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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 07:00











Marc WEITZMANN
Chaos
Gallimard, 1997
Folio, 1999















L’Auteur

Après plusieurs années à effectuer des petits boulots, Marc Weitzmann, écrivain et journaliste français, se retrouve critique à la rubrique littéraire des Inrockuptibles et c’est là qu’il développe son goût pour l’écriture. Aujourd’hui, à près de 50 ans, il est considéré comme l’équivalent américain de Philip Roth et collabore à la revue Le Meilleur des mondes.

Les thèmes récurrents de ses romans sont la famille, notamment la relation au père, et la recherche de l’identité, qu’il a d’ailleurs traitée avec Mariagem mixte paru en 2000.

L’histoire

Le narrateur, qu’on suppose être Marc Weitzmann, est le cadet d’une famille juive du même nom. Professeur d’histoire à la fac, il est l’acteur d’un train de vie chaotique. Il essaye en vain de finir un livre et trompe sa femme avec une Brésilienne.

Au cours des premiers chapitres, on découvre tous les personnages qui entourent le narrateur, sa femme Marie, Elena, sa maîtresse, Etienne, son ami historien, son frère qu’il n’a pas vu depuis plusieurs années ainsi que sa mère et son père qui vient de décéder. C’est lors de ses obsèques, que le narrateur apprend que son grand-père a laissé un manuscrit écrit pendant la Seconde Guerre mondiale. Il veut le retrouver, croyant qu’il contient le témoignage poignant d’un juif pendant la guerre. Mais il doit aussi pour cela retrouver son frère avec qui il doit l’éditer à la demande de leur père.

La narration prend alors la tournure d’une enquête à travers l’histoire de la famille juive du narrateur pour à la fois retrouver le manuscrit et son frère disparu, le fils prodige et préféré de ses parents…


L’analyse

Chose insolite dans ce roman, Marc Weitzmann parle de l’autofiction et des difficultés qu’il rencontre pour écrire. Il donne d’ailleurs une définition de l’autofiction qui est comme « un moyen de réinventer les faits réels », et se considère comme un écrivain de l’autofiction. Cependant il n’hésite pas à critiquer ce genre en citant son cousin Serge Doubrovsky (lui-même cousin du narrateur). A sa sortie, Chaos a d’ailleurs fait polémique car Weitzmann y faisait un portrait peu flatteur de son cousin. Celui-ci
a en effet écrit le roman Le livre brisé dans lequel il racontait le penchant de sa femme pour l’alcool et surtout la manière dont elle est morte : en lisant le manuscrit même du livre. Mort ironique dont Serge Doubrovsky aurait presque profité après la mort de sa femme en  accordant des interviews pour promouvoir son livre. Le narrateur de Chaos semble penser non seulement qu’il a par le biais de son livre tué sa femme mais qu’en plus il n’a pas respecté sa mémoire en manquant de discrétion.

En outre, ce livre donne le sentiment d’être confus et embrouillé comme le dit bien le titre : Chaos. Et c’est le personnage qui est l’incarnation de ce désordre. Il est peu à peu happé par l’histoire de sa famille, va s’opposer aux hommes écrivains de son entourage et à son frère surtout. Déjà dans une mauvaise posture au début du roman, puisqu’il ment à sa famille sur son livre inachevé et à sa femme qu’il trompe, il se ment également à lui-même croyant avoir une vie bien rangée et sereine. Mais ses recherches vont l’amener à des questionnements personnels sur qui il est et comment il en est venu à se retrouver dans la situation dans laquelle il est. Pour finir, il va se brouiller avec son ami Etienne, se séparer de sa femme et de sa maîtresse et n’aboutir à rien dans son enquête : il ne retrouve pas son frère et découvre que le récit de son grand-père est dénué d’intérêt. Reste donc une question : pourquoi avoir fait tout ce chemin, alors ?

Il y également un problème d’identité entre le narrateur (dont on ne connaît pas le nom) et son frère qui s’appelle Marc. La véritable question qui s’est imposée à moi était de savoir si l’auteur voulait faire de son frère un « autre lui-même » puisqu’il était jaloux de tout ce qu’il a pu avoir ou bien s’ils étaient une seule et même personne. A plusieurs reprises, selon le discours du narrateur, j’ai eu des doutes sur ces deux hypothèses, préférant l’une ou l’autre selon les passages. Ainsi, à la fin du roman, le narrateur affirme avoir participé à une revue révisionniste et approuve ce point de vue alors qu’on apprend beaucoup plus tôt que c’est son frère Marc qui y a participé ; là, les identités sont mêlées. Mais il y a d’autres passages où l’auteur parle de son frère comme  d'une personne bien distincte et différente de lui. Finalement, j’ai fini par me dire que cet acte volontaire de l’auteur était un moyen pour lui de nous embrouiller, nous lecteurs, sur l’identité du narrateur et donc sur la sienne, afin de nous livrer ce qu’il veut de sa vie.

Enfin, si l’écriture est plutôt fluide, il y a beaucoup de descriptions, et on passe d’un événement à un autre sans réel découpage, au cours des cinq chapitres. Et la particularité de Weitzmann est qu’il va
souvent revenir sur le même événement en se focalisant sur des personnes et des moments précis, ayant toujours des choses différentes à raconter : cependant, dans le récit, ce n’est pas forcément chronologique et cela devient déroutant.

Conclusion

J’ai vraiment apprécié ce livre car en le refermant j’ai
vraiment ressenti cette confusion et ce mal être que le narrateur doit éprouver après cette aventure. J’en suis venue à le détester de ne pas faire les bons choix et prendre du recul par rapport à ses actions ; il m’a paru irrécupérable, parfois, et c’était agaçant !

Enfin je me demande toujours à l’heure qu’il est quelle est la part de vérité dans ce que Marc Weitzmann  a pu rapporter de son vécu.


Morgane M. 2e année Bib Med Pat

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