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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 07:00

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Manuela DRAEGER
Onze rêves de suie
Éditions de l'Olivier, 2010

 

 


 

 

 

 

Biographie

Manuela Draeger est en réalité un hétéronyme d'Antoine Volodine. Son premier livre a été publié en 2002 à l'École des Loisirs : Pendant la boule bleue. Elle a écrit un total de 11 livres à ce jour. Onze rêves de suie est le seul à avoir été publié par les Éditions de l'Olivier.

Elle fait partie du « post-exotisme » comme Antoine Volodine, Lutz Bassmann, Elli Kronauer (hétéronymes de Volodine).



Selon Volodine, Manuela Draeger « fait partie d'un collectif imaginaire d'écrivains imaginaires emprisonnés ». Elle « est issue d'une fiction mais s'en est sortie pour devenir un écrivain publié, réel ». Elle « existe par ses romans ».

Manuela Draeger existe donc depuis 2002 et est un auteur réel, comme lui.

  Présentation de Manuela Draeger par Antoine Volodine sur Dailymotion.



Onze rêves de suie

Le roman selon Antoine Volodine :

Pour lui, le conte et le merveilleux sont essentiels dans le livre.

On y voit le regard de l'enfant sur le monde des adultes. Un monde fait de barbelés et de ghettos.

L'auteur utilise un humour noir provocateur.

L'histoire porte deux espoirs :

– la possibilité de se réfugier dans le rêve, la fiction, les souvenirs.

– l'attente de la bolcho pride.

Elle tourne autour d'une bolcho pride qui a mal tourné.



L'histoire

Dès le premier chapitre, on sait que les personnages sont morts ou en train de mourir dans l'incendie du bâtiment Kam Yip. La bolcho pride a mal tourné pour eux.

La bolcho pride est la fête de la Fierté Bolchevique. Elle a lieu tous les ans au milieu du mois d'octobre. Elle est interdite par le gouvernement et réunit des prolétaires, des révolutionnaires, dont les jeunes dont on suit l'histoire.



Celle qui parle dans le premier chapitre dit que c'est l'année « où les choses ont mal tourné, la bolcho pride a été une fête de la violence et du malheur. »

On sait que certains sont morts comme Drogman Baatar. D'autres brûlent : Imayo Özbeg, Ellie Zlank. Mais ils sont tous ensemble.

 

 

« Je vais à toi. En ce moment, nous sommes avec toi. Nous allons tous vers toi. Nous échangeons nos derniers souffles.

Ta mémoire coule à l'extérieur de tes yeux.

Mes souvenirs sont les tiens. » (page 16).

 

 
L'histoire est composée des souvenirs des jeunes en train de mourir, entrecoupés des contes de la Mémé Holgolde. C'est une nonagénaire qui est comme une grand-mère pour les enfants. Elle est l'une des dirigeantes du Parti. Elle est donc très engagée, idéaliste d'un monde égalitaire, révolutionnaire.

Les jeunes gens vivent dans le Bloc Negrini. Un souvenir nous est raconté : avant la bolcho pride, un local où se trouvait tout leur matériel pour la manifestation a brûlé. La narratrice dit alors qu'elle sait d'avance que ce sera la pire des bolcho pride.

Les deux chapitres suivants sont deux contes de la Mémé Holgolde. Ce sont des passages de la vie de l'éléphante Marta Ashkarot. Elle est très âgée (plusieurs siècles) et ne meurt jamais. Elle déménage de demeure en demeure, changeant de monde, de nom mais se souvenant toujours de ses vies précédentes.

Le souvenir d'après est lié à un lieu, le Pont des menteurs. Il se passe durant leur enfance. Ce pont serait un tunnel où les menteurs seraient décapités lorsqu'ils passent. Les enfants connaissent cette histoire et ont appris à ne plus mentir ou à oublier leurs mensonges, par peur de mourir.

Un autre conte sur l'éléphante est narré, puis un autre souvenir. Celui-ci est en rapport avec les adultes, et notamment la vision qu'en ont les enfants. Cela se passe lorsque Imayo Özbeg a huit ans et Rita Mirvrakis dix. Tout est présenté du point de vue d’Imayo. On découvre le soldat Schumann qui remplaçait les maîtresses quand elles étaient mortes ou emprisonnées. Il enseignait l'arithmétique, les principes de discipline militaire, les méthodes de combat au corps à corps, l'idéologie égalitariste de base, la théorie politique, le chant...

Puis les deux enfants sont dans la ville et se promènent. On suit leur promenade, les rencontres qu'ils font. Imayo se rend compte qu'il rêve, décide d'attendre. Il pense à Rita dont il est amoureux et va vers elle.

 

 

 « Et, bien sûr, je pensais à toi, Rita Mirvrakis. J'allais vers toi. Je savais qu'il n'y avait plus qu'à attendre.

J'attends encore. Mais j'allais vers toi et, en ce moment encore, je vais vers toi, Rita Mirvrakis, je vais vers toi. » (page 128).

 

On dirait donc un souvenir où Imayo Özbeg divague alors qu'il est en train de brûler. Ce qu'il dit à la fin, « je vais vers toi », rejoint le début du roman : « je vais à toi ».

Suivent un conte puis un souvenir intitulé « Mes parents ». On y découvre une description de la Mémé Holgolde ainsi qu'un aperçu de ce qu'elle a pu faire pour la cause qu'elle défend. Le souvenir nous montre la rencontre de parents, racontée par l'enfant, sous plusieurs points de vue (père, mère, extérieur), sans qu'on sache qui sont les parents ni l'enfant.

Le récit continue avec deux nouveaux contes de la Mémé Holgolde. Le deuxième est plus particulièrement intéressant car Marta Ashkarot est dans sa nouvelle demeure en sachant que c'est la dernière. La fin du conte est aussi la fin du monde et de toute existence dont celle de Marta.

Pour finir, l'auteur nous ramène au point de départ, avec les jeunes dans le bâtiment Kam Yip qui est en train de brûler. Différents points de vue alternent, on ne sait pas toujours qui est le narrateur. Tout se mélange : les moments présents avec les jeunes qui brûlent, les moments passés avec la bolcho pride – on découvre pourquoi et comment ils ont fini dans le bâtiment en flammes – et les moments futurs, après leur mort, racontés de leur point de vue, où on voit la Mémé Holgolde les défendre car ils ont mené une action révolutionnaire même si elle était contraire à la volonté du Parti.

À la fin, quand ils sont dans les flammes, les jeunes se sentent comme une seule personne, avec un même nom, les mêmes souvenirs : « mes souvenirs sont les tiens » (cette phrase figure plusieurs fois au début du roman). Ils se prennent pour des « cormorans étranges » (expression plusieurs fois utilisée par la Mémé Holgolde). Le feu est presque immobile comme si le temps s'était arrêté et qu'ils vivaient à l'intérieur.



Analyse

Le roman est construit selon une alternance entre contes et souvenirs, dans un ordre qui n'est pas chronologique.

Les contes (au nombre de six) sont très importants pour les enfants. Ils veulent toujours savoir ce qui arrive à l'éléphante Marta Ashkarot qui est à chaque fois dans une nouvelle demeure, rencontre de nouvelles personnes. Cela va jusqu'au point où, lorsque le récit est interrompu à cause de la mort d'une femme sous leurs yeux, les enfants veulent malgré tout connaître la suite et ne s'intéressent pas à ce qu'il vient de se passer. Comme si personne ne venait de mourir devant eux.

Le livre raconte la vie sombre, dure d'enfants. Les adultes ne leur cachent pas les choses, ils savent très bien ce qui se passe.

Les enfants sont très disciplinés, éduqués, parfois par la peur (par exemple avec le « pont des menteurs »), même s'ils ne sont jamais frappés ou tués. Ils sont sacrés. Les enfants se considèrent tous comme frères et sœurs.

Dans cette vie, la bolcho pride est la seule joie de l'année. Elle est une façon de manifester car pour tous, le monde doit changer. Les personnages sont tous prolétaires, révolutionnaires et contre le capitalisme.

Les thèmes les plus présents sont la mort, la violence et la guerre. Il y a des descriptions d'odeurs, du  sang, des corps brûlés, de l’urine... Le feu et les flammes ont une grande importance, beaucoup de choses brûlent dans le récit.

Le roman est composé de différents points de vue mais toujours à la première personne. Selon le souvenir, celui-ci change. Le dernier chapitre comporte des points de vue différents selon le paragraphe.

 Le début du premier chapitre est particulier. Chaque nouveau paragraphe répète quelques phrases du précédent en complétant, en ajoutant des détails. Ainsi on comprend quelque chose la première fois, et le complément du paragraphe suivant nous éclairent voire nous donnent un sens légèrement différent de ce qu'on avait pu comprendre.

C'est un livre agréable à lire, qui aborde des sujets graves mais du point de vue d'enfants. Le manque de chronologie n'est pas gênant et change du roman traditionnel, plus linéaire.


Marine G., 2ème année Bib.-Méd.-Pat. 2011-2012

 


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