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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 07:00

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Matéi VISNIEC
Syndrome de panique dans la ville lumière
Titre original
Sindromul de panica in Orasul Luminilor
Cartea Romaneasca (Roumanie), 2008
Traduit par Nicolas Cavaillès
Non Lieu, 2012
Collection à la marge



 

 

 

 

 

 

Matéi Visniec

Matéi  Visniec est né en Roumanie, à l’époque du communisme, en 1956. Amoureux de la littérature, il découvre des auteurs tels que Camus, Beckett ou Ionesco (dont on retrouvera les fantômes dans le roman). Il part ensuite pour Bucarest étudier la philosophie. À cette époque, il devient très actif au sein de la génération 80 qui bouleverse le paysage poétique et littéraire roumain. Il croit en la résistance culturelle et en la capacité de la littérature de pouvoir lutter contre le totalitarisme. Il croit au pouvoir de dénonciation de la littérature, du théâtre ou encore de la poésie. C’est à cette période qu’il s’affirme dans son pays avec une poésie épurée, qui se veut dénonciatrice. Il écrit notamment Le Navire qui sera régulièrement évoqué dans le roman. C’est également à ce moment qu’il commence à écrire des pièces de théâtre qui connaissent un certain succès dans le milieu littéraire ; elles sont toutefois interdites de création. En 1987, il devient auteur interdit et décide de quitter la Roumanie pour la France où il demande l’asile politique. Il commence à écrire des pièces de théâtre en français et également à travailler pour la radio. À ce jour, nombre de ses pièces écrites en français ont été éditées et il fut à l’affiche dans le monde entier. Depuis la chute du communisme en Roumanie, il est devenu le dramaturge vivant le plus joué.

Il est aussi l’auteur de quatre romans écrits en roumain.



Syndrome de panique dans la ville lumière

Syndrome de panique dans la ville lumière est le deuxième roman écrit par Matéi Visniec.

C’est une autofiction ; la frontière entre réalité et fiction est continuellement ténue. Le roman oscille constamment entre des éléments qui semblent réels et d’autres qui sont du domaine de l’imaginaire. Il y a parfois un aspect onirique dans son récit, notamment de nombreuses personnifications, que ce soit d’objets, de parties du corps humain ou encore d’animaux dont on lit les pensées ; la fin du Printemps de Prague est tout d’abord décrite du point de vue des chaussures : les troupes du Pacte de Varsovie sont représentées par des bottes militaires, le peuple tchécoslovaque par des chaussures ordinaires ; dans une autre scène l’on apprend que ce sont les animaux d’un appartement (tous, du chat aux acariens) qui décident d’éjecter le propriétaire et ce en jetant toutes ses affaires par la fenêtre. De plus, tout au long du roman nous rencontrons les fantômes de nombreux écrivains appréciés par l’auteur (tels que Ionesco, Becket ou Hemingway). Enfin, le récit est parsemé d’événements surréalistes voire absurdes (notamment une attaque de mots dans une librairie où ils décident de reprendre le contrôle, le fait d’entendre les livres crier de souffrance ou encore de voir les mots qui sont parlés au lieu d’être entendus).

Cette absurdité peut néanmoins servir d’explication à des événements qui se sont passés précédemment (par exemple lorsque les animaux décident de s’emparer de l’appartement : au début nous ne savions pas qui étaient les « coupables »).



Ce récit est également une galerie de portraits où s’intègre Matéi Visniec au même titre que les autres personnages. Il y a Jaroslava, l’expatriée de Tchécoslovaquie qui après un premier succès littéraire se trouve désormais oubliée, Hung Fao, qui a fui la Chine communiste de Mao Tsé-Tung, Pantelis Vassilikisti, pour qui le fait d’être polyglotte est une vraie malédiction car il est incapable d’écrire une livre dans une seule langue, François Comte qui s’est retrouvé jeté de son appartement par ses animaux, Georges avec son chien Madox, tous deux accros aux informations, à qui il arrive également des mésaventures, Faviola, la libraire qui soigne les livres qu’elle entend crier en en lisant quelques pages ou en les déplaçant. Tous ont un lien plus ou moins marqué avec le monde de la littérature et plus précisément celui de l’écriture. Les destins de chacun sont liés ; on retrouve par exemple certains personnages dans l’histoire d’un autre.

Il y a enfin M. Cambreleng, un éditeur mystérieux autour duquel tous ces personnages gravitent. Cet homme peut être considéré comme un mentor, voire un guide spirituel. Il montre un nouveau visage de l’écrivain et surtout une nouvelle manière d’écrire où le livre prime sur l’auteur. À tous ces écrivains ratés, oubliés, il fait écrire des histoires qu’ils échangent ensuite entre eux pour remanier ou continuer le récit, il veut ôter l’individualisme de l’écriture.

Ce rôle de mentor et guide s’exerce notamment sur l’auteur à qui cet enseignement permet de dépasser ses limites, les frontières entre réalité et fiction. Grâce à M. Cambreleng, Matéi Visniec  peut voir les fantômes des grands écrivains ayant séjourné à Paris, il peut leur parler, il peut également voir les mots « oraux » et cela ne l’interroge plus, il a accepté ce flou entre réel et imaginaire.

Nous apprenons au fil du roman que cette histoire est une retranscription de l’observation de l’auteur sur son entourage. Cela pose la question de la réalité des personnages. Existent-ils dans la vraie vie, quand s’arrête le récit d’événements réels et quand commence à s’exprimer l’imagination de Matéi Visniec ? Certains personnages dans le roman demandent à apparaître dans l’histoire. Il y a donc un enchâssement, une histoire dans l’histoire. 

Ce roman se caractérise également comme une autofiction. Au fil de son récit, l’auteur intègre des éléments autobiographiques, notamment sa vie en Roumanie avant de partir vivre à Paris. Il explique par exemple la manière dont il a obtenu son passeport, évoque quelques moments de sa vie passée avec ses amis, voire la personnalité de certains d’entre eux et il décrit le lieu de son enfance.

Il fait également référence à ses professions. Tout d’abord, dans le livre comme dans la vraie vie, il est écrivain et poète. Il parle notamment d’un poème qui a eu un impact important en Roumanie, Le Navire. De plus, au travers des personnages de François Comte et de Georges, nous nous doutons qu’il a un lien avec le monde de la radio et de l’information (il y a par exemple une visite de la Maison de la radio ou tout simplement le fait que Georges soit accro aux informations).

Au travers de son récit, il se livre à de nombreuses dénonciations. Tout d’abord sur les régimes politiques de certains pays, tels que la Roumanie, la Chine et la Tchécoslovaquie à l’époque du communisme. Également sur la radio : il sous-entend que les informations communiquées aux auditeurs sont fabriquées de toutes pièces, et ce depuis de nombreuses années. Enfin sur Paris et sur sa « déchéance artistique ». Au travers de M. Cambreleng, il déplore ce qu’est devenue cette ville : un lieu purement touristique, un cimetière des artistes où il n’est plus possible de percer mais où pourtant tout le monde continue d’aller. Il dénonce aussi le statut des écrivains actuels.

Enfin, en ce qui concerne le décor du roman, c’est-à-dire Paris, Matéi Visniec nous offre une balade singulière. Mr. Cambreleng le fait aller dans les cafés fréquentés par les grands écrivains ayant séjourné dans le Ville Lumière, ce sont donc des lieux empreints d’une histoire littéraire forte pour l’auteur. Il y a également une visite de la Maison de la radio, une description du jardin du Luxembourg ou encore du cimetière des Chiens (où il met surtout en avant la poésie des lieux). Pour finir, il y a la rue Mouffetard avec le café St-Médard, endroit où ce groupe d’écrivains passe la majorité de son temps à élaborer de nouvelles manières d’écrire. C’est le lieu central de ce roman.


Marine, 1ère année Bibliothèques 2012-2013

 

 

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