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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 07:00

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Marguerite DURAS
L’Amant
Éditions de Minuit, 1984

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marguerite Germaine Marie Donnadieu, plus connue sous le nom de plume de Marguerite Duras, fut écrivain et cinéaste. Elle est née le 4 avril 1914 à Saigon, en Indochine. Ses parents se sont portés volontaires pour travailler dans les colonies françaises. Son  père était directeur d’école et sa mère institutrice. Marguerite et ses deux frères, Pierre et Paul, partent donc avec leurs parents pour l’Indochine. Son père meurt en 1921, la famille rentre en France et vit pendant deux ans dans le Lot-et-Garonne, dans la commune de  Pardaillan, prés de Duras. La mort de son père marque pour elle un tournant important dans sa vie. Selon elle, sa mère ne sera plus jamais la même. Nous pouvons donc supposer que son nom de plume découle de cet épisode biographique. En juin 1924, ils retournent en Indochine. A la suite d’un investissement hasardeux dans une concession, sa mère reprendra l’enseignement. Cet épisode marquera également Marguerite et, en 1950, inspirera son premier roman, Un barrage contre le Pacifique. Elle continuera à publier des œuvres qui seront parfois assimilées au Nouveau Roman. En 1984, elle obtiendra le prix Goncourt à l’âge de 70 ans pour L’Amant ; elle abordera cette histoire sous un autre angle en 1991 sous le titre de L’Amant de la Chine du nord.

L’Amant relève de l’autofiction. Marguerite Duras retrace son adolescence à Saigon, une période décisive de sa vie.  Elle dira elle-même : « tout ce que j’ai vécu après ne sert à rien ». À l’âge de 15 ans et demi, elle va faire l’expérience de son premier rapport sexuel avec un riche Chinois. Il ne faut cependant pas limiter cette œuvre à la seule expérience initiatique du sexe. C’est un texte qui relève d’une plus grande complexité ; elle évoque sa vie familiale chaotique et la relation étrange qui s’est développée entre tous ses membres.

Marguerite Duras n’a pas la volonté d’imiter la réalité ; certains éléments de ce texte sont flous mais elle nous explique que le plus important est présent. En effet,  l’imaginaire s’est immiscé dans ces souvenirs. Dans l’incipit, elle nous explique la gestation de ce texte, son envie de raconter les phases cachées de sa vie, celles qu’elle n’a jamais révélées.  Marguerite Duras tient à prévenir le lecteur que tous les faits ne sont pas fidèles à la réalité. Ils répondent à la subjectivité du sentiment, de la sensation et de son souvenir d’enfant. Après ces explications nous changeons brutalement d’énonciation, le « je » sera rarement employé. Les seuls passage où la première personne est rétablie sont ceux où nous entendons la voix de cette femme de 70 ans. Marguerite Duras établit volontairement une distance entre l’enfant qu’elle était et la femme qui veut nous raconter son histoire. Ces deux voix s’enchevêtrent afin de donner au lecteur toutes les ficelles pour comprendre l’œuvre. Marguerite Duras se servira par la suite de substituts pour désigner les acteurs de son récit.

L’Amant peut être assimilé à un récit de formation. Marguerite va devoir franchir différents obstacles afin d’atteindre la libération.  En effet, elle va se heurter au contexte social des colonies : les relations entre Asiatiques et Européens sont interdites. Le père de son amant est contre cette relation et organise le mariage de son fils avec une riche Chinoise.


Ce texte évoque aussi une tragédie familiale.

La mère est la figure centrale du roman qui propose deux images d’elle : celle de la mère aimante, qui est fière de ses enfants et ne cesse de parler d’eux.  Mais c’est également la mère qui va donner à sa fille une robe transparente, des chaussures à talons et un chapeau d’homme. Cette mère pousse tacitement sa fille vers une prostitution inavouée. Jamais cette relation avec le Chinois ne sera abordée clairement entre elles, tout est fondé sur le non-dit. La mère sait ce que fait sa fille mais elle préfère l’ignorer, l’argent prend le pas sur l’amour qu’elle porte à son enfant.
 
Le frère aîné est un homme brutal, sans autres buts que ceux de jouer, boire et fumer de l’opium. Marguerite le qualifie de « petit voyou ». Il se sert également d’elle, il faut payer ses dettes de jeu et il sait que seule Marguerite est capable de rapporter de l’argent.

« L’amant » sera toujours désigné ainsi, jamais son nom ne sera cité. Ce personnage se réduit à son rôle dans la relation amoureuse, il n’a pas d’autre dénomination. Nous n’apprendrons de lui que sa situation économique et son futur mariage. À la suite de leur première rencontre, elle le suit dans sa garçonnière. Il est déstabilisé, il ne sait pas comment se comporter avec cette jeune Française. Elle lui demande de faire la même chose qu’il fait avec les autres. Elle ne le désire pas, elle désire une relation sexuelle. Ce n’est pas lui qu’elle choisit, c’est sa situation, elle veut transgresser l’interdit maternel. L’amant aime Marguerite mais il sait que leur relation est vouée à l’échec. De plus, il a également conscience qu’elle est avec lui pour l’argent.  Cette relation va permettre à Marguerite de prendre confiance en elle et d’aimer son corps d’adolescente. Cependant se développe une relation ambiguë entre cet homme plus âgé et cette jeune fille. En effet, après lui avoir fait l’amour comme à une femme, il s’occupe d’elle comme d’une enfant. Il la lave, la porte, la borde et la nourrit.
   
Ce texte raconte également la naissance du désir d’écrire de Marguerite. Lorsqu’elle regarde sa vie, elle se dit qu’elle doit écrire, c’est un besoin. Ce désir fait partie d’elle, elle n’a pas d’autre choix, elle veut raconter tout cela. Cependant, elle sait que pour écrire il faudra que s’opère une rupture totale avec cette famille. Elle se produit à la fin du texte, elle regarde sa mère et ne la reconnaît  plus, elle devient étrangère, inexistante. À partir de là, Marguerite ne fait plus partie de cette famille et elle l’observe de l’extérieur. C’est grâce à cela que Marguerite nous livre un portrait familial sans concessions ni cachotteries.

La fin du texte est un choc car Marguerite prend conscience de l’amour qu’elle ressent pour l’amant. Elle est rattrapée par ses sentiments. Prise dans l’engrenage de la recherche d’argent, de la transgression de l’interdit et peut-être aussi de son immaturité, elle ne s’en est tout bonnement pas rendu compte.

La structure fragmentaire du texte composé de paragraphes juxtaposés relève de l’écriture du souvenir. De plus, cela marque également le dérèglement de cette fille de 15 ans et demi. Cela permet aussi à Marguerite Duras de prendre de la distance avec l’enfant qu’elle a été.  L’écriture lacunaire, la déconstruction des phrases font la voix si particulière de Marguerite Duras.

Cynthia M., 2e année éd.-lib


Marguerite DURAS sur LITTEXPRESS

 

Marguerite Duras La Douleur

 

 

 

 

 

 

Article d'Aurélie sur La Douleur

 

 

 

 

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Article d'Inès sur Laure Adler, Marguerite Duras

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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commentaires

Luna 06/05/2011 09:27


Si tu aimes l'univers de Marguerite Duras, je ne peux que te conseiller le livre de Jacques Baudoin, Shangai Club, qui nous ramène plus d'un siècle en arrière à Shangai... Il en vaut vraiement le
coup !

Je viens d'ailleurs tout juste de publier mon avis sur ce livre sur mon blog :)


Joli article, je reviendrais ;)

Bonne continuation !!


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