésente. Réflexion sur la solitude et le désespoir d'une mise à l'écart, nous assistons également à la résistance d'un citoyen pris dans les rouages d'un système totalitaire qui cherche à l'écraser. Témoignage extrêmement poignant et dénonciation implacable du régime qui sévit aujourd'hui en Iran, Une métamorphose iranienne est un album d'une grande puissance narrative et réflexive, à découvrir d'urgence.


Fabien, A.S. Bib 2011-2012





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Published by Fabien - dans bande dessinée
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