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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 07:00

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Mary W. SHELLEY
Frankenstein ou le Prométhée moderne
 traduction de Joe Ceurvorst

Livre de poche, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Mary Wollstonecraft Shelley est née le 30 août 1797 à Somers Town, un faubourg de Londres. Femme de lettres anglaise, Elle était romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe et auteur de récits de voyage. Mais elle est surtout connue pour avoir écrit Frankenstein ou le Prométhée moderne, son premier roman qui la rendra aussi connue que son mari, Percy B. Shelley, poète et philosophe. Elle est morte d'une tumeur au cerveau en 1851.

En mai 1816, les Shelley passent l'été en compagnie de quelques amis (le poète Lord Byron et sa compagne Claire Clairmont ainsi que John Polidori) près du Lac Léman. Pendant cet été, ils discutent des expériences du poète et naturaliste Erasmus Darwin, dont on disait qu'il avait réussi à faire revivre de la matière morte et du galvanisme (stimulation des muscles par électricité). C'est lors d'un soir d'orage que Byron lancera une idée: « écrivons chacun une histoire de fantôme ». C'est ainsi que Polidori écrivit sa nouvelle « Le Vampire » précurseur de Dracula de Bram Stocker et que Mary commencera l'écriture de Frankenstein, inspirée par un des ses cauchemars.



Le livre

Histoire

L'histoire commence avec quelques lettres de Robert Walton, un homme qui explore le Pôle Nord à bord de son bateau. Walton est extrêmement surpris de recueillir un jeune étudiant sur la banquise. Cet étudiant se nomme Victor Frankenstein. Il est très affaibli et semble porter un lourd secret mais, se sentant en confiance, il décide de se confier à Walton, tout en le prévenant que son histoire est extrêmement difficile à croire.

On entend alors la voix de Frankenstein qui raconte son enfance, sa rencontre avec Elizabeth (une orpheline que sa famille a adoptée), ses études et les raisons qui l'ont poussé à créer un monstre. Il parle alors de la « naissance » de la créature comme du début de sa descente en enfer. Il décide de retourner auprès de sa famille mais apprend à son retour l'assassinat de son jeune frère William. Pour lui, le meurtrier est évidemment le monstre, mais il ne peut rien prouver, ni en parler, craignant, à juste titre, de paraître fou. Il décide donc de s'isoler dans les Alpes et tombe ainsi sur sa créature. Elle lui demande d'écouter son histoire. Le lecteur passe alors dans la subjectivité du monstre qui raconte son exil dans la forêt et ses tentatives d'approche des humains. Malheureusement il se fait toujours rejeter à cause de son apparence et entretient ainsi une haine à l'égard des hommes. Cependant, il ne sait quelle attitude adopter envers son créateur : haine ou amour. Il lui propose donc un marché : ou bien le jeune homme lui crée une compagne avec qui il s'isolera, ce qui le comblera de bonheur et lui fera oublier sa haine des humains, ou bien Frankenstein refuse et, dans ce cas, le monstre tuera ses proches jusqu'au dernier, par vengeance envers cet homme qui n'assume pas sa « paternité ».

Tout d’ abord Frankenstein accepte et repart à Ingolstadt mais il est tourmenté par cet accord. Peut-il faire confiance au monstre ? Créer un autre monstre femelle permettrait leur reproduction et cela ne condamnerait-il pas l'humanité ? Ne vaudrait il pas mieux que le scientifique meure en essayant de tuer le monstre ? Il décide donc de rompre le marché, se résignant à la mort et à la destruction du monstre. C'est ainsi qu’il se lance à sa poursuite, ce qui le conduit au Pôle Nord.



Analyse

Il y a tellement de thèmes abordés dans Frankenstein qu'il est difficile de croire que Mary Shelley l'ait écrit par simple inspiration d'un cauchemar ; de nombreuses personnes ont cherché ce qui aurait pu influencer (consciemment ou inconsciemment) son écriture (exemple,  cet article sur Bibliobs). La liste est donc assez longue :

– L'amitié et l'amour. Dès le début de l'histoire, Walton se plaint dans ses lettres de ne pas avoir de véritable ami avec qui partager ses angoisses, ami qu'il rencontrera en la personne de Victor. Victor parlera aussi de ce sentiment quand il évoquera Clerval, son ami d'enfance. Et en ce qui concerne l'amour, la relation entre Victor et Elizabeth.

– Les dangers de la science. Tout au long de ses travaux, Frankenstein ne se rend pas compte de l'horreur de ce qu'il est en train de créer, il ne pense qu'à percer le secret de la vie pour éviter de revivre la douleur de la mort de sa mère. Malheureusement il ne se rend compte des conséquences de ses actes sur l'Humanité que lorsqu'il commence à perdre tous ceux qui lui sont chers.

– La religion. Créer un être par soi-même, c'est se prendre pour Dieu (ou Prométhée, celui qui vola le feu sacré de l'Olympe pour le donner aux mortels dans la mythologie grecque). Dans le récit, on peut donc assimiler Frankenstein à Dieu et la créature à l'Homme, et cette distribution pourrait cacher une question : l’Homme ne pourrait-il pas égaler Dieu ?

– La famille. Les Frankenstein sont extrêmement soudés ; leur servante, Justine Moritz, en fait entièrement partie ainsi que la jeune Elizabeth, une orpheline recueillie par Mme Frankenstein et que Victor considère comme sa cousine.

– La frontière très mince entre amour et haine. La créature ne sait que penser de son créateur et lui demande une preuve, une action qui pourrait guider son attitude. Cette ambiguïté est très nette dans le passage où la créature surveille pleine d'espoir l'avancée des travaux de Frankenstein.

– L'injustice, les apparences et les préjugés. La créature est rejetée à cause de son apparence alors qu'elle est si l'on peut dire innocente comme un bébé qui vient de naître et le livre comporte aussi beaucoup d'accusations injustes (contre Justine Moritz, la servante des Frankenstein, contre Victor, pour le meurtre de Clerval et contre la créature, alors qu'elle se manifeste aux humains).

– Le devoir parental et l'éducation. La façon dont Frankenstein abandonne le monstre est comparable au comportement d’un père qui abandonne son fils, le laissant ainsi sans aucune notion de bien et de mal et sans aucun repère dans la vie.

– La condition de la femme. Lorsque la créature demande à son créateur de lui fabriquer une compagne, il lui fait presque comprendre que la seule utilité d'une femelle serait de lui tenir compagnie et de l'empêcher de se sentir seul. Shelley a sûrement essayé de dénoncer la vision qu'on a des femmes à son époque.

– Les sentiments. On s'interroge sur la part d'humanité de la créature ; elle ressent des sentiments comme la solitude, la haine, l'envie, la tristesse, le désespoir, etc. À partir de là, on peut se poser une question : les créations des humains peuvent-elles avoir des sentiments ? Voire égaler l'Homme ? Par création humaine, Shelley entendait la créature mais bien des années après la problématique peut s'étendre aux robots, question sur laquelle bien des écrivains de SF se sont penchés comme Asimov dans le cycle des Robots ou L’Homme bicentenaire et Dick dans Do androids dreams of electric sheeps ?



Conclusion

J'ai acheté et lu ce livre parce que, d'une part, je ne pouvais pas passer à côté – c'est un des ouvrages de base de la Science-fiction – et que, d’autre part, j'ai été intrigué par la quatrième de couverture : « [...] paradoxalement, le succès même de l'œuvre a contribué à en masquer le souvenir derrière l'arsenal souvent factice du cinéma d'épouvante » ; j'ai trouvé cela étrange, je croyais connaître l'histoire.... En effet, Frankenstein fait partie de ces personnages qui sont sortis de leur histoire pour devenir des personnages de la culture populaire, comme Sherlock Holmes ou Robinson Crusoé. Je m'imaginais donc un savant fou créant un monstre dans un château avec l'aide d'un assistant difforme, le fameux « Il est vivant ! » et la population du village voisin brandissant torches et fourches pour pourchasser Frankenstein et sa créature à la démarche saccadée... mais cette histoire n'est pas celle du livre. J'ai donc été extrêmement surpris de découvrir un Victor Frankenstein certes fou mais surtout obsédé par la vengeance, complètement désespéré et une créature bien plus humaine qu'on n’aurait pu l'imaginer.


Alexis, 2e année Bib.-Méd.

 


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commentaires

Marie S 21/10/2016 19:53

Ici vous trouverez une émission radio qui raconte le livre: http://www.radiolfb.net/emission-radio-lfb?id=116

Thiebault 04/10/2015 17:02

Bonjour. Je ne sais pas si la dénonciation de la condition féminine par Shelley intervient dans le passage auquel vous faites référence. Après tout, l'homme et la femme sont des contraires complémentaires, et non des opposés. Par contre, la dénonciation de l'islam comme religion oppressant les femmes est claire, sans ambages.

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