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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 07:30

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Martin PAGE

Une parfaite journée parfaite
Première édition 

Nicolas Philippe, 2002
Points, 2010


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le radio-réveil s'allume deux minutes avant le journal du matin. C'est une vieille habitude, cela me laisse le temps de m'asseoir sur le bord de mon lit, d'ouvrir le tiroir de ma table de nuit et d'en sortir le 357 Magnum chargé que j'ai soigneusement préparé la veille avant de m'endormir. Je laisse tomber un comprimé d'aspirine effervescent dans le verre d'eau posé près de ma lampe de chevet. Le comprimé se dilue dans un frétillement de bulles ; je vide la moitié du verre en une seule gorgée. Je mets le canon argenté du revolver dans ma bouche et j'appuie sur la détente. Ma tête explose ; des dizaines de petits morceaux d'os s'incrustent dans les murs du papier peint bleu sombre constellé d'étoiles que j'ai posé l'été dernier ; un bout de mon hypophyse atterrit dans le verre ; Le sang nettoie ma chambre d'une propreté rouge. Quitte à perdre quelques minutes de sommeil, je préfère me tuer avant les informations. Après, ça va mieux. »

Le suicide. Qui n'y a jamais pensé ? Chaque jour se lever, aller travailler, répéter les mêmes gestes, croiser les mêmes personnes, et reprendre les mêmes routes... Qui n'a jamais songé à tout arrêter ? La solution est brutale, certes, mais elle a le mérite d'être radicale.

Le personnage est anonyme. Il vit dans une grande ville anonyme. Il travaille dans une grande société anonyme. Il pourrait se trouver dans n'importe quel pays développé. Sa vie lui paraît être un enfer. Il est seul, se réveille seul, mange seul, dort seul, vit seul. Pourtant, cette vie ressemble au quotidien de la majorité des jeunes cadres célibataires des grandes villes du pays. Sa solitude, sa mélancolie de son enfance, son incapacité à communiquer, sa haine des autres le poussent à se suicider plusieurs fois par jour. Cocktail d'antidépresseurs au petit-déjeuner, mines antipersonnel disséminées dans le carrelage de son appartement, chaise électrique, noyade dans la bonbonne du distributeur d'eau de son bureau, saut de l'ange, etc. Le personnage a une imagination fertile. Ses toilettes sont directement reliées à celles de Bill Clinton : il y entend le président américain répéter ses discours, entre quelques bruits organiques. Il collectionne les émotions de ses collègues. Il prend ses vacances dans l'ascenseur de son immeuble. Un requin vit à l'intérieur de lui, brisant ses os à chacun de ses mouvements et dévorant à l'occasion ses organes. C'est l'histoire banale d'un homme ordinaire aliéné par la société, que nous conte ici Martin Page.

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Martin Page est également l'auteur de Comment je suis devenu stupide (Le Dilettante, 2001), La libellule de ses huit ans (Le Dilettante, 2003), On s'habitue aux fins du monde (Le Dilettante, 2005), et Peut-être une histoire d'amour (Editions de l'Olivier, 2008). Né en 1975, il a étudié et vit aujourd'hui à Paris. Il est couramment pensé qu'Une parfaite journée parfaite est son second roman, mais il l'a signé à peine quelques jours avant de commencer Comment je suis devenu stupide, son best-seller mondial. A la fin du roman, une note de l'auteur nous informe de son état d'esprit à l'époque de l'écriture du livre (échec de ses études puis multiples refus des maisons d'édition) et de ses sources d'inspiration (dont entre autres le roman Harold et Maude, de Colin Higgins, adapté au cinéma, qui décrit l'histoire d'un jeune homme psychologiquement instable simulant des suicides).

Très court et totalement délirant, ce livre est divertissant et présente en même temps les grands problèmes de notre société de consommation : anonymat, stress au travail, chômage, addiction, problèmes psychiatriques, etc. À ne surtout pas prendre au premier degré...


Yolaine, 2e année Bib.-Méd.

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