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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 13:00

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Martha GRAHAM
Mémoire de la danse
Titre original : Blood Memory
traduit de l’américain
par Christine Le Boeuf
Éditions Actes Sud
Collection Babel
1991 chez Doubleday, éditeur original
1992 pour la traduction française

 

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photographie de couverture : Martha Graham par Soichi Sunumi.

 

 
La danse contemporaine est un art quelque peu méconnu. Parfois qualifiée de « bizarre », elle peut soulever certaines réticences. Elle est pourtant digne du plus grand intérêt. J’ai choisi ce livre,afin de mieux faire connaître cet art, aujourd’hui majeur.

Martha Graham est une chorégraphe de danse contemporaine. Elle a contibué à libérer la danse de son corset classique. Loin des tutus, elle est pionnière du mouvement de la Modern dance.

Mémoire de la danse est un roman autobiographique. Martha y dévoile un parcours de vie à travers ses œuvres, ses choix et partis pris.

 

Son environnement familial

Martha est née le 11 mai 1894 dans l’environnement industriel de la Pennsylvanie. Elle évoque dans son livre des bribes et de nombreuses images de son enfance.

En premier lieu, la figure paternelle du docteur George Greenfield Graham, prépondérante dans son existence. Cet homme soignait les maladies nerveuses. Son métier s’apparenterait aujourd’hui à celui de psychanalyste. Le langage chorégraphique de Martha a de fait subi l’influence de la psychanalyse. Par ailleurs, il lui transmit son amour de l’Orient et la connaissance de la mythologie grecque. Il avait été élevé dans la religion catholique et il en fut de même pour Martha. Petite, elle se rendait à l’école du dimanche, où elle enseigna plus tard la religion, le chant et le piano. Elle ne s’affirme néanmoins pas croyante.

Sa mère, quant à elle, était une femme jeune et belle. Elle était sans expérience et ne savait pas tenir un foyer. Martha était l’aînée de ses deux sœurs, Mary et  Georgia. Elle a également eu un frère, William Henry Graham, mort très jeune d’une méningite.

L’enfance de la chorégraphe a également été habitée par la présence de Lizzie. Il s’agit d’une jeune femme un jour amenée à l’hôpital, atteinte de profondes morsures. Soignée par le père Graham, elle fut épargnée par la mort. Éternellement reconnaissante envers lui, elle lui promit de s’occuper fidèlement de ses enfants, ce qu’elle fit. Lizzie fut alors la « nounou » de la petite Martha et de ses sœurs. Martha grandit ainsi dans cet univers puritain, entre religion et bonnes mœurs, soumise également à l’éducation de sa grand-mère, qui avait pour ambition de faire de sa petite-fille une femme bien élevée et accomplie.

À l’âge de 14 ans, la famille Graham déménagea à Santa Barbara. Loin de Pittsburg, cette nouvelle ville offrit une vie plus exotique à l’adolescente. Durant cette période ensoleillée, elle noua des liens avec la famille Dreyfus, vivant à Santa Barbara, éloignée de France pour des raisons connues de tous.

La mort de son père fut une tragédie dans l’adolescence de la jeune fille. L’homme laissa derrière lui une maisonnée de filles où l’argent venait à manquer. Au sein de sa famille mais également plus tard dans sa compagnie, Martha fut soumise à une certaine précarité. Elle avait une seule robe correcte à se mettre et ses danseurs travaillaient le jour pour danser le soir. De plus, ils s’affairaient à coudre les costumes eux-mêmes.

C’est dans ce cadre familial, que Martha fit ses premiers pas. Sans être un public averti, ses parents ne l’ont pourtant jamais freinée dans sa vocation de danseuse puis de chorégraphe.

 

Parcours
 
Martha Graham n’a jamais dansé quand elle découvre Ruth Saint Denis en 1911. Elle rencontre cet artiste lors d’une de ses représentations, où elle danse ses solos réputés, les Cobras, Radka, la Bayadère et Egypta. Six ans plus tard, Martha intègre son école de danse, appelée Denishawn. Cette appellation est née de la contraction des noms de Ruth Saint Denis et de son époux, Ted Shawn. Martha est confiée au mari. Elle acquiert une formation très éclectique, sans aucun doute novatrice pour l'époque. Ted Shawn enseignait un art très exotique, inspiré de l’étude des cultes maya, aztèques et toltèques. La danse était avant tout expérimentale et non pas considérée en tant que chorégraphie, c’est-à-dire mouvement fini et figé.

C’est également dans cette école que Martha fit la connaissance de Louis Horst, avec qui elle  commença à enseigner au Neighborhood Playhouse, lorsqu’elle quitta Denishawn. Louis Horst était un musicien et compositeur talentueux, qui eut une grande influence sur le travail de Martha.

Plus tard, elle dansa également aux Freenwich Village Follies. En 1926, elle fonda sa propre compagnie, The Martha Graham Dance Company. Elle accèda au statut de chorégraphe et fut décorée de la médail of freedom par le président Ford. Durant toute sa carrière, elle refusa de danser dans l’Allemagne nazie et se trouvait sur la liste des gens à tuer si l’Allemagne venait à conquérir son pays.

 

 Le mouvement Graham

La chorégraphe s’inscrit dans une époque où la danse ne se veut plus jolie mais réelle. Il est question de se débarrasser des éléments décoratifs et fantaisistes pour ne laisser place qu’à l’essentiel. Martha fait part de sa réflexion sur le mouvement dans son livre. Elle y évoque ses amitiés, collaborations artistiques et philosophiques, et ses habitudes dans son studio de danse. C’est ainsi qu’elle décrit sa rencontre avec les œuvres de Kandinsky :Kandinsky Improvisations 26 avirons

« Pendant notre tournée aux États-Unis, l’une des étapes fut Chicago. Je me souviens d’être allée une après-midi à l’Art Institute. J’entr ai dans une salle où se trouvaient exposés les premiers tableaux modernes que j’eusse jamais vus – des Chagall, des Matisse – et je sentis en moi un écho à ces tableaux. De l’autre côté de la salle, j’aperçus une très belle toile, ce que l’on appelait alors de l’art abstrait, une idée étonnamment nouvelle. Je manquai de m’évanouir, car je découvrais que je n’étais pas folle, que d’autres voyaient le monde, voyaient l’art de la même façon que moi. C’était une toile de Wassily Kandinsky, parcourue d’un bord à l’autre par une traînée rouge. "Je ferai ça un jour, me dis-je. Je ferai une danse comme ça." »

 


Kandinsky, Improvisations 26

 

 

Les œuvres de Kandinsky sont en étroite correspondance avec sa pièce Diversion of Angel créée en 1948.

 Au-delà d’un point de vue philosophique, la danse est, de surcroît, la satisfaction de la maîtrise parfaite d’une technique, l’émerveillement ressenti grâce au travail, sublimé par l’écho de l’inspiration. Aussi, comment peut-on définir l’inspiration ? Merce Cunningham, danseur de la Martha Graham Dance Company disait que la danse est un mouvement net, précis, éloquent, témoin de l’assurance de la vie. Martha avait une amie aveugle et sourde qui était dotée d’une incroyable sensibilité. Elle lui fit découvrir la danse d’un tout autre point de vue :

« Je demandai à Merce Cunningham, qui faisait alors partie de ma compagnie, de se mettre à la barre et je plaçai les mains de Helen autour de sa taille. Merce sauta en l’air en première position avec les mains de Helen sur lui. Les mains de Helen montaient et retombaient en même temps  que Merce. Elle s’exclama en levant les deux bras au ciel : "C’est comme la pensée, c’est tout à fait comme la pensée !" ».

Sa réflexion sur le mouvement est également animée par ses rencontres. Les collaborations sont sources de richesse ; son travail avec Isamu lui a offert une nouvelle conception de l’espace, l’intimité du lien d’un artiste à un autre. La danse se conçoit dans un espace qu’il est nécessaire d’habiter. Par ailleurs, son rapport à la musique est des plus intéressants. Elle est un décor pour la danse. La musique ne doit en aucun cas dominer le mouvement de la danse, il n’est là que pour le sublimer. Martha a commandé un bon nombre de morceaux à Louis Horst. Il y surgissait une certaine préférence pour le piano, les percussions et les vents. En effet, le corps n’éprouve pas la même sensation au timbre d’un bois ou d’un instrument à cordes.

Il est nécessaire de danser tant que le propos de la chorégraphe connaît une résonance. Martha demande une réaction à son travail, quelle qu’elle soit, positive ou négative. Elle a su développer une technique propre:

 « Ma technique repose sur la respiration. J’ai fondé tout ce que j’ai fait sur la pulsation de la vie qui est, à mes yeux, celle de la respiration. Chaque fois qu’on inspire la vie ou qu’on expire, c’est un release ou une contraction. C’est aussi essentiel que ça pour le corps. Ce sont deux mouvements avec lesquels on naît et qu’on conserve jusqu’à la mort. Mais il faut apprendre à s’en servir consciemment de manière à enrichir la danse. Il faut animer cette énergie en soi-même. L’énergie est ce qui supporte l’univers et tout ce qu’il contient. J’ai reconnu très tôt dans ma vie l’existence de cette sorte d’énergie, l’étincelle créatrice, ou quel que soit le nom qu’on lui donne. Ce peut être Bouddha, ce peut être tout ou n’importe quoi. Cela commence avec la respiration. Je suis sûre que la lévitation est possible. Je ne parle pas d’un point de vue mystique, mais d’un point de vue pratique. Je suis sûre que je pourrai marcher dans les airs, sauf que mon cœur n’est pas entraîné à supporter la tension d’un tel vol, d’un tel mouvement, surgi du cœur et reposant sur lui. »

Les termes release et contraction sont propres à la technique Graham. Martha touche ici à une dimension fondamentale de la danse, il s’agit de la conscience de son corps. C’est ainsi qu’elle a appris le balancement du poids, aspect clé de la technique, jusqu’à obtenir une qualité animale du mouvement.

Son travail est de plus, un acte d’engagement. Elle décrit dans son ballet El Penintente en 1940, une réalité commune au sexe féminin : toute femme possède en elle la vierge, la catin tentatrice et la mère. Martha n’est pas féministe, bien qu’elle ait été présentée ainsi ; elle n’était pas une militante de ce mouvement.

 

Conclusion

Ce livre permet à un lecteur averti ou simplement curieux de pénétrer dans l’environnement familial d’une chorégraphe et de découvrir son parcours pour mieux assimiler le mouvement dans lequel s’inscrit Martha Graham. Une chorégraphe, qui par sa réflexion sur le mouvement a choqué : là où le public s’attendait à voir des pointes, ses danseurs avançaient sur scène pieds nus. Terminons cette découverte en goûtant  quelques images du ballet Hérétic créé en 1930.

 
Une autre biographie de Martha est disponible chez Bramddon house par Agnes de Mille The Life and Work of Martha Graham.

 

Roxane Boehm, 1ère année Bib.-Méd.

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