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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 07:00

le 9 décembre 2011

 

 

Marc Petit était présent à la librairie Mollat vendredi 9 décembre 2011, afin de parler de son roman Le Nain géant, paru pour la première fois chez Stock en 1993. Sa réédition par la maison bordelaise L’Arbre vengeur permet la découverte ou la redécouverte de ce roman, qui débute au cœur de Paris au XIXe siècle. À la mort de son père, gérant d’une fabrique de jouets mécaniques, Benjamin a pour tout héritage une mystérieuse invention, le « nain géant », dont il ne trouve nulle trace. Le personnage part donc à la recherche de cet objet, ou de cette créature, invitant ainsi le lecteur à un voyage à travers l’Europe. L’œuvre s’inscrit dans la partie romanesque du travail de Marc Petit, qui est aussi traducteur, essayiste, novelliste et poète. La conférence a été l’occasion pour l’auteur de faire part de sa conception de la littérature. 

 

 

Marc-Petit-le-nain-geant.gif

 

 

Le Nain géant ou l’imagination en liberté

Le récit est inspiré de l’histoire personnelle de Marc Petit qui retrouve, dans les archives familiales, un papier à en-tête de son trisaïeul Frédéric Petit orné de la mention « Frédéric Petit, fabricant de jouets de fantaisie, seul inventeur du nain géant, de la marotte parlante et du poussin coureur ». Cette découverte interroge Marc Petit sur ce que peut être cette impossibilité linguistique de « nain géant, », un oxymore qui offre le point de départ d’une investigation pour connaître l’identité de cet objet, ou de cette créature...

C’est cette enquête fictive que retrace le roman, dans un ouvrage qui se veut l’héritier du roman feuilleton du XIXe siècle. Marc Petit regrette sa situation d’écrivain confidentiel, apprécié par un petit nombre de personnes et coupé du grand public. L’adoption de ce genre populaire lui donne l’occasion de créer une œuvre qu’il souhaite accessible, compréhensible. Le Nain géant se constitue comme un roman de formation : le narrateur évolue au fil de l’œuvre, qui met aussi en scène une histoire d’amour et n’est pas dénuée d’humour, comme en témoignent les titres de chapitres, souvent loufoques.

C’est aussi la propension du Nain géant à tenir le lecteur en haleine qui le destine à une plus large audience : l’auteur provoque de nombreux effets d’attente, de suspense dont il se dit le premier étonné. Le travail d’écriture provoque l’amusement et l’émerveillement de Marc Petit lui-même, et est révélateur de la conception qu’il a du statut d’auteur. Selon lui, « on n’est auteur que jusqu’à un certain point », l’auteur est avant tout un « vecteur », qui travaille dans un état proche du somnambulisme, afin de faire remonter en lui quelque chose d’inconscient, qui serait « un inconscient à la fois cognitif, mais aussi inventif et fictionnant ». C’est ensuite au lecteur de s’emparer de « ce quelque chose qui vient de Dieu sait où » et de « faire l’autre moitié du chemin ».



Création et érudition

Marc Petit affirme ne pas écrire avec sa « raison raisonnante », l’essentiel du travail de réflexion s’effectuant en amont. Si l’écriture relève du désir et du plaisir de raconter, elle n’est néanmoins pas faite pour endormir le lecteur mais au contraire pour éveiller son attention. Le nain géant est ainsi riche en renversements, contradictions, destinés à perturber le lecteur. Ce roman est donc à la fois accessible et complexe, car riche en références et empreint de mysticisme.

Presque tous les livres de Marc Petit peuvent être considérés comme des « autobiographies fictives ». Ce concept se rapproche du genre de l’autofiction dans le sens où il s’agit d’écrire sur soi sans raconter sa propre vie. Le nain géant présente en effet deux parts constitutives de l’identité de l’auteur : ce dernier est à la fois le descendant d’une lignée d’artisans, ingénieurs et inventeurs parisiens, et de Juifs d’Europe de l’Est. Le roman se découpe en deux parties, qui représentent cette identité double, presque paradoxale, débutant à Paris et s’achevant à Prague dans un univers juif et kabbalistique.

L’écriture de Marc Petit trouve ses origines dans le mythe, le conte, mais aussi dans le réel, la science. Le Nain géant comporte à la fois une dimension scientifique, rationaliste, avec la présence des automates, purs produits techniques, mais il est aussi inspiré par la rêverie du Golem, et est donc fortement empreint de mysticisme. Marc Petit dit avoir tenté, à travers son œuvre, de réinventer le mythe du Golem, créature d’argile douée de vie qui apparaît dans la religion hébraïque. L’œuvre de Marc Petit est riche en références, littéraires et philosophiques car, selon l’auteur, « la pensée est romanesque », elle « fictionne le monde en permanence ».



La littérature comme « faculté de réanimer le monde »

Paru pour la première fois en 1993, Le Nain géant s’inscrit dans la mouvance de la « nouvelle fiction ». Créée dans les années 1990, la « nouvelle fiction »  n’est ni un groupe, ni une école, mais un rassemblement de créateurs qui se lisent, se rencontrent et partagent une conception commune de la littérature. Les auteurs, tels Jean-Luc Moreau, Georges-Olivier Châteaureynaud, Hubert Haddad, Frédérick Tristan et Marc Petit, prônent les valeurs de la fiction, de l’imaginaire, de la poésie. L’écrivain est vu comme un « prestidigitateur » qui a pour rôle de déstabiliser le lecteur, « jouer avec ses neurones » afin de dénoncer les fictions dont est parcouru le monde actuel, ce que l’on appelle aujourd’hui le « story-telling ». L’écriture permet de révéler au grand jour ce que Marc Petit nomme les « fictions mortes » qui nous entourent sans qu’on en ait conscience, en libérant la faculté d’inventer le monde. Écrire, pour Marc Petit, n’est pas l’aventure d’un écrivain solitaire mais l’exploration de tous les possibles, un mouvement de la pensée visant à raviver les sensibilités, faire bouger les esprits.

Dans le roman Le Nain géant, une grande place est accordée à la musicalité, au rythme des mots. On trouve dans l’œuvre divers registres, un chapitre est par exemple entièrement rédigé en argot. Pour Marc Petit, une traduction de son œuvre doit avant tout chercher à recréer la musique plus que l’exactitude des mots. L’auteur confie : « je n’aime pas tellement la littérature », « j’aime la magie de certaines œuvres littéraires ». Marc Petit attache une grande importance aux sensations, aux atmosphères dont sont empreintes les œuvres littéraires. Un romancier est, plus qu’un raconteur d’histoires, un poète qui rend compte de moments subreptices. C’est par cette poésie que la littérature peut atteindre son essence, qui est « cette faculté de raviver le désir, de réanimer le monde ».


Grâce à la littérature, cette « sombre blague absolument sinistre » qu’est la vie peut être rendue extraordinaire. Pour Marc Petit, l’écriture doit à la fois procurer au lecteur du plaisir et la sensation d’avoir appris quelque chose. Cette conception de la littérature résout le paradoxe du roman Le nain géant : l’œuvre est destinée à procurer à la fois un sentiment de délectation, d’où son caractère amusant, loufoque, mais aussi un enrichissement du lecteur, ce qui passe par une dépossession, une ouverture à l’autre qui peut se révéler extrêmement déroutante.


Noémie, AS Bib.

 

 

 

 

 


 

 


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Published by Noémie - dans EVENEMENTS
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commentaires

Marc Petit 21/02/2012 06:46

Je vous remercie bien vivement pour cet article dont la lecture m'a fait plaisir... d'autant qu'il est difficile, voire quasi impossible d'obtenir de la presse pour un ouvrage réédité, à moins de
faire partie de la camarilla que je déteste ! Avec mon meilleur souvenir, M.P.

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