Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 07:00

Marguerite-Yourcenar-Nouvelles-orientales.gif

Fiches de Marine et de Suzy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marguerite YOURCENAR
Nouvelles orientales
Gallimard
L'imaginaire, 2010
Première édition : 1938



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Marguerite Yourcenar, est née sous le nom de Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour le 8 Juin 903 à Bruxelles. Elle est décédée en 1987 à Bangor, aux États-Unis. C'est une romancière, poète, essayiste, critique et traductrice. Elle entre en 1970 à l'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique, puis en 1980 devient la première femme élue à l'Académie Française et ce avec le soutien de Jean d'Ormesson.

Elle publie en 1921 son premier poème, Le Jardin des chimères, sous le nom de Yourcenar, anagramme de son nom de naissance : Crayencour. En 1929 elle publie son premier roman, Alexis ou le Traité du vain combat. En 1951, Les Mémoires d'Hadrien sont publiés ; ce fut un succès mondial.



Quelques oeuvres de Marguerite Yourcenar

1931 : La Nouvelle Eurydice (roman)
1943 : Le Denier du rêve (roman)
1934 : La Mort conduit l'attelage
1936 : Feux (poèmes en prose)
1938 : Les Songes et les Sorts
1939 : Le Coup de grâce (roman)
1954 : Électre ou la Chute des masques
1963 : Qui n'a pas son Minotaure ?
1968 : L'Œuvre au noir
1974 : Souvenirs pieux
1979 : La Couronne et la Lyre (poèmes traduits du grec)
1981 : Mishima ou la vision du vide (essai)
1982 : Comme l'eau qui coule
1983 : Le temps, ce grand sculpteur (1983)
1984 : Les Charités d'Alcippe (poème)
1984 : Cinq Nô modernes de Yukio Mishima (traduction)



Les Nouvelles orientales


L'ouvrage de Marguerite Yourcenar, Les Nouvelles orientales, recueille un ensemble de dix nouvelles écrites séparément avant l'entrée dans la Seconde Guerre mondiale, entre 1929 et 1939. Période pendant laquelle l'auteur voyage beaucoup en Orient ( îles grecques, Athènes, Constantinople...).

La première nouvelle de l'ouvrage, « Comment Wang-Fô fut sauvé », m'a permis d'expliquer le lien entre la littérature et la peinture, et ce par l'écriture de Marguerite Yourcenar que symbolise le pinceau des tableaux décrits tout au long de la nouvelle.

Les personnages présents dans les nouvelles du recueil créent un lien supplémentaire entre la littérature et la peinture et nous allons les étudier.


Les personnages

Dans la première nouvelle du recueil on retrouve le lien entre la littérature et la peinture dans la fonction du personnage principal dont le nom apparaît dans le titre de la nouvelle : « Le vieux peintre » Wang-Fô. C'est le premier personnage nommé par Marguerite Yourcenar ; dès les premiers mots de la nouvelle son nom apparaît et son métier aussi. C'est par l'intermédiaire du regard d'un peintre que nous allons déambuler dans le Royaume de Han, en Chine du Nord.

Ce peintre, qui parfois boit pour « se mettre en état de mieux peindre », va tout au long de la nouvelle transmettre « l'image des choses » assisté du disciple qui l'accompagne, Ling. Il va lui permettre d'avoir une vision du réel transcendée par le pouvoir de la peinture. Aussi, lorsque Ling aura peur de l'orage, Wang-Fô lui fera-t-il admirer «  la zébrure livide de l'éclair » et grâce au regard que le maître va lui offrir celui-ci n'aura plus peur, ne voyant que la beauté de la chose, de sa forme et de ses couleurs, son aspect artistique.

Aussi très rapidement en lisant cette nouvelle, comprenons-nous que le peintre va exercer sur son disciple Ling un réel pouvoir d'initiateur, il va changer son regard. D'une scène qui pourrait être dérangeante, Wang-Fô va révéler les couleurs jusqu'à lui donner une beauté fragile que seul l'initié peut percevoir. Dans un bar chinois où des hommes boivent appuyés sur des tables recouvertes de nappes tachées par l'alcool, ce n'est pas la laideur ni la pesanteur d'une scène alcoolisée que Wang-Fô perçoit mais « la beauté des faces de buveurs estompées par la fumée des boissons chaudes » ainsi que « l'exquise roseur des taches de vin parsemant les nappes comme des pétales fanés ». Et c'est cette vision que le peintre va donner à son disciple, c'est aussi de cette manière, poétique, que le lecteur va la recevoir.

Ainsi, le lecteur peut être associé au personnage de Ling puisque, comme le disciple, il reçoit la vision du monde perçue par le regard du peintre qui interprète, détourne, dépasse le réel et remplit auprès de lui sa fonction d'initiateur. Le regard du lecteur sur les tableaux qui nous sont peints par Wang-Fô est alors semblable à celui de Ling.

Ling est un personnage dévoué qui subvient aux besoins du maître d'un point de vue matériel (achat de pinceaux, de peinture, d'un repas...) tandis que Wang-Fô, dans son rôle de maître et d'initiateur, enrichit Ling par l'esprit. Aussi ces deux personnages sont-ils complémentaires et attachants car la relation de pouvoir que peuvent laisser supposer les termes de « maître » et de « disciple » employés dans cette nouvelle est effacée par la complicité qui unit les deux personnages, liés par la ferveur d'une quête artistique.

On peut trouver plusieurs pinceaux dans cette oeuvre, celui de Wang-Fô qui agit pour peindre les tableaux, que je nommerai « l'objet pinceau », puis un second, plus abstrait, qui va agir sur l'esprit de Ling et va redessiner sa perception du réel. Enfin, un troisième pinceau, celui de Marguerite Yourcenar qui dessine l'ensemble des tableaux présents dans cette nouvelle par le biais de son écriture très imagée, poétique, subtile. Ainsi se crée le lien entre la littérature et la peinture.

Le pinceau, qu'il soit visible ou non, est à mes yeux un véritable personnage de cette nouvelle, délivré par Ling (il le finance), guidé par les mains de Wang-Fô et dirigé par les mots de Marguerite Yourcenar.

Un troisième personnage apparaît dans la nouvelle, L'Empereur du Royaume de Han qui a grandi enfermé entre quatre murs avec pour seule vision du monde extérieur « l'image des choses » transcendées, par le biais des peintures de Wang-Fô. Lorsqu'il découvre le monde extérieur, il l'observe avec un regard simple, non initié et ne parvient pas à en avoir une image qui dépasse le réel, comme celle du peintre. Il n'interprète pas les couleurs mais les reçoit comme telles. Le soleil qui se couche est pour lui rouge et n'a pas la « couleur d'une orange prête à pourrir ».

Ce personnage fait rupture avec l'interprétation de Wang-Fô puisqu'il reste attaché aux « choses elles-mêmes » et reçoit les tableaux du peintre comme une trahison, un mensonge sur le monde qui l'entoure, il comprend que « le sang des suppliciés est moins rouge que la grenade figurée sur [ses] toiles ».

Ainsi « le seul empire sur lequel il vaille la peine de régner » n'est pas le Royaume de Han mais celui où Wang-Fô pénètre par « le chemin des Mille Courbes et des Mille Couleurs ». L'Empereur décide donc de mettre fin aux jours de Ling, et de couper les mains du peintre, « les deux routes » qui mènent « au coeur de son empire » ainsi que de lui crever les yeux, « portes magiques de son royaume ».

Malgré le châtiment réservé aux deux hommes, Wang-Fô se voit accorder par l'Empereur le droit de peindre un dernier paysage. Ainsi, le monde de Wang-Fô, inspiré du réel mais transcendé par la peinture, va lui permettre de rester en vie au côté de Ling qui a adopté le regard de son maître. À la fin de la nouvelle le peintre disparaît avec Ling dans les couleurs du dernier paysage qu'il peint et dans lequel les deux personnages finissent par se fondre.

La quête artistique et spirituelle menée par les deux hommes l'emporte sur le réel et le pouvoir terrestre représenté par l'Empereur. C'est ainsi que Wang-Fô fut sauvé.

On trouve dans le recueil Les Nouvelles orientales de M. Yourcenar un autre personnage de peintre qui figure dans le titre de la dernière nouvelle de l'ouvrage, « La tristesse de Cornélius Berg ». « Un vieux vagabond fatigué», isolé, qui était l'élève de Rembrandt et qui a peint toute sa vie des portraits. Il revoit défiler toute son existence sous le regard des peintures qu'il réalisait du monde qui l'entoure. Un monde peint par Dieu, « peintre de l'Univers », dont on semble ne jamais avoir fait le tour, c'est là la tristesse de Cornélius Berg.

Ainsi, le recueil de M. Yourcenar s'ouvre sur les tableaux du peintre Wang-Fô, en quête de beauté et de dépassement du réel, puis se referme sur l'image de Cornélius Berg déçu de savoir que jamais il ne connaîtra tous les tableaux de l'Univers.

Marine Vacher, 1ère année Bibliothèques/Médiathèques


 

 

Comment-Wang-fo-fut-sauve.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Fiche de Suzy

 

 

 

 

 

 

 

 

Marguerite YOURCENAR
Nouvelles orientales

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur


Marguerite Yourcenar, de son véritable nom Marguerite Cleenewerck de Crayenncour est née le 8 juin 1903 à Bruxelle; sa mère meurt en la mettant au monde. Ses parents étaient de riches notables. Elle passa son enfance au Mont-Noir, immense domaine regroupant un grand nombre d'exploitations agricoles. Dès son plus jeune âge, elle lut beaucoup. Elle ne fit pas d'études, mais apprit quand même seule le grec, le latin et l'italien, et l'anglais avec l'aide de son père. Elle passa le baccalauréat de latin-grec à seize ans, mais n'obtenant que la mention "passable", abandonna l’ambition d’aller plus loin. Elle suivait son père dans toutes ses expéditions, ce qui lui donna très tôt le goût du voyage.

Elle commença sa carrière d'auteur en 1921 avec Le Jardin des chimères un recueil de poèmes dialogués. Elle continua sa carrière à la fois comme poétesse, comme historienne, avec beaucoup de livres sur elle et sa famille mais aussi sur des héros de l'Antiquité, comme essayiste, romancière et traductrice.

Elle fut naturalisée américaine en 1947. Grâce à son talent d'écriture, et ses grands succès, elle entra à l'Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique en 1970 puis, en 1980, fut la première femme élue à l'Académie française.

Ses grandes oeuvres sont : Les Mémoires d'Hadrien, L'Œuvre au noir ou encore Alexis ou le Traité du vain combat.



L'oeuvre


Les Nouvelles orientales ont été publiées en 1938 par Gallimard. Le recueil est composé de dix nouvelles. Leur thème est l'Orient, zone qui va des Balkans et de la Grèce, en passant par l'Albanie ou l'Inde, jusqu'à la Chine et au Japon. L'auteur s'est beaucoup inspirée de tout ce qu'elle a pu voir ou entendre pendant ses voyages. Du coup, beaucoup des nouvelles sont inspirées de contes et légendes, voire même romans des différents pays visités, mais certaines nouvelles sont aussi complètement inventées. Seule exception, « La tristesse de Cornélius Berg », dont l'histoire se déroule à Amsterdam. Marguerite Yourcenar a voulu l'ajouter comme pour clore le recueil sur le même thème que la première nouvelle, la peinture.

L'auteur apporta plusieurs corrections à son oeuvre au fil des années, changeant des fins de nouvelles, ou le titre de certaines.



Présentation de deux nouvelles


« Comment Wang-Fô fut sauvé »

Wang-Fô, un peintre chinois, voyage de village en village avec son disciple Ling. Cet artiste laisse derière lui une grande renommée, celle de donner vie à ses tableaux. S'arrêtant dans une auberge, il apprend qu’il est convoqué par le prince du pays. Ce dernier le condamne à mort parce qu'il n'a vécu son enfance qu'avec les tableaux de Wang Fô comme fenêtre sur le monde extérieur. Lorsqu'il a vraiment découvert ce qu'il y avait en dehors des murs, il a été déçu de ce qu'il a pu voir. Mais avant de mourir le peintre doit finir une de ses oeuvres inachevées. À chaque nouveau coup de pinceau le tableau prend vie, ce qui permet à Wang Fô de « s'enfuir » sur les eaux qu'il est en train de peindre.


« Notre-Dame-des-Hirondelles »

Thérapion, un moine, décide de développer le christianisme dans un petit village de Grèce. Bien que les villageois le respectent et commencent à croire en ce nouveau Dieu, ils n'arrivent pas à oublier les Nymphes. Ils continuent à les honorer même si elles tuent leurs bétails et leurs enfants. Le moine décide alors de les piéger, en les enfermant dans une grotte, la fermant avec une petite chapelle, lieu dans lequel les Nymphes n'osent s'aventurer. Le moine est fier de la réussite de son objectif, et ne ressent pas de pitié, ni les entendant pleurer, ni à la pensée qu'elles sont en train de mourir petit à petit. Une jeune femme, Marie, vient et "sauve" les Nymphes en les transformant en hirondelles. Elle dit alors à Thérapion qu'elles reviendront chaque année, et qu'il aura comme obligation de leur donner asile dans cette chapelle.


Mythologie et surnaturel


Ce qui frappe le plus dans cette oeuvre est peut être la présence d'une certaine mythologie. Cela paraît normal, vu qu'elle est très présente en général dans les légendes.

Tout d'abord, certaines scènes ou réactions des personnages sont surnaturelles, comme par exemple, le fait que Wang Fô arrive à naviguer sur la rivière qu'il vient de peindre, retrouvant dans la barque son disciple Ling qui venait pourtant de mourir.

Ensuite, il y a des personnages tout droit sortis des mythes et légendes, des religions. Nous avons les Nymphes, ou encore, l'apparition de la Vierge Marie.



Le féminin

 

L'on peut voir que le surnaturel est souvent apporté par les femmes, ou plutôt par des êtres féminins, par leur rôle. Certaines sont bienfaisantes, comme Marie venue sauver les Nymphes, mais elles ont parfois un triste sort, comme la femme du disciple Ling qui après avoir posé pour une oeuvre de Wang Fô se retrouve délaissée par son mari qui lui préfère la peinture, et finit donc par se suicider.

Mais la plupart ont un mauvais rôle, elles incarnent des tentatrices comme les Nymphes qui attirent les enfants pour les faire ensuite tomber des falaises.

Ce ne sont pas les seules facettes du féminin dans ce recueil. Nous avons aussi des femmes désespérées qui se laissent posséder par leur passion (la Dame-du-village-des-fleurs-qui-tombent qui essaye irrémédiablement d'obtenir l'amour de son prince, ou Aphrodisia qui vole le corps de son amant mort), et certaines sont même méchantes (comme la veuve du pacha Scutari qui fait infliger les pires tortures à Marko pour se venger de lui).


Des personnages complexes


Dans toutes les nouvelles, il y a un passage, une action, ou un personnage qui a un côté négatif. Les histoires sont tantôt tragiques, tantôt tristes, violentes, presque malsaines ; elles inspirent de la pitié pour les personnages. Cela permet aussi de voir plusieurs dimensions des personnages, de leur donner une certaine complexité que l'on aurait pu manquer à la première "rencontre". On en vient souvent à aimer d'autant plus les histoires ou les personnages, qui nous surprennent, nous laissant parfois perplexe.



Mon avis


J'ai énormément aimé ce recueil. Il a su me faire voyager, ce qui a été possible grâce au merveilleux style de Marguerite Yourcenar, qui arrive avec seulement quelque mots à dresser le portrait de personnages et et à élaborer des histoires complexes.

 

Suzy, 1ère année Éd.-Lib.

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Marine et Suzy - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Hélène Vigne 02/05/2013 14:19

À propos de la nouvelle de Yourcenar "Comment Wang Fô fut sauvé", dont l'auteur a donné une version remaniée pour la jeunesse, je tiens à signaler que la fin de ce conte est presque mot à mot
empruntée à l'écrivain Lafcadio Hearn qui était devenu japonais et a fait connaître et aimer le Japon ; il s'agit du conte titré en français « Le Tableau qui avait une âme »
[en v.o. : The Story of Kwashin Koji]
J'ai trouvé cette piste (brouillée à dessein par Yourcenar, qui parle d'une source "chinoise") dans la base de donnée du cinéma IMDB, la nouvelle ayant fait l'objet d'une adaptation en cinéma
d'animation par le cinéaste français René Lalo.

Recherche

Archives