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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 07:00

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Marie DARRIEUSSECQ
Clèves
Éditeur : P.O.L, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie Darrieussecq est née en 1969 à Bayonne. Elle passe son enfance dans le Pays Basque. Après un baccalauréat littéraire, elle entre en hypokhâgne puis en khâgne. Elle enchaîne avec l’École normale supérieure puis l’agrégation de lettres modernes, obtenue en 1992. Enfin, elle soutiendra une thèse à la Nouvelle Sorbonne et à Jussieu.

En 1988, elle obtient le « prix du jeune écrivain de la langue française » pour sa nouvelle « La Randonneuse ». À la suite de ce prix, beaucoup de maisons d’édition la sollicitent, notamment Grasset, Le Seuil et Fayard.

En 1996, elle publie un premier roman, Truismes, chez P.O.L. Son roman est vendu à 300 000 exemplaires et traduit dans 30 langues. Jean-Luc Godard achète les droits pour en faire une adaptation cinématographique.

Marie Darrieussecq est plusieurs fois accusée de plagiat. En 1998, Marie NDiaye l’accuse d’avoir « emprunté » quelques-unes de ses œuvres pour écrire Naissance des fantômes. Camille Laurens l’accuse à son tour en 2007, à la publication de Tom est mort. En réponse à ces polémiques, Marie Darrieussecq publiera en 2010, Rapport de police, essai sur le thème du plagiat.

En 2011, est publié Clèves.

Marie Darrieussecq est très fidèle à la maison d’édition P.O.L. l’éditeur a publié la majorité de ses romans et de ses récits. Marie Darrieussecq a également publié des essais, des traductions, du théâtre, des livres d’arts ainsi que des textes, en collaboration avec d’autres auteurs. Elle a également participé à des livres audio.



Résumé du roman

Quand commence le récit, Solange est en CM2. On la voir grandir, jusqu'à ce qu’elle atteigne l’adolescence. Son père se dit pilote d’avion et sa mère tient un petit magasin. Depuis ses premières années, elle est gardée par la famille Bihotz, la mère puis le fils. Solange va découvrir non pas l’amour, mais le sexe. On la suit pas à pas dans la découverte de toutes les expériences de l’adolescence : du premier baiser (désastreux avec un pompier soûl), à la première bouffée de shit, et enfin, le premier rapport sexuel. Solange réfléchit avec son corps, ou plutôt avec son sexe et les sensations que lui procure celui-ci. Elle vit dans l’attente du regard des garçons et de la sensation que peut lui procurer ce regard. Solange se pose beaucoup de questions, mais n’a personne à qui les poser. Elle ne peut pas en parler à ses amies de peur d’être considérée comme en « retard ». Elle ne peut pas les poser à sa mère, trop occupée à se déchirer avec son père. Il lui reste Monsieur Bihotz, le voisin baby-sitter, fan de rock et de heavy. On devine que les sentiments de Monsieur Bihotz à son encontre ne sont pas innocents. Mais il attendra patiemment qu’elle grandisse pour enfin faire un pas vers elle. Et ce dernier pas franchi les conduira très loin…



Analyse du roman

« Solange se demande s’il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là ». Rien ne filtre de cette quatrième de couverture réduite au minimum, laissant le lecteur dans le plus total dénuement. Le texte en lui même ne comporte que trois chapitres : « Les avoir », « Le faire », « Le refaire ». Le ton est donné dès le départ et laisse deviner que le propos sera cru. L’auteure se glisse dans la peau d’une toute jeune fille. Celle-ci se questionne, se demande ce qui passe par la tête des copains, dans la sienne. Mais ce qui l’intrigue par-dessus tout, c’est le fait que de nouvelles sensations, de nouvelles pensées font leur apparition.

Solange raisonne et parle comme une adolescente des années 80. Le propos est cru et ne s’embarrasse pas de pruderie. Depuis son enfance, Solange est confrontée au sexe. Ce sera d’abord son père, s’exhibant fièrement nu à la Kermesse après avoir trop bu : « Elle le voit. Entièrement nu. Un foulard rouge autour de son cou, sa casquette Air Inter sur la tête […] La bite de son père, boudin blanc bondissant, est très différente de celle de Monsieur Bihotz ». Il y aura aussi Monsieur Bihotz, n’hésitant pas à se masturber devant elle, croyant que Solange ne le regarde pas :

« Un jour de crise de café, Monsieur Bihotz était posé sur son lit avec ses journaux autour de lui, sa robe de chambre était ouverte et il tenait sa grande bite rouge dans la main ».

Solange est précoce pour son âge. A l’école déjà, une fois dans son lit, elle se caresse. Mais elle ne sait pas encore ce que cela signifie. Elle sait juste que cela lui fait du bien : « Elle subit les enfoncements un par un, lents, profonds, sa main frotte le point central […] plaisir insupportable à faire durer encore ». Toujours en CM2, elle aura ses premières règles le soir de cette fameuse kermesse : « Le long de l’ourlet de petits chiens rouges, il y a des traces sombres […]. À la lumière électrique, sa culotte aussi est pleine de trace sombres ». C’est le début de sa vie de « femme ». Solange en vient même à se demander si les garçons doivent aussi subir ce genre de désagréments.

Sa prochaine préoccupation sera d’embrasser un garçon (n’importe lequel fera l’affaire), puis de faire l’amour. Elle cherche à se trouver à égalité avec ses camarades, qui se disent déjà dépucelées. Son choix se portera sur Arnaud, qu’elle rencontrera lors d’une fête. Elle croit déjà au grand amour et le fait qu’il soit futur bachelier ne gâche en rien son charme. Mais la désillusion sera grande car Arnaud ne voit en elle qu’un objet qu’il pourra utiliser puis jeter afin d’assouvir ses envies sexuelles. Solange ne sait pas encore ce qui l’attend et l’auteure se montre très cruelle envers son héroïne. Le lecteur assiste impuissant à sa première expérience sexuelle, effroyable scène de fellation où Solange se retrouve impuissante face à ce que lui demande de faire Arnaud : « Elle s’est habituée à l’odeur, c’est un peu dommage quand même cette impression de lui nettoyer la bite ». Le propos est très dur et on se demande pourquoi l’auteure cherche à mettre Solange dans ce genre de situation. Peut être pour lui faire prendre conscience que le monde des adultes est différent de ce qu’elle’imaginait. La violence est omniprésente, même dans une relation qui normalement appellerait le bonheur et la douceur. Est-ce que toutes les relations doivent commencer de façon aussi violente et malsaine ? Solange commence très mal sa vie sexuelle et ce qui va suivre ne va que confirmer cette impression de désastre. Elle reverra Arnaud et leur deuxième contact sera encore plus violent tant physiquement que moralement pour Solange. Mais elle s’accrochera à lui, jusqu’à ce qu’il lui fasse comprendre qu’elle est trop jeune, qu’il a déjà une petite amie. Solange ne ressentira aucun plaisir lors de ces rapports. On pourrait même les qualifier de viols tant les relations sexuelles sont non respectueuses voire forcées.

Solange trouvera refuge auprès de Monsieur Bihotz, le gentil baby-sitter. Celui ci s’est constamment retenu depuis qu’elle est en âge de s’intéresser aux choses de la vie. L’évolution de leur relation ne fait aucun doute. Monsieur Bihotz a toujours entretenu des sentiments très forts vis-à-vis de Solange. On peut presque parler de relation incestueuse car Monsieur Bihotz l’a élevée comme sa propre fille. Il va la chercher à l’école, elle a une chambre chez lui, il lui a fait prendre le bain. Toutes ces petites choses qui créent des relations père-fille. Solange le nargue, le délaisse, le déteste parfois, mais dès qu’il fait mine de s’éloigner, elle court à sa suite. Monsieur Bihotz quant à lui est très protecteur, trop même parfois, jouant le rôle d’un père jamais présent.

Marie Darrieussecq provoque. Elle ne prend pas de chemins détournés, elle va directement au but. Le thème de ce livre est délicat, intime. La façon dont elle le traite choque, trop peut être. Solange voit tout son petit monde s’écrouler, elle prend des coups mais sans jamais protester. C’est comme si, dès le départ, elle savait que sa vie allait être un désastre et que de toute façon, il est inutile de se battre. Elle vit dans un environnement malsain n’ayant aucun soutien. Elle arrivera à « Le Faire » comme les autres, mais comment dire à ses camarades que c’est son baby-sitter qui l’a rendue femme pour de bon ? On laisse Solange au début de l’âge adulte, libérée de Monsieur Bihotz mais rêvant toujours de revoir Arnaud et de faire sa vie avec lui… « Elle a tellement de choses à penser ».


Pauline S., 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Marie DARRIEUSSECQ sur LITTEXPRESS

 

Darrieussecq Truismes

 

 

 

Article de Clémence sur Truismes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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