Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 07:00

Margaret-Atwood-La-Servante-ecarlate.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Margaret ATWOOD
La Servante écarlate
titre original : The Handmaid's Tale

traduction de Sylviane Rué

Robert Laffont,
Coll. Pavillons poche, 2005
rééd. J'ai lu
, 2005


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Margaret Atwood publie La Servante écarlate en 1985.


Ce titre, en 2010, n’accuse pas une ride. Peut être parce qu’il s’agit d’une dystopie, et que ce genre est intemporel, peut être aussi parce qu’Atwood a un style que le temps n’érode pas.

Ce livre se présente sous la forme d’un journal. La narratrice se nomme Defred. Defred n’est pas son vrai nom. C’est le nom qu’elle a dû prendre en entrant au service de son nouveau Commandant.

« Defred ne fournit aucun indice car à l’instar de Deglen ou Dewarren, il s’agit d’un patronyme composé de l’article possessif et du prénom du monsieur en question. » (p..500)

À chaque fois que Defred change de maison, elle change de nom, comme les autres servantes écarlates :

« Puis quand elle est encore plus près, je comprends. Ce n’est pas Deglen. Elle est de la même taille, mais plus mince, son visage est beige et non pas rose. Elle s’approche de moi, s’arrête.  (.. .)

Je questionne : "Deglen a-t-elle été transférée , déjà ?" Mais je sais qu’il n’en est rien. Je l’ai vue pas plus tard que ce matin. Elle me l’aurait dit. "Je suis Deglen", répond la femme. Imitation parfaite. Et, bien sûr, elle est Deglen, la nouvelle, et l’autre, où qu’elle soit, n’est plus Deglen. » ( p. 464)

Nous ne sommes pas dans 1984, où le novlangue s’attaque même aux noms communs, mais dans La servante écarlate les gens perdent leur identité, et sont désignés par des noms génériques.

Il y a les Épouses qui régentent la vie de la maison, les Commandants, leurs époux, qui ont des postes haut placés dans le gouvernement. Dehors il y a les Gardiens, les Anges (les soldats), les Yeux (des espions à la charge du gouvernement qui vérifient que tout se passe selon les règles édictées)… Il existe encore quelques foyers pauvres, avec des éconofemmes, des femmes qui se chargent de toutes les tâches dans le foyer à la fois. Dans les maisons des commandants, il y a les Martha qui s’occupent de la cuisine — leur uniforme est une robe vert terne —, et les Cora avec leurs robes bleues, qui s’occupent des servantes écarlates, comme Defred, véritable matrice sur pattes, dont le rôle est de procréer puisque la natalité a drastiquement baissé. Voilà ce qu’en dit Defred :

« À quoi Dewarren va-t-elle donner naissance ? À un bébé, comme nous l’espérons toutes ? Ou à autre chose, un non-bébé, avec une tête comme une tête d’épingle, ou un museau de chien, ou deux corps ou un trou dans le cœur ou des mains et des pieds palmés. On ne peut pas le savoir. On le pouvait jadis, avec des machines, mais c’est maintenant interdit. A quoi cela servirait-il de le savoir de toutes façons. On ne peut pas les laisser passer ; dans tous les cas, il faut mener la chose à terme.
Les chances sont d’une sur quatre, nous l’avons appris au Centre. L’atmosphère est devenue trop saturée un jour de produits chimiques, rayons, radiations ; l’eau grouillait de molécules toxiques, tout cela prend des années à se purifier, et entre temps cela vous rampe dans le corps, assiège vos cellules graisseuses. Qui sait, votre chair elle-même est peut être polluée. » (p.184)

Voilà donc la raison pour laquelle Gilead (qui est à la fois le nom de la capitale et du pays dans lequel Defred réside) a succombé à la tentation du pouvoir totalitaire.
Defred raconte aussi comment les gileadiens en sont arrivés là quand elle fait appel à ses souvenirs. Les femmes se sont vu bloquer l’accès à leur comptes bancaires et leur argent a été reversé à leurs maris, ou au personnage masculin le plus proche d’elles. Sous la pression de groupes armés, leurs employeurs ont dû les licencier.

« Nous sommes renvoyées ? ai-je demandé. Je me suis levée. Mais pourquoi ? (…) Il est timbré, a dit quelqu’un tout haut, alors que nous pensions sûrement tous la même chose. Mais je pouvais voir ce qui se passait dehors dans le couloir : deux hommes y étaient postés, en uniforme, avec des mitraillettes. C’était trop théâtral pour être vrai, et pourtant ils étaient bien là. » (p. 296)

Defred sort des bureaux, et va s’acheter des cigarettes dans un kiosque. Mais sa carte ne passe pas. Elle rentre chez elle avec l’impression de rêver, et appelle une de ses amies à qui elle raconte ses mésaventures.

« Quand j’ai eu terminé, elle a demandé : As-tu essayé d’acheter quelque chose avec ton Ordinacarte aujourd’hui ?
— Oui. Je lui ai raconté aussi cela.
— Il les ont gelées, a-t-elle dit. La mienne aussi. Celles du collectif aussi. Tous les comptes qui portent un F au lieu d’un M. Il leur suffit d’appuyer sur quelques boutons. Nous sommes coupées. » (p. 299)

Par la suite, les femmes qui ont prouvé leur fertilité en ayant déjà des enfants en sont séparées puis on leur propose une alternative : devenir une servante écarlate ou bien être envoyée avec les Anti-femmes (les militantes féministes) dans des camps de travail proches des camps d’extermination ou elle sont employées à faire pousser des céréales et des légumes pour nourrir le reste de la population. La mère de Defred, ardente féministe, y a été déportée. Defred décide de devenir une servante écarlate avec l’espoir secret de retrouver sa fille et son ami, Luke.

Voilà, le décor a été posé, et c’est celui dans lequel Defred évolue, et nous avec elle. Un univers où chaque petite joie quotidienne est bonne à prendre : rayon de soleil, tracé irrégulier des pavés sur le trottoir, sensation douce d’un œuf à la coque au creux de la main, où le plaisir est prohibé, où des œillères empêchent Defred de regarder autre chose que le sol sur lequel elle marche.

Seule la nuit lui appartient, elle peut rêver de son ancien amant Luke, de « la petite fille morte » ainsi qu’elle désigne sa fille qui lui a été enlevée. Le jour aussi elle se prend à divaguer, elle voudrait pouvoir voler un couteau dans la cuisine, ou le sécateur de l’Épouse de la maison, elle voudrait que le plafonnier n’ait pas disparu pour pouvoir s’y pendre avec ses draps, mais elle ne fait rien parce que si son larcin est découvert avant qu’elle ait pu mettre son dessein à exécution, elle sera envoyée au camp rejoindre les antiFemmes.

Ce livre se clôt sur des Annales historiques qui éclairent notre lecture : sans nous rassurer directement sur le sort de Defred, elles nous renseignent sur l’avenir de l’humanité, que ce livre nous faisait entrevoir bien sombre sinon inexistant.


Le prix Arthur C. Clarke a été décerné en 1987 à Margaret Atwood pour ce roman.
Son livre a été adapté en film en 1990 par Volker Schlöndorff, et a reçu de nombreux prix.

L’œuvre dystopique de Margaret Atwood a fait son chemin et est aujourd’hui à ranger sans conteste dans sa bibliothèque entre Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, et 1984 de Georges Orwell.

 

 

Anne, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 

 

 

Margaret ATWOOD sur LITTEXPRESS


 

atwood.jpg

 

 

 

 

 Article d'Elise sur La Servante écarlate.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Anne - dans dystopies
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives