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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 07:00

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Marie-Sabine ROGER
Attention, fragiles
Éditions du Seuil,
Collection Karactère(s), 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Sabine-Roger.jpgL'auteur

Marie-Sabine Roger est née en 1957 à Bordeaux. Elle a écrit environ quatre-vingts ouvrages, romans adultes, romans jeunesse et albums chez différents éditeurs. Autrefois institutrice, elle se consacre aujourd'hui entièrement à sa passion, l'écriture.
   
Son premier métier, l'enseignement, explique peut-être sa justesse dans sa manière de s'adresser aux enfants et ados avec des histoires parfaitement narrées et adaptées à leur âge. Ou comment traiter des sujets délicats et douloureux avec humour, finesse et poésie, sans jamais toutefois sombrer dans la mièvrerie...

Nous allons le voir, cet écrivain prolifique s'intéresse régulièrement à différents thèmes rarement traités en jeunesse, points sensibles difficilement abordables. Dans sa bibliographie nous trouvons des sujets comme la mort, le racket, les situations familiales compliquées, les handicaps comme la mal-voyance ou encore les sans-abri.

Marie-Sabine Roger étonne et détonne, par ces sujets mais également par son écriture à la fois simple et fluide, maniant avec art la polyphonie. Chaque personnage  a ses récurrences linguistiques, ses expressions, son vocabulaire propre selon son âge, son histoire personnelle et son caractère.

   
L'histoire

C’est un récit à la première personne, un roman choral où les différents narrateurs, personnages principaux et secondaires, prennent la parole à tour de rôle. Nous les suivons pour certains quelques mois durant, pour d'autres seulement pour un moment de vie. Nous prenons ainsi connaissance de leurs espoirs, de leurs doutes et de leurs failles.

Nous faisons connaissance en premier lieu avec Nel, jeune adulte d'une vingtaine d'années, lycéen aux cheveux bleus et lunettes noires. Les lunettes noires c'est parce qu'il est aveugle. Les cheveux bleus, ...c'est une autre affaire ! À défaut de voir les autres, les autres ne peuvent que le voir. Ultime contestation contre un monde qu'il vomit. Nel ne supporte plus sa vie, ses proches, le comportement des gens face à son handicap qui gêne et met mal à l'aise. La « Grande Couveuse », sa mère, l'insupporte terriblement par ses attentions constantes, son trop-plein d'affection.

« Ma mère m'apporte mon blouson. Elle veut m'aider, mais si, mon grand, ça va plus vite. Je me dégage d'un geste un peu trop brusque, contre lequel elle n'ose protester. Je lui arrache au vol mes gants, c'est bon, je les mettrai moi-même ! C'est pénible, l'amour d'une mère, parfois. J'ai des envies d'indifférence. Tu le comprends ça ? J'ai vingt ans. »

Chacun est précautionneux avec lui, trop doux, trop prévenant, ce qui, à vingt ans, peut très rapidement se révéler agaçant. Il devient alors cinglant. Ses mots sont précis et affûtés. Son vocabulaire des sensations est on ne peut plus riche, il analyse constamment ce qu'il entend, entre le ton employé par les gens autour de lui, le son de leur démarche, les bruits alentour. Si les couleurs ne lui parlent pas, chaque son est précisément répertorié. On suit ainsi son ennuyeuse routine, lycée, café, copains. Et puis arrive Cécile, une nouvelle. Qui comme tout le monde commence par mettre les pieds dans le plat, le trouvant affecté avec ses cheveux azur et ses lunettes de soleil en plein hiver. Et puis, comme tout le monde, elle se mord les doigts quand elle se rend compte de sa bévue. Et puis, comme tout le monde.... Ah non. Contrairement aux autres elle n'est pas précautionneuse. Franche et directe seraient des termes plus appropriés. Après des débuts houleux, ces deux jeunes gens s'apprivoisent et se plaisent rapidement. Mais comment s'assurer de la réciprocité ? Pas par un regard, certes. Mais c'est faisable, avec une certaine dose de hardiesse...

Le récit de Nel est notamment entrecoupé par ceux de Laurence et Nono (et Baluchon !).

Au départ, leur vie était simple. Laurence était en couple avec François, beau-père du petit Bruno. Leur histoire fonctionnait plutôt bien. Seulement la vie fait que quelquefois tout ne tourne pas rond à l'infini, la machine vrille et pile. François perd son emploi, devient maussade, mauvais puis violent. Un soir, n'y tenant plus, Laurence part brutalement, Bruno sous le bras, sac rapidement bouclé, sans oublier Baluchon (un panda en peluche qui n'a pas sa langue dans la poche) et ils vont… Eh bien plus ou moins nulle part. Pas d'amis, pas de famille. Les papiers sont restés chez François, peu d'affaires et d'argent emmenés. Tout était au nom de monsieur. Alors quoi ? Alors la rue, la descente aux enfers. Insidieusement, l'hiver s'installe. La petite famille vivote dans un carton de réfrigérateur sur lequel est écrit « Attention fragile ». Bruno est déscolarisé, il passe la journée à discuter avec Baluchon aux alentours du carton, pendant que sa mère fait la manche à la gare, refusant que l'enfant assiste à ce triste spectacle. Si Laurence survit, c'est pour deux raisons, l'instinct maternel qui dans son cas est celui d'une louve, et la rage. Laurence était une femme plutôt cultivée, son récit est un mélange de mots d'amour pour son garçonnet et de colère contre la société.

Après que la pluie a détrempé leur abri en carton :

« Ma vie était sinistre, la voilà sinistrée. (…) Je me croyais tout en bas de l'échelle. Non : une trappe vient de s'ouvrir au ras du sol ! On peut tomber plus bas. Toujours, toujours plus bas. C'est un sale vertige. »

Nono, lui, n'est pas en colère. Il est trop petit pour tout comprendre. Il est lui aussi régulièrement narrateur, avec ses mots enfantins et ses discussions avec la peluche adorée. L'auteur saisit les incompréhensions, craintes et mots d'enfants avec tact.

Discussion entre le panda en peluche et l'enfant, sachant que la peluche est toujours celui des deux qui râle :

« – Moi, j'aimais mieux quand on était à l'autre maison, la grande, avec maman et François, et que je dormais dans le lit.
– Ben oui, mais c'est comme ça. C'est comme ça et pis c'est tout, et si tu nous embêtes, on te jette sur la voie ferrée, et le train te crabouille ! »

Les personnages secondaires qui prennent à leur tour la parole sont un vieux gardien de parc qui a remarqué l'étrange duo que sont Laurence et Bruno, et Cécile.


Leur point de vue est intéressant car extérieur. Celui de Cécile l'est d'autant plus que son interprétation des faits et moments passés avec Nel est quelquefois différente de celle du jeune homme.

 

 

On aime bien

La variété des personnages et des histoires. Le fait qu'à deux reprises, sur un pont, Nono et Nel se croisent. Point clé de l'histoire, car à la seconde rencontre Cécile révèle à son ami que l'enfant est en bien piteux état, ce que ne pouvait pas deviner le garçon.

Les différentes voix qui racontent chacune son histoire, morceau de vie.


On aime moins

Que tout finisse bien. Le livre a beau être à partir de 13 ans, les lecteurs ne sont pas si naïfs à cet âge-là... Tout ne finit pas toujours bien. Cela dit la fin n'est certes pas idyllique non plus, mais on ne s'attend pas à un revirement de situation heureux durant les deux derniers chapitres.

Une chute un peu rapide peut-être.

 

 

 

Différents prix remportés par Attention Fragiles :

Prix France Télévisions du roman Jeunesse 2001 (11-14 ans)
Prix des lycées professionnels du Haut-Rhin 2001
Prix Ramdam du Roman ado 2002.


Joanie Soulié, 1ère Année Éd-Lib.

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Published by Joanie - dans jeunesse
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