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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:00

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Michel ROSTAIN
Le Fils
Éditions Oh !, 2011.







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel-Rostain.JPGBiographie


Féru de musique depuis son plus jeune âge, Michel Rostain suit des études musicales durant toute sa scolarité. Plus tard, il enseignera la philosophie et participera à des travaux en sciences humaines au sein de laboratoires de recherches et de cliniques psychiatriques.

Par la suite, il décide de se consacrer pleinement à ses deux domaines de prédilection : l'écriture et à la musique. Il fonde la Scène nationale de Quimper-Théâtre de Cornouaille où sont à la fois mis en scène des classiques mais aussi des œuvres contemporaines. En parallèle, il écrit et interprète ses propres pièces de théâtre comme Sept nouvelles de la douleur.

En 2011, Michel Rostain  est confronté à la disparition brutale de son fils qui succombe à une méningite foudroyante.  Le Fils est le témoignage intense de ce père qui vient de perdre son enfant, Lion, à l'âge de 21 ans.
 


Analyse

Un couple vient de perdre son fils Lion, suite à une méningite foudroyante. Michel Rostain nous fait le récit poignant du deuil d'un père désemparé par la mort de son fils. Le récit est écrit selon le point de vue du fils qui observe la souffrance de son père. Toute la puissance du livre réside dans le fait que le fils est le narrateur. Il décrit les souvenirs de sa propre mort :

« Papa ne me reverra plus que dans une heure, quasi mort, respirant encore, respirant le temps pour lui de comprendre qu'en fait c'est une machine qui me fait respirer, allure de vie, tuyau qui sort de ma bouche, entrée et sortie de l'air, ce n'est plus mon air, ce n'est plus ma vie, c'est l'air d'un appareil » (p. 63),

 ainsi que l'errance insoutenable de son père qui tente de ne pas succomber à la folie :

« Papa navigue entre présent et futur […]. Il n'a qu'une envie aux lèvres, venez avec nous, venez ! Allons nous allonger sur le cercueil. Que tout s'interrompe, stop, me garder, ne pas faire un pas de plus. Papa veut en rester là » (p.94-95).

Ils sont plongés dans le chaos et la solitude avant, pendant et après l'enterrement :

« Les morts ont besoin d'oasis. Les vivants aussi. Maman et papa s'assoient par terre et hurlent. Sûr si les cendres de Lion sont déposés là, ils vont se tirer une balle » (p. 89).

Meurtri au plus profond de son être,  son père est rongé par les regrets : « la mort c'est une machine à regrets » (p.59).

    Néanmoins, ce jeune homme nous fait part avec « sérénité des derniers instants de sa vie ». Il a un regard à la fois ironique et tendre envers ce père anéanti :

« De retour à la maison, il trouve la chienne en train de mordiller mes pantoufles. Là aussi il y a mes odeurs. Papa tu ne vas quand même pas te disputer avec Yanka et te mettre à sucer mes pompes puantes, non ? » (p.11).

 Une certaine ambiguïté est présente dans de nombreuses situations : Lion nous dresse un tableau à la fois triste et amusant de ses propres obsèques : « Pompe jusqu'à la lie : mes obsèques commencent. Tatata taaa !Tatata taaa ! Qu'est-ce que Beethoven fout dans la tête de Papa à cette heure-ci ? » (p. 92). Au lieu de tomber dans le larmoyant, le fils décrit avec humour, originalité et finesse cet instant qui est pourtant si difficile à supporter pour ses parents. Malgré la gravité du sujet, la mort d'un fils, Michel Rostain fait l'éloge de la vie :

 

« Il criait "vive la vie" parce qu'il croyait depuis toujours, parce que, benêt ahuri, il la voulait la beauté du monde. Maintenant, il va encore et quand même crier " Vive la vie", plus du tout parce qu'il y croirait, mais parce qu'il le faut de toute manière. » (p. 25).

Les sentiments violents du père vont évoluer au fur et à mesure des semaines suivant le décès : la douleur insupportable, la colère et le soulagement. Le récit se termine sur une note d'apaisement lorsque le père trouve la voix pour  vivre « avec ça ». Le désespoir absolu,  celui que l'on imagine insurmontable devient, à la lecture de ces lignes, presque supportable. Ce récit mêle la fiction et le vécu pour mieux offrir des perspectives de réponses. On peut imaginer que pour Michel Rostain, ce récit a servi d'exutoire à sa douleur : une thérapie en somme comme pour rendre la vie plus supportable. Écrire c'est déjà se soulager et trouver une sorte d'apaisement dans sa quête inlassable de retrouver son enfant perdu. 

La dernière page tournée, le lecteur reste bouleversé par la plume percutante, vive et spontanée qui retrace avec pudeur un épisode intime de la vie de Michel Rostain. Certains passages profondément émouvants sont des hymnes à la vie et à l'amour. Sur un ton léger, il réussit à mettre les mots justes sur un événement inconcevable pour des parents : la disparition de leur enfant. La lecture de ce témoignage est indéniablement une aide pour quiconque connaît le drame de la perte d'un enfant.


Lara R., 2e année Bib.-Méd. 2010-2011

 

 


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