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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 19:00
Darrieussecq-Truismes.gif











Marie DARRIEUSSECQ
Truismes

Éditions P.O.L, 1996

Gallimard, Folio, 1998












Persévérance et détermination ont été la force de Marie Darrieussecq qui voit les maisons d’édition se disputer son sixième manuscrit, le premier à être édité. Malgré les encouragements des éditeurs pour ses premiers écrits littéraires, la normalienne était loin d’imaginer un tel engouement pour son ouvrage. Et les éditeurs ont vu juste. Dès la publication de Truismes en 1996 chez P.O.L, le roman est encensé par la critique, traduit en trente langues et vendu à un million d’exemplaires à travers le monde. C’est donc à partir de ce premier ouvrage édité, devenu un best-seller mondial, que Marie Darrieussecq est considérée comme un auteur majeur de la décennie 90.

Déjà, le titre intrigue. On connaît le terme « truisme » désignant une vérité évidente, synonyme de lapalissade, mais la couverture de l’édition de poche nous fait vite comprendre que le mot a pris des connotations porcines. En effet comme Ovide, Kafka ou même Homère l'ont fait avant elle, c’est une métamorphose qu'elle nous raconte au fil des pages. Le sujet n’est donc pas novateur mais Marie Darrieussecq nous en propose une nouvelle approche, mêlant habilement divers genres dans un récit qui se tient parfaitement.

Par un monologue, la protagoniste nous relate avec froideur sa transformation progressive en truie, entre son emploi dans une parfumerie et sa vie de couple avec Honoré.  Nous comprendrons vite que l’univers de la narratrice est pour le moins loufoque. En effet, il devient évident que les activités de la parfumerie s’apparentent plutôt à celles d’une maison close et que son compagnon Honoré n’est autre qu’un homme insensible et malsain, rencontré à « l’Aqualand », repaire de la prostitution. Dans ce monde absurde pourtant si proche du nôtre, la métamorphose de la narratrice peut s’interpréter de multiples façons.

En premier lieu, l’auteur se soucie de l’aliénation de la femme, à travers la narratrice, qui se laisse totalement dominer et déshumaniser par ce monde rustre, ces hommes qui la « consomment » brutalement sans même qu’elle perçoive un brin de sauvagerie.

Ensuite, c’est lorsque le personnage d’Edgar apparaît, homme politique choisissant la narratrice aux allures de cochonne comme égérie de sa campagne électorale au slogan équivoque « Pour un monde plus sain », que lle texte de Marie Darrieussecq nous apparaît clairement comme une diatribe politique.

Puis, tout du long du récit, la bestialité de l’être humain,
cette animalité que nous nous refusons de reconnaître, est  placée au centre des revendications de l’auteur. Ainsi c’est en effectuant des tâches typiquement humaines comme la lecture que la narratrice parvient à retrouver un peu de son humanité, de sa féminité. Mais son groin et sa pilosité imposante réapparaissent sans qu’elle y puisse rien faire. Face à ses transformations et victime d’exclusion, la narratrice, totalement désinhibée, parvient enfin à mesurer l’inhumanité de la société qui l’entoure.

Finalement, c’est une satire sociale facétieuse qui nous est livrée ici via une écriture crue, un manque de raffinement savamment étudié et une authenticité perturbante malgré sa dimension fantastique.

Alors, ne vous étonnez pas si des effluves de terre mouillée et de feuilles mortes chatouillent vos narines et si l’écœurement vous gagne progressivement à la lecture de ce roman singulier…

 Mais surtout, en le refermant, n’oubliez pas de vous poster devant le miroir afin de vérifier qu’une queue en tire-bouchon ne s'est pas incrustée sur votre postérieur…sait-on jamais…


Clémence Deschamps, 2e année édition-libraire

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