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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 07:00

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Mathias ÉNARD
Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants
Actes Sud, 2010







 

 

 

 

 

 

 

Mathias Énard sur le site de son éditeur Actes Sud

« Né en 1972, Mathias Énard a étudié le persan et l’arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone. Il a publié quatre romans chez Actes Sud : La Perfection du tir (2003, prix des Cinq continents de la francophonie ; Babel n° 903), Remonter l’Orénoque (2005), Zone (2008, prix Décembre 2008 et Livre Inter 2009) et Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (parution août 2010). »

 

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants retrace un épisode historique et néanmoins méconnu de la vie de Michel-Ange. En 1506, l’artiste florentin, alors jeune et à l’orée d’une brillante carrière, est venu à Constantinople, suite à l’invitation du sultan Bayazid qui lui a commandé un pont enjambant la Corne d’Or afin de réunir les deux rives de la capitale de l’empire ottoman.

Le titre étonne à première vue. Il fait référence à une citation de Rudyard Kipling placée en épigraphe : « Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d’éléphants et d’anges, mais n’omets pas de leur parler d’amour et de choses semblables. » Mathias Énard suit ce conseil et nous parle de batailles livrées par Michel-Ange, de rois tout-puissants contre lesquels il tente de s’affirmer, d’un éléphant qu’il dessine, mais aussi de passions contrariées.

L’œuvre est sous-titrée « roman », ce qui met en évidence la part d’invention qui a procédé à son écriture. Si une note en fin de volume nous apprend que le roman s’inscrit dans un cadre historique, comme l’attestent une biographie de Michel-Ange et quelques archives, elle se conclut sur la remarque qu’on a une connaissance toute partielle de l’événement réel. Ce mystère laisse toute latitude à l’imagination et par là même à la création d’une œuvre de fiction.

Le récit fait entendre plusieurs voix. À celle du narrateur qui décrit les faits tel un observateur commentant sobrement sans imposer d’explication et encore moins de jugement, s’ajoute celle d’un être dont l’identité reste longtemps inconnue et dont on devine que les monologues s’adressent à Michel-Ange, et enfin celle du sculpteur lui-même, qui écrit tantôt à son frère Buonarrato, tantôt à Sangallo, architecte du pape à qui il fait croire qu’il est à Florence, comme il le fait croire à tous les personnages influents d’Italie. En effet, le pieux Michel-Ange craint les foudres du pape guerrier Jules II s’il apprend sa présence parmi les « impies » musulmans.

Il est aussi orgueilleux et conscient de son génie. C’est pourquoi il a fui ce même Jules II qui l’oblige à s’humilier pour vivre des commandes qu’il lui soumet. Il découvre chez le grand vizir, qui exécute les volontés du Grand Turc, la même ambivalence entre désir de recourir à ses services et volonté de l’asservir. La générosité orientale qui l’avait attiré en terre ottomane s’avère être un mirage. Sous la Renaissance, l’Europe chrétienne et l’empire ottoman, souvent en guerre, semblent pourtant s’opposer radicalement, mais les puissants sont tous les mêmes. S’ils admirent les artistes pour la beauté qu’ils apportent à un monde rugueux, ceux-ci n’en demeurent pas moins sous leurs ordres et soumis à leur bon plaisir.

Ainsi, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants raconte en même temps le désenchantement du novice face à des commanditaires exigeants, eux-mêmes sous la menace d’ambitieux comploteurs, et la découverte d’une civilisation inconnue, d’abord tout à fait étrangère à l’homme de la Renaissance, mais dont les charmes orientaux le séduisent de plus en plus. Alors que le manque d’inspiration et l’incompréhension devant cet ailleurs empêchent Michel-Ange de créer le pont entre Occident et Orient, alors que l’ennui et la méfiance le taraudent, l’immersion dans la ville, que symbolisent son rapprochement avec un jeune poète amoureux de lui, puis sa rencontre avec une danseuse andalouse qui l’envoûte, lui permet de libérer la puissance créatrice et visionnaire nécessaire à l’ébauche du pont.

Ce portrait de l’artiste au travail se mêle à plusieurs réflexions, portant sur la place de l’art dans un monde régi par la politique, sur les conflits de civilisation, sur les tourments des hommes aveuglés par leurs passions. Il est porté par la fluidité d’une écriture au fort pouvoir d’évocation qui nous emporte dans ce court roman dont la légèreté initiale se teinte progressivement de noirceur, jusqu’à un dénouement inattendu que l’on se gardera bien de dévoiler.


Julie, A.S. Bib. 2010-2011

 

 

 

 

 


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