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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 07:04

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Manuel PUIG
Le Baiser de la femme-araignée
Seuil, 1979

Points, 1993

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

manuel-puig.jpgL’Argentin Manuel Puig (1932-1990) découvrit sa passion pour le cinéma avec sa mère avant de poursuivre ses études à Buenos Aires en lettres et philosophie. En 1956, une bourse lui permet de revenir à des études de cinéma à Rome. Là, il sera assistant-réalisateur et apprenti scénariste sous la direction de Zavattini. Il écrit en 1968 La trahison de Rita Hayworth, son premier livre, qui à l’origine devait être un scénario et c’est dans l’impossibilité de réaliser ce film qu’il publie son premier ouvrage. Manuel Puig devient alors romancier et développe les thèmes qui lui resteront chers : le cinéma et la culture populaire. Il s’installe au Mexique dans les années 70, poussé par la pression de la censure qu’il subit en Argentine en raison du thème de l’homosexualité qu’il aborde dans son plus fameux roman, Le Baiser de la femme araignée. Dans sa bibliographie, Tombe la nuit tropicale, par exemple, on peut observer que l’art du dialogue de Puig est sans comparaison. Il meurt au Mexique, en 1990, d’une crise cardiaque.


Dans la prison de Villa Devoto à Buenos Aires, Molina l’homosexuel arrêté pour attentat à la pudeur, raconte, tandis que Valentin chef d’un groupe d’opposants au régime, écoute. On est emporté dans une double lecture, celle des films magistralement racontés et celle de cette fabuleuse et atypique amitié qui se construit entre les détenus. La richesse de l‘œuvre se trouve donc dans cette simultanéité, cette complémentarité.

Dans ce roman où tout est pourtant immobile (tout se passe dans le huis-clos qu’est la cellule), les choses bougent. En effet, Molina et Valentin redécouvrent ce qu’est le dialogue en s’ouvrant pour la première fois à quelqu’un d’autre. Tout est paroles, et celles-ci vont réussir à créer un nouveau monde et de nouveaux espoirs pour nos deux protagonistes. Le Baiser de la femme araignée est une véritable histoire humaine, dépassant les codes de la morale et s’attardant sur la place qu’a l’amitié dans la vie d’un homme. Le réalisateur  Hector Babenco  fera une adaptation cinématographique qui rendra l’œuvre célèbre. Dans sa note d’intention il explique très bien cet aspect humain de l’œuvre : 

« Le roman de Manuel Puig évoquait admirablement comment deux hommes, aux backgrounds sociaux, politiques et psychologiques complètement différents, pouvaient devenir amis, et de quelle manière cette amitié affectait leur vie. Le fait qu'un de ces prisonniers était homosexuel n'avait selon moi, aucune importance. Mon film vise à détruire les mythes de la masculinité. Un homme est digne de son nom dès lors qu'il se respecte lui-même et sait donner quelque chose aux autres. La notion d'amitié se perd aujourd'hui : j'ai voulu faire un film sur des gens qui n'ont rien d'autre qu'eux-mêmes à donner à autrui...Mais je pourrais aussi dire que j'ai fait Le Baiser de la femme-araignée à cause de ses nombreuses références aux anciennes séries B, et parce que c'était la voie la plus efficace pour faire un film politique sans parler de morale. C'était aussi la manière idéale de montrer comment deux hommes arrivent à s'influencer mutuellement, et une occasion pour moi, de parler d'homosexualité, de parler de sacrifice sans parler de religion, de montrer qu'on peut donner sa vie pour un fantasme et reconquérir sa dignité en mourant pour quelque chose qui n'existe déjà plus. »

Tous les amoureux du cinéma trouveront un grand plaisir à lire cette œuvre. Manuel Puig construit son livre d’une main de maître en alliant la littérature et le cinéma afin qu’ils se complètent et ne soient que plus beaux.

La construction peut être décomposée en trois parties. Premièrement, la cellule : Manuel Puig ne nous décrit pas cette relation, il nous la fait vivre en se servant presque uniquement de dialogues. Ce sont les personnages eux-mêmes qui nous donnent les éléments extérieurs, leurs positions, l’ambiance…Cela donne une véritable force au style de l’auteur et permet de rythmer le roman. Puis, nous avons les récits des films (par exemple celui de La Féline de Jaques Tourneur), qui nous plongent dans l’univers des séries B dont le kitsch fait tout le charme. Ce sont ces œuvres populaires, pas forcément saluées par la critique, qui permettent à nos héros de s’évader tous les soirs de leurs cellules, qui les font rêver, qui leur font garder espoir. Le lecteur est comme envoûté : il se retrouve, grâce au splendide style de scénariste de Puig, devant un écran, avec tous les détails dont il a besoin pour s’imaginer la scène. Enfin, vers la fin du roman, des passages en italique apparaissent, s’incrustant dans les dialogues. Cela semble une suite de mots sans signification, et pourtant, plus on avance, plus on comprend que ce sont les pensées de Molina. Cela nous permet d’apprécier d’une autre manière la scène. Au cinéma, on pourrait très bien imaginer une voix off.

Cette œuvre est à déguster. On y trouve une splendide mise en abyme du cinéma et de ses capacités à nous faire nous évader, qui nous rappelle que le roman est aussi doté de ce fabuleux pouvoir. On savoure les films comme si nous étions en train de les regarder, bien qu’à la fin du livre nous ayons l’impression d’avoir en plus visionné trois films. Et enfin, nous prenons une énorme leçon d’humanité, sur l’amitié et tous les sacrifices qui peuvent en découler.


Extrait

« -Tu vas me manquer Molinata…
-Au moins pour les films.
-Au moins pour les films.[…]Bon, en maniére d’adieu je voudrais te demander quelque chose…
-Quoi ?
-Un baiser.
-C’est vrai ?
-Demain avant de m’en aller.
-Comme tu voudras
-…
-…
-Je suis curieux de savoir, cela te répugnait beaucoup de me donner un baiser ?
-Hum… Ça doit venir de la peur que j’avais que tu te transformes en panthère, comme l’héroïne du premier film.
-Je ne suis pas la femme panthère.
-Toi, tu es la femme araignée, qui attrape les hommes dans sa toile.
-Que c’est joli…Ça me plaît ! »

Lien pour la bande annonce du film de Hector Babenco :
 http://www.youtube.com/watch?v=9AI5X5fV0Ak&feature=related


Laura, 1ère année Éd-Lib.




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