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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 07:00

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Marjane SATRAPI
Poulet aux prunes
L’Association, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1958, en Iran. Nasser Ali Khan, grand joueur de tar (luth iranien) n’a plus de goût à rien depuis qu’on a brisé son instrument et décide de se laisser mourir.

 

 

« Puisque plus aucun tar ne pouvait lui procurer le plaisir de jouer, Nasser Ali Khan décida de mourir. Il s’allongea dans son lit…Huit jours plus tard, le 22 novembre 1958, on l’enterrait aux côtés de sa mère dans le cimetière Zahiroldoleh de Chérimane. Tous ceux qui l’avaient connu étaient présents ce jour-là. »

 

Après la tétralogie de Persépolis, où l’auteur laissait une large place à l’autobiographie, Marjane Satrapi, dans Poulet aux prunes, explore à nouveau l’écriture de soi à travers une forme nouvelle ; ici, elle choisit de raconter l’histoire d’un de ses ascendants, son grand oncle Nasser Ali Khan. Tout comme dans Persépolis, elle puise dans sa culture iranienne et ses souvenirs familiaux pour nous livrer un roman graphique surprenant.

 



Marjane-Satrapi-Poulet-aux-prunes-img3.jpg  style graphique toujours identique mais également toujours aussi efficace, dans un équilibre subtil entre sobriété et arabesques persanes, nous transporte dans un récit très rythmé, avec de constants allers-retours entre le présent et le passé. Ces décrochages narratifs ainsi que les fantasmes et les rêves sont signalés par un code graphique précis ; ils sont représentés sur un fond noir, alors que le récit principal se fait sur fond blanc. D’autre part les personnages deviennent parfois de simples silhouettes noires ou blanches, ce qui est généralement l’indice d’une forte émotion. Enfin, les vignettes encadrées de noir sont là pour indiquer un rétrécissement de point de vue, en général une anecdote racontée par la narratrice.

 



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L’oeuvre s’ouvre sur une étrange rencontre. Nasser Ali Khan interpelle une femme (Irâne) dans la rue mais celle-ci ne semble pas le reconnaître ; il repart alors déçu. C’est par la suite que, ne trouvant pas de tar à sa mesure, Nasser Ali Khan décide de mourir. Dès la première partie, la trame générale est annoncée, on sait que Nasser Ali Khan va mourir, les chapitres suivants ne seront qu’un grand retour en arrière qui fera le récit de ces huit jours à attendre la mort. Ainsi tout le roman graphique se construit de cette manière, sur des analepses et des projections dans le futur, digressions qui ne font qu’enrichir le récit. Cet ancrage dans le souvenir se traduit également par certaines évocations de la période et de la tension politique déjà présente à l’époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pendant cette attente de la mort, beaucoup de proches de Nasser Ali Khan vont lui rendre visite, essayer de comprendre ce qui lui arrive. Vont donc alterner différentes rencontres et souvenirs du musicien, avec ses enfants, avec son frère, avec sa mère, avec sa femme et surtout avec Irâne, cette femme qu’il aimait dans sa jeunesse mais dont le père a refusé qu’elle l’épouse.Plusieurs prolepses vont également s’insérer dans le récit ; dans l’une d’elle, on voit même apparaître l’auteur elle-même rendant visite à la fille de Nasser Ali Khan en 1998.

 

 

 

 

 

 

 

 

À chaque chapitre on en apprend un peu plus sur la vie gâchée de ce grand musicien, sur ses ambitions ratées et sur la routine qui le noie jour après jour. Le dénouement du livre est comme la fin d’un cycle, on revoit le passage de la rencontre fortuite entre la femme (il s’agissait bien d’Irâne) et Nasser Ali Khan au tout début du livre mais cette fois-ci du point de vue d’Irâne, et l’on comprend qu’elle  non plus ne l’avait pas oublié et qu’elle a comme le musicien passé sa vie à penser à lui !

Marjane Satrapi Poulet aux prunes img6

Marjane Satrapi Poulet aux prunes img4

 

 

Sur la dernière page, on revoit la scène de l’enterrement pour s’apercevoir qu’Irâne est bien présente, pleurant son amour perdu, elle-même surveillée par l’ange de la mort, Azraël.


 Marjane Satrapi Poulet aux prunes img2Marjane-Satrapi-Poulet-aux-prunes-img-7.jpg



Ce récit est donc celui d’une absence, d’une histoire d’amour brisé, d’une douleur reportée sur la musique. « L’amour que tu as pour cette femme se traduira dans ta musique. Elle sera dans chaque note que tu joueras. Me comprends-tu ? » À la fin de l’ouvrage, on comprend que c’est la pensée qu’Irâne l’a effacé de sa mémoire qui a motivé sa décision de se laisser mourir ; puisqu’elle l’a oublié, il ne voit plus l’intérêt de jouer de la musique et la douleur qu’il ressent est trop forte pour continuer à vivre. Le destin tragique de Nasser Ali Khan est ainsi entièrement lié à cette femme, Irâne, et à leurs amours ratées.

Bref Poulet aux prunes est un récit simple sur les secrets de famille, sur l’absence et sur l’Iran des années cinquante, marqué par le poids de la famille et des traditions.


Cet album a reçu le prix du meilleur album 2004 décerné par le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême et devrait être adapté prochainement au cinéma.

 

 

 

Aude, A.S. Éd.-Lib.

 

 

Marjane SATRAPI sur LITTEXPRESS

 

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Articles d'Angélique et de Floriane sur Persépolis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Etats d'âme en Iran : Zoyâ Pirzâd et Marjane Satrapi, article de Claire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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