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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 07:00

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Mathieu LARNAUDIE
Acharnement
Actes Sud, 2012
 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Né à Blois en 1977, Mathieu Larnaudie publie son premier roman, Habitations simultanées (éditions Farrago-Léo Scheer), en 2002. Suivront Pôle de résidence momentanée (éditions Les petits matins) en 2007 ; Strangulation (éditions Gallimard) en 2008 ; La Constituante piratesque (collection « Le répertoire des îles », éditions Burozoïque) en 2009 et Les Effondrés (éditions Actes Sud) en 2010. Acharnement est son sixième roman.

Il dirige également une collection intitulée « Le Répertoire des îles » aux éditions Buzozoïque, consacrée à l’Utopie, et co-dirige la revue et les éditions Inculte.
 


Acharnement

Müller, une ancienne « plume » de ministre se retire dans une propriété à la campagne, située à côté d’un viaduc. Il tente d’écrire le discours parfait, celui qu’il n’a jamais réussi à écrire lorsqu’il était en fonction. Il partage ses journées entre l’écriture et le visionnage de séries policières (en buvant de la liqueur La Chartreuse) et de la vie politique qu’il a quittée. Sa seule compagnie étant son jardinier, Marceau, mais avec qui il n’échange aucune parole.

Un jour, des corps commencent à apparaître dans son jardin.



Deux histoires dans l’histoire

Acharnement raconte deux histoires, l’une au passé et l’autre au présent. Elles ne sont pas liées directement, si ce n’est que la première a mené Müller à l’endroit où se situe la seconde. Chaque histoire est racontée du point de vue de Müller, personnage très critique.
 


Un regard acerbe sur le « cirque » politique

Müller revient sur les moments marquants de la chute du ministre pour lequel il travaillait ; moments auxquels il a participé, étant de tous les déplacements. On y rencontre l’hypocrisie du monde politique ; celle du candidat en campagne, qui est en représentation et qui promet de faire tout ce qu’on lui demande.


« Il nous avait fallu ensuite supporter les claques dans le dos ; endurer avec un sourire impassible le contact des mains moites, des joues flasques ; compatir et pontifier ; s’enquérir, encore, de états d’âme de l’un, de la santé de l’ultime rejeton de l’autre, dont l’on se faisait souffler le prénom par un initié du cru. J’avais entendu le ministre promettre un aménagement de voirie (il avait dit : j’en ferai une affaire personnelle), puis garantir la suspension des travaux de ravalement d’une rue où je suis absolument certain qu’il n’avait jamais foutu les pieds et dont, auparavant, c’est-à-dire avant qu’un riverain courroucé ne se fût déplacé tout exprès pour venir lui en parler, il ignorait jusqu’à son nom. »


Il raconte sa chute de popularité auprès du ministre en même temps que celui-ci chute dans les sondages, pour être réélu et de ce fait pouvoir rester au gouvernement, attribuant la faute aux discours de Müller. Les relations entre les deux hommes ne se bornant plus qu’au simple partage de la feuille de discours. Et pourtant, le discours parfait que recherche tant Müller aura lieu. Mais, loin de lui apporter des louanges, il sera en fait la raison de son éviction.


« Après qu’il eut quitté la tribune […] mon premier élan fut, comme je le faisais chaque fois, de le féliciter pour sa prestation. […] À la lueur de reproche qui traversa immédiatement son regard fixe, épinglé dans le mien, je sus que ma petite hypocrisie ne l’abusait aucunement […] ; il semblait ne m’avoir attendu […] que pour se décharger sur moi de sa mauvaise humeur. J’ai fait ce que j’ai pu avec ce que j’avais, dit-il ; à l’évidence, compris-je tout de suite, il m’attribuait les plus grands torts, si ce n’est la vraie responsabilité de son fiasco ».
 
« Gonthier l’avait dit tel quel, en respectant mon écriture à la lettre ; je devais donc en assumer pleinement les conséquences et considérer que son échec, l’échec des mots à convaincre et à transporter l’auditoire, l’échec par conséquent qui s’ensuivrait dans le vote des citoyens, était le mien. Ce qui aurait dû être l’épiphanie de mon art serait finalement le prétexte de ma disgrâce. »


Et quand il apparut évident qu’il ne serait pas réélu, Müller décrit le cynisme et l’opportunisme des différents acteurs de ce « cirque ».

On croise le cynisme d’un autre ministre, qui lui sera réélu et restera au gouvernement, qui tente de faire venir Müller dans son camp. L’opportunisme des conseillers qui changent de camp avant la défaite ; et la froideur de l’homme politique qui se sait en fin de carrière. Müller décrit les expressions utilisés par le ministre et toute son équipe sous la forme suivante : (ils disaient / nous disions : ……..).
 
Ayant conscience du jeu politique, et pour en avoir été le témoin, Müller est très critique envers les hommes politiques. Il ne peut s’empêcher de regarder les débats télévisés tout en méprisant l’exercice d’hypocrisie qu’ils représentent.


« […] Je me laissai finalement attraper par l’une de ces infectes et dégradantes émissions de "débats" que je regarde encore régulièrement afin de me tenir informé des mots d’ordre de circonstance, des plis rhétoriques utilisés par les personnels politiques en présence, des grossières thématiques qu’on nous vend comme étant les phénomènes de société du moment, supposés concerner sans exception tous les citoyens de ce pays, en refléter les préoccupations profondes, et qui ne sont bien sûr, la plupart du temps, que les sujets de discussion ciblés, définis et lancés par le pouvoir pour orienter et légitimer sa stratégie dans l’opinion politique. »
 

 

 

Des morts anonymes dans le jardin

Un jour, des corps apparaissent dans le jardin de Müller. « Mes morts » ou les « suicidés » comme il les appelle, quand il devient clair que ces gens se sont jetés de l’aqueduc qui surplombe son jardin. Il s’interroge pour le premier corps sur les raisons, le choix de son jardin puis, n’y trouvant pas de réponses, il renonce.


« Le premier de mes morts tomba sur les coups de six heures. […]Sur ce que je ne sais pas, à tout prendre, je préfère ne rien savoir. Je ne peux ni ne souhaite me mettre dans la tête de mes morts, ni visiter leur dernière volonté, ni me figurer leur ultime intention : que m’importe ce qu’ils pensèrent ou virent, ne virent pas ? Mes morts sont sans états d’âme et doivent le demeurer ; d’eux, je ne peux vraiment connaître que le seul état dans lequel ils survinrent et se présentèrent à moi. »


Dès lors, les morts ne lui causent que de l’ennui, un bouleversement dans ses habitudes. Il ne cherche pas à savoir qui ils sont. Il ne veut rien savoir d’eux, de leur vivant en tant que personne, de leur famille. Mais Müller sera obligé de faire entrer un peu les morts dans sa vie. D’abord par l’intervention de la gendarmerie qui donnera des détails sur les gens pendant leur enquête mais aussi et surtout par la visite de la famille de la troisième morte qui se présentera une première fois chez Müller pour voir le lieu où elle était morte et déposer un bouquet en son hommage. À partir de ce moment, la famille reviendra régulièrement, toujours un dimanche pour sacrifier à ce rituel. Müller se laissera aller à grimper jusqu’au viaduc, poussé par la curiosité.
 
 
 
Structure et style

Chaque chapitre commence par une partie à la troisième personne. Le narrateur décrit l’état d’esprit de Müller, ses activités, le contexte de la situation. Invariablement, les parties suivantes du chapitre sont des alternances entre la carrière de Müller et sa vie présente dans laquelle il est confronté aux morts racontées à la première personne.
 
Par un style très littéraire utilisant un vocabulaire très soutenue et des phrases longues et complexes, Mathieu Larnaudie nous donne à voir la pensée d’un homme cultivé ayant passé sa vie et sa carrière à peser chaque mot et à jouer avec.
 
Acharnement est un roman très court mais aussi très dense. Le fait de suivre plusieurs histoires, plusieurs moments différents et que la chronologie soit un peu perturbée rend la lecture vivante. Mathieu Larnaudie nous garde en haleine même jusqu’à la fin du livre qui offre un dénouement, peut-être un peu attendu, mais qui clôt l’histoire de la seule manière possible.
 

Laurence, AS Bibliothèques

 

 

 

Mathieu LARNAUDIE sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Élise sur Strangulation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Révolutions littéraires. Bertina, Laurnaudie, Mauche ou un nouveau rapport à la littérature. Ritournelles 2008. Comptes rendus de Margaux et Fanny.

 

HONG-KONG POLICE TERRORISTE ORGANISATION
Lecture-concert de Mathieu Larnaudie et Pierre-Yves Macé, Ritournelles, jeudi 23 octobre 2008, compte rendu d'Emma.

 

 



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