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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 07:00
Michel Foucault Surveiller et punir







Michel FOUCAULT
Surveiller et punir

Gallimard, première publication : 1975.
Collection Tel.


   















michel foucault


Michel Foucault est un philosophe né en 1926 et décédé en 1984. En 1961, il soutient sa thèse Histoire de la folie à l’âge classique ; il y adopte déjà une méthode de réflexion commune à la plupart de ses ouvrages, c'est-à-dire se fonder sur l’Histoire, et ce d’une manière chronologique, pour développer son analyse. Par exemple, dans Surveiller et punir, son étude porte sur une période qui va du XVIe à la fin du XIXe siècle, et se fonde sur un nombre considérable d’archives. Les thèmes abordés dans ses ouvrages sont principalement le savoir, le pouvoir et le sujet, le tout dans une critique des institutions. Foucault s’est intéressé à la place des marginaux, comme les fous ou les prisonniers, que le pouvoir rejette et qu’il nomme « les hommes infâmes » (« La vie des hommes infâmes », article paru dans Les cahiers du chemin, 1977). En 1971, il fonde le Groupe d’Information sur les Prisons (GIP), afin de permettre aux prisonniers de s’exprimer sur leurs conditions d’incarcération. C’est aussi une façon de dénoncer ces dernières.
   
Surveiller et punir ne s’inscrit pas dans une dénonciation directe du système carcéral, mais tente principalement de comprendre d’où provient l’incarcération. Le sous-titre du livre est d’ailleurs « Naissance de la prison ». Le livre s’ouvre sur le récit quasiment insoutenable du supplice de Damiens, parricide, en 1757. La pratique du supplice était pour le pouvoir en place une façon de se venger de l’offense faite par le criminel, mais aussi de condamner le désordre que cela produit dans la société. La condamnation en public, et l’horreur de celle-ci, permettait au souverain de dissuader toute possibilité de généralisation de l’acte criminel. Le but de Michel Foucault est bien ici de montrer de quelle façon nous sommes passés des supplices en public, véritable politique de l’effroi, aux prisonniers reclus dans leurs cellules. Car ce n’est pas simplement un art de punir qui a évolué mais c’est aussi une mutation du pouvoir exercé sur la société. En effet, lorsque les supplices prirent fin, un nouvel instrument fut créé : la police. C’est aussi l’époque de l’invention d’une nouvelle manière d’exercer un contrôle sur la population, et cela passe par la surveillance permanente, la normalisation et la discipline. Foucault nous apprend que la prison n’est qu’un élément de discipline parmi d’autres, comme l’armée, l’école, l’hôpital, l’atelier. Car le but de la discipline est de fabriquer des corps dociles, que ce soit celui de l’écolier, du soldat, du malade, de l’ouvrier ou du condamné, et de conserver une surveillance totale sur eux. L’architecture des prisons reprend ce modèle-là, et notamment le Panopticon de Jeremy Bentham, qui est un long objet d’étude de Foucault. Le Panopticon est une construction circulaire, les cellules étant placées autour de la tour centrale ; de celle-ci un surveillant peut observer les détenus sans être vu. Le regard est tout puissant.

Tout comme le supplice ne rétablissait pas la justice mais réactivait le pouvoir du souverain, la prison ne semble pas simplement une décision judiciaire mais surtout le lieu de formation de sujets obéissants, calculables, ne réservant aucune surprise à l’autorité qui s’exerce en permanence sur eux. Toujours sur la question de la justice, Foucault tente de comprendre pourquoi cette dernière préfère affirmer qu’elle soigne et corrige plutôt qu’elle punit. Sa réflexion porte aussi sur les sciences humaines qui émergent à mesure que le contrôle des comportements prend place. Un des derniers sujets abordés dans Surveiller et punir est la délinquance. Selon Foucault, la prison est une fabrique à délinquants, elle forme une communauté de personnes aux comportements illégaux, mais qui sont essentiels au fonctionnement de la société, et qui de plus, servent les intérêts politiques et économiques du pouvoir. Par exemple, sans délinquants il n’y aurait pas de police, donc personne pour exercer une surveillance sur la population.

   
La force de ce livre réside dans le fait de ne pas seulement s’intéresser à l’évolution du système pénal mais aussi de montrer que cette évolution est le résultat des changements de l’exercice du pouvoir. C’est un texte exigeant, ardu, qui prouve que la lecture n’est pas qu’un acte de divertissement. Surveiller et punir est une vive critique du pouvoir qui nous soustrait à la discipline et à un examen permanent. Ce livre est formateur pour l’esprit, il nous ouvre les yeux et nous fait nous interroger sur la réalité du système carcéral, sa légitimité, mais aussi sur un contrôle exercé sur la société qui est toujours présent aujourd’hui.

   
« Tous mes livres, que ce soit l’Histoire de la folie ou celui-là, sont, si vous voulez, de petites boîtes à outils. Si les gens veulent bien les ouvrir, se servir de telle phrase, telle idée, telle analyse, comme d’un tournevis ou d’un desserre-boulon pour court-circuiter, disqualifier, casser les systèmes de pouvoir, y compris éventuellement ceux-là mêmes dont mes livres sont issus… eh bien, c’est tant mieux ! »        (« Des supplices aux cellules », entretien avec R.-P. Droit, paru dans Le Monde du 21/02/1975, à l’occasion de la parution de Surveiller et punir).

Flora, 1ère année Ed.-Lib.

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