Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 07:00

Maurice-Attia-Alger-la-noire.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maurice ATTIA
Alger la Noire
Actes Sud
Collection Actes Noirs, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maurice Attia est un écrivain français né à Alger en 1949. Il est également psychanalyste, psychiatre, scénariste et cinéaste. Il a été à l’école primaire à Alger, dans  le quartier de Bâb-el-Oued où se situe le roman. Sa famille, comme beaucoup d'autres à la fin de la guerre d’Algérie, émigre vers la France et s’établit à Marseille. Il garde de bons souvenirs de Marseille où il a vécu et qui l’a accueilli après l’exil d’Algérie. Aujourd’hui il dit qu'elle reste « le symbole de l'exil et de l'accueil... des magouilles et des combines... ». Il y a fait des études de médecine, s’est spécialisé dans la psychiatrie, puis dans la psychanalyse. De cet auteur sont d’abord parues des publications médicales puis des nouvelles noires et enfin plusieurs romans noirs. En 2006, la publication d’Alger la Noire est saluée par le public et par la critique ; il reçoit entre autres les prix Michel Lebrun et Jean Amila-Mecker, ainsi que le prix du polar méditerranéen. Alger la Noire deviendra une série avec le même héros, ce sera une trilogie avec le second livre Pointe rouge en 2007 et enfin Paris blues en 2009. En 2012, Alger la Noire est adaptée en BD par Jacques Ferrandez.

 

L’histoire d’Alger la Noire se déroule à Alger, dans le quartier de Bâb-el-Oued, pendant la guerre d’Algérie, de janvier à juin 1962. C’est bientôt l’indépendance octroyée par le général de Gaulle mais les combats font encore rage entre l’OAS (l’Organisation de l’Armée secrète) qui se bat pour que l’Algérie reste sous la dépendance française et le FLN (Front de Libération Nationale) dont les partisans se battent pour l’indépendance. C’est un contexte violent, de vengeance, qui conduit au sentiment d’insécurité totale pour les Algérois ; ils voient à longueur de journée des bombes qui explosent, des attaques et des attentats très fréquents, ou même des meurtres gratuits entre les opposants des deux groupes. Le climat est celui de la peur générale et de l’envie de fuir vers la métropole pour les habitants, et au milieu de ces événements l’auteur s'attache à décrire les maux des petites gens, dans une Algérie déchirée.

 L’action se déroule dans le quartier de Bâb-el-Oued, à Alger, en 1962. La guerre fait rage entre les militants du FLN et de l’OAS quand, sur la plage, un couple franco-arabe est retrouvé assassiné et positionné de manière obscène. Elle, une jeune fille blanche, s’appelle Estelle Thévenot. Lui, un jeune Arabe, Mouloud Abbas, a le sexe coupé et enfoncé dans sa bouche. Ils sont retrouvés tous deux morts en position du missionnaire. Mais personne ne se soucie de ce meurtre qui semble banal en cette période et qui pourrait très bien n’être qu’un vulgaire règlement de comptes de la part des militants de l’OAS qui ne supportent pas de voir des couples franco-arabes. Paco Martinez est inspecteur de quartier à Bâb-el-Oued et décide de mener l’enquête sur ce double meurtre qui lui paraît hautement suspect. S’ensuit une série d’assassinats tous liés avec ce premier meurtre qui pourtant paraissait un banal crime de l’OAS, comme il y en avait tous les jours en ces années-là. Entre assassinats continuels et tous liés, corruption, sexe et tentative d’homicide sur sa personne, Paco Martinez va dénouer petit à petit, entre Marseille et Alger, les mystères profonds qui entourent l’assassinat des deux jeunes gens.



Paco Martinez est le héros de l’histoire. C’est un inspecteur de police consciencieux et torturé par les événements d’Algérie. Il aime Alger, sa ville et ne veut pas la quitter. Il est l’un des seuls policiers du commissariat où il travaille à encore vouloir enquêter malgré le nombre de meurtres et d’attentats à déplorer par jour. Il ne prend pas de parti, ni pour le FLN ni pour l’OAS, ce qui lui vaut une réputation de traître auprès de ses collègues au commissariat. Il n’a connu ni son père ni sa mère et vit avec sa grand-mère.

 

 

Irène, la compagne de Paco, tient une boutique d’accessoires de mode à Bâb-el-Oued. Elle a perdu une jambe dans un attentat contre le FLN. C’est une femme très indépendante, le couple ne vit d’ailleurs pas ensemble. Elle agit de manière totalement indépendante et ne veut surtout pas qu’on la plaigne pour la perte de sa jambe.

 

 

La grand-mère paternelle de Paco est une vieille femme secrète qui devient sénile mais garde  de lourds secrets de famille. C’est une Espagnole en fuite en Algérie à cause de la guerre civile de son pays d’origine, et elle a élevé Paco dès son plus jeune âge. Elle est très jalouse d’Irène, car Paco partage ses soirées entre sa compagne et sa grand-mère.

 

 

L’inspecteur Maurice Choukroun est le seul inspecteur qui veuille seconder Paco sur l’enquête et continuer à travailler malgré les événements. Comme Paco, il ne prend pas parti pour le FLN ou l’OAS, et est donc aussi considéré comme traître au commissariat. C’est le seul véritable ami de Paco. Il meurt à la fin de la première partie du roman, tué par l’OAS pour avoir voulu fuir les événements à la métropole. Malgré sa mort il reste un personnage central dans le roman puisque, lorsque Paco va jusqu’à Marseille pour enquêter, il logera chez la veuve de ce dernier qui est finalement partie à Marseille.


Estelle Thévenot et sa famille. Il s’agit de la jeune fille que l’on retrouve assassinée au début du roman, c’est de cet assassinat que part l’histoire. La famille Thévenot est une étrange famille, pleine de secrets et de non-dits. Un père handicapé qui ne vient pas à l’enterrement de sa fille et qui fréquente les bordels d’Alger, un frère très hautain qui semble détester au plus haut point sa famille, surprotégeant Estelle et passant pour un malade aux yeux des autres jeunes, et une mère habitant en France avec un autre homme, jamais présente pour ses enfants et qui semble ne pas souffrir de la mort de sa fille.


Mouloud Abbas, le petit ami d’Estelle Thévenot, un jeune homme d’origine arabe mais dont la place dans le roman est moins déterminante que celle d’Estelle et des siens.

 

Ce roman polyphonique alterne les voix des quatre personnages centraux du récit : Paco, Irène, la grand-mère de Paco et l’inspecteur Maurice Choukroun. L’auteur prête à chacun une manière de s’exprimer bien déterminée et différenciée ; la diversité de leurs voix donne du vivant au roman. En effet, on a par exemple pour l’inspecteur un langage plutôt oral, parlé, qui reflète la manière de s’exprimer à Alger à cette période, avec les expressions quotidiennes ainsi que les jurons arabes glissés dans les conversations en français, tandis qu’Irène, la compagne de Paco, s’exprime dans une langue presque soutenue et réfléchie, avec des références culturelles plus légitimes.

Les thèmes abordés sont les suivants : la prostitution et le sexe trouvent une place importante ; il y a en effet beaucoup de scènes d’enquêtes dans un bordel d’Alger et des prostituées sont impliquées volontairement ou non dans les assassinats de l’histoire. On retrouve aussi des scènes d’amour charnel entre Irène et Paco, ces passages ne relèvent pas de descriptions très crues mais ne sont pour autant ni feutrées ni atténuées ; cependant il y a aussi la présence du sexe plus obscène voire malsain avec une situation d’inceste par exemple. Le thème de la corruption par les milices secrètes est aussi abordé ; par exemple, au commissariat, ceux qui ne prennent pas le parti de l’OAS sont considérés comme des traîtres mais surtout les enquêtes et leurs résultats sont parfois très influencés ou mêmes neutralisés à cause de ces groupes qui font pression. On sent également au fil du roman une peur grandissante de l’humain, une angoisse vis-à-vis de l’autre, le narrateur n’a plus confiance en l’homme à cause des événements auxquels il assiste mais cela va plus loin, comme par exemple quand on voit la réticence du héros à engager une vraie relation stable avec sa compagne Irène. L’auteur aborde aussi la question des secrets de famille, car il y en a autant dans la famille Thévenot que dans celle de Paco, secrets que sa grand-mère lui cache soigneusement.

 
Julie, 1ère année édition-librairie.


Partager cet article

commentaires

Recherche

Archives