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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 07:00

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Manu LARCENET
Le Combat ordinaire
Quatre tomes
Éditions Dargaud, 2010
Première édition en 2003
Couleur : Patrice Larcenet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

manu_larcenet.jpgPrésentation de Larcenet

Manu Larcenet (de son vrai prénom Emmanuel) est né en 1969 et a grandi à Vélizy (Yvelines). Il se lance dans la BD à l’âge de dix ans et n’arrêtera jamais. Il obtient son bac puis son BTS en arts appliqués. A cette même époque il donne de plus en plus de concerts avec le groupe de rock qu’il a créé vers l’âge de 14 ans. Ses dessins passent dans de nombreux journaux de rock. En 1994, il abandonne le groupe de rock et se lance uniquement dans le dessin en intégrant Fluide glacial. Il devient aussitôt à la mode et tous les éditeurs le réclament : Dupuis, Glénat, Delcourt… et bien entendu Dargaud. Il fonde également sa propre boîte d’édition avec Nicolas Lebedel, Les Rêveurs de runes », où il publie quelques albums autobiographiques. Il rencontre ensuite Guy Vidal des éditions Dargaud et sa collection Poisson Pilote ; il s’y installe avec Trondheim et Les Cosmonautes du futur, puis début 2000 avec son frère Patrice Larcenet et Les Entremondes et enfin tout seul avec Le Temps de chien en 2002 et Le Combat ordinaire en 2003. Entre temps, en 2001, il quitte la région parisienne pour la campagne lyonnaise, ce qui lui inspire Le Retour à la terre, série autobiographique scénarisée par Jean-Yves Ferri.

On peut noter que c’est un auteur prolifique au vu du nombre de bandes dessinées qu’il a écrites en peu de temps.

 Bibliographie complète  ici.

 

 

Histoire du Combat ordinaire

Pour reprendre le court résumé de la quatrième de couverture de ce premier tome : « C’est l’histoire d’un photographe fatigué, d’une fille patiente, d’horreurs banales, et d’un chat pénible. »

On pourrait donc penser que le sujet de cette bande dessinée ne tient qu’en une ligne. Ce qui pourrait faire dire à certain(e)s qu’elle ne sert à rien, qu’elle est sans intérêt, et c’est leur droit.

Mais voyons les choses de plus près… On peut aussi penser que derrière cette phrase succincte, il y a en effet une histoire, voire des histoires.

C’est donc l’histoire d’une vie parmi tant d’autres.

Celle d’un homme, Marco, photographe qui ne travaille plus depuis six mois, plus l’envie… Un homme qui a donc quitté son travail et sa région parisienne pour s’installer à la campagne.

Dans ce premier tome, on voit un Marco en pleine transition vers l’âge adulte. Il garde de son enfance et de sa jeunesse les relations qu’il entretient avec son frère et ses parents. Un frère complice avec qui ils se surnomment réciproquement Georges en référence à la vidéo « Des souris et des hommes » qu’ils regardaient étant petits et avec qui il fume de gros pétards étant plus grand. Et ses parents : une mère qui s’inquiète pour son fils et un père qui ne se souvient pas de ses mots prononcés deux minutes avant mais très bien de la robe de sa mère le jour de son mariage.

C’est aussi un homme qui a quitté son psy. Un psy qu’il allait voir car Marco est un homme perturbé, hypersensible, en questionnement permanent sur lui-même, sur la société, sur la vie en général. Ses réflexions apparaissent à travers les relations qu’il a avec son entourage : sa famille mais aussi ses voisins et sa petite amie, Emilie, rencontrée grâce à son chat dans ce premier tome. Parmi ces voisins, il y a le chasseur antipathique et son chien, qui menace de tuer son chat s’il ne quitte pas sa propriété et le vieux sympathique qui deviendra très vite son ami.

 
Marco a un rapport ambigu à lui-même. D’où le fait qu’il allait consulter un psy. Il est sujet à des crises d’angoisse, et même en ayant quitté le psy, il ne renonce pas à ses médicaments qui lui sont indispensables.

En somme, c’est la confrontation incessante avec tous ces gens plus ou moins proches de lui qui le remet en question en permanence et, à terme, le fera devenir adulte en affrontant ses peurs et assumant ses responsabilités.

Un trait essentiel de sa personnalité : sa peur de l’engagement. Et notamment avec Émilie avec qui il ne se décide pas à emménager et avec qui surtout, il refuse de parler « enfant ».
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 Rapport récit / dessin

 Au cours du récit n’apparaissent que très peu de moments de répit. Ceci se manifeste par le fort nombre de cases par planche (en général douze) et par les couleurs chaudes qui retiennent constamment notre œil.

On peut cependant noter que lorsque Marco parle de lui, les cases sont moins nombreuses (toujours au nombre de huit sur les quatre planches concernées) et parfaitement alignées. Les couleurs sont presque inexistantes ; en vérité il n’y en a qu’une dans laquelle sont créés un jeu d’ombres, une ambiance floutée, paisible et on n’y voit jamais apparaître le personnage, ni aucun autre. Ces planches représentent des pauses dans le récit ; elles sont le bilan d’une partie des pensées de Marco, de sa vie, de ses réflexions, elles permettent de mieux comprendre le personnage. Dans ces planches, l’auteur prend le lecteur pour témoin comme s’il lui parlait « en face à face » et le lecteur ne peut qu’entrer dans son intimité.

Pour construire ce récit, Larcenet a fait preuve d’une grande intelligence (ce dont on ne doutait pas, bien sûr) : il peut sacrifier le décor pour se pencher davantage sur les émotions, mieux les mettre en évidence. Il change également le ton des couleurs lorsque des malheurs arrivent à Marco ou lors de ses crises d’angoisse.
 
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Grâce à un mélange d’humour, de tendresse et de sincérité justement dosé, l’auteur a su retranscrire avec précision tous les ressentis d’un homme ordinaire. De plus, malgré le rythme soutenu, le lecteur ne perd pas le fil de l’histoire, la lecture restant fluide.

En lisant Le Combat ordinaire et en s’intéressant quelque peu à l’auteur et à ses autres albums, on ne peut que se demander s’il a un caractère autobiographique ou non. Dans mes recherches, j’ai pu trouver sur le site Hemisphair ( http://hemisphair.net/blog/2008/05/13/rencontre-avec-manu-larcenet/) une interview de l’auteur dont voici un extrait :

« Plus jeune, j’ai fait de l’auto-biographie chez Les Rêveurs. Mais j’ai choisi d’aller au-delà. Le Combat ordinaire n’est surtout pas de l’auto-biographie. Bien entendu, j’insère des éléments qui me tiennent à coeur. Je m’attache néanmoins à ne pas faire réagir Marco comme je le ferais moi-même. Et c’est justement jouissif de lui faire solutionner des problèmes que je n’ai, pour ma part, toujours pas solutionnés. Selon moi, il faut passer par la fiction pour accéder à une forme de vérité. »  Et Larcenet de citer alors Lacan : « La vérité a une structure de fiction. »

Donc Manu Larcenet lui-même dit clairement qu’il ne fait pas de l’autobiographie.
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Néanmoins, on peut, sans aller trop loin dans la comparaison et risquer de le contredire, faire un parallèle avec Le Retour à la terre. En effet, dans les deux bandes dessinées on trouve des similitudes telles que le retour à la campagne, les voisins, le chat, sa vie d’artiste (photographe ou dessinateur), la relation avec sa petite amie, la peur de s’engager, de la paternité… On peut aussi remarquer que le personnage est dessiné de la même façon. Et autre détail non négligeable, le vrai Larcenet et Marco ont tous deux un frère.

Alors même si Le combat ordinaire n’est pas autobiographique, en sachant que Le Retour à la terre, lui, l’est (il le dit lui-même dans la BD)  et qu’indéniablement il y a des points communs entre les deux, on peut supposer (à juste titre ?) que Le Combat ordinaire s’inspire de la vie de Manu Larcenet tout en passant par la fiction ; cela relève donc de l’autofiction.


J’ajouterai simplement en guise de conclusion que si l’on se reconnait à travers le personnage de Marco, c’est peut-être parce qu’après tout, le Combat ordinaire c’est un peu la vie de tout un chacun…

Émeline, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

Lien

 

 Épais et tordu, le site de Manu Larcenet.

 

 

 

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Published by Emeline - dans bande dessinée
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