Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 07:00

Milan-Kundera-L-Identite.gif





 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan KUNDERA
L'identité
Gallimard, 1998
Folio, 2000


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie : voir les autres fiches (liens au bas de cet article)


 

L'œuvre

 

L'identité, publié en 1997, est le deuxième roman du cycle français de Kundera. C'est un roman court comme le sont les deux autres romans du cycle français par rapport à ceux du cycle tchèque.

L'identité est l'histoire de deux amants, Chantal et Jean-Marc, qui vivent à Paris. Chantal travaille pour une agence publicitaire et Jean-Marc est sans travail. Il vivent à l'écart du monde et traversent tous les deux une profonde crise d'identité. Jean-Marc ne reconnaît plus Chantal qui se dissimule derrière de nombreux masques et derrière son souci de paraître ; elle cache des souffrances anciennes : la mort de son enfant et la pression immédiate exercée par sa belle-famille pour qu'elle ait un autre enfant.

Le roman commence au moment ou, après un jour de solitude, les amants se retrouvent dans un hôtel de Normandie. Chantal confesse à Jean-Marc : « Les hommes ne se retournent plus sur moi » avec sans le vouloir une pointe de mélancolie dans la voix. Quand elle pronnonce cette phrase, Jean-Marc a du mal à la reconnaître. Il éprouve de la jalousie, mais il essaye de comprendre sa femme qui se rend compte qu'elle vieillit et qu'elle ne plaît plus.

Quelques jours plus tard, un lettre anonyme arrive avec ces mots : « Je vous suis comme un espion, vous êtes belle, très belle. » Chantal, intriguée, cherche à savoir qui est l'auteur de cette lettre dont l’auteur, selon ses dires, l'espionne. Sa curiosité devient vite une obsession. Elle se soumet même plus ou moins consciement à son admirateur qui l'imagine dans une chemise rouge cardinal. Par deux fois Chantal est persuadée de savoir qui est l'homme qui lui a envoyé cette lettre puis les suivantes, signées C.D.B. Puis elle se met à soupçonner Jean-Marc, d'abord de les avoir lues puis écrites. Pour en avoir le coeur net, elle se rend chez un graphologue, qui ne l'aide pas beaucoup. Finalement, ce cabinet de graphologie s'avère être un cabinet de délation. Elle y rencontre étrangement le premier des hommes qu'elle avait suspectés d'être le mysterieux correspondant. Celui-ci lui apporte son aide. Bien qu'elle n'ait pas de certitude absolue, à partir de ce moment, elle devient convaincue de l'origine des lettres : Jean-Marc. On a très vite la confirmation de cette hypothèse par Jean-Marc lui-même. On comprend qu'il a écrit ces lettres par amour, pour que sa femme pense que des hommes se retournent encore sur elle, et aussi pour lui dire aussi son propre amour. C'est la signification de la signature mystérieuse C.D.B. : Cyrano de Bergerac, l'amant secret de Roxane, qui lui souffle son amour, à travers la bouche d'un autre homme, plus beau, plus jeune, lui aussi amoureux d'elle, pour toucher son coeur.

Mais Chantal ne le prend pas ainsi : se rendre compte que son compagnon observait pendant tout ce temps les effets produits par ses lettres la rend honteuse et la met hors d'elle. Et il suffit de la simple visite imprévue de quelques menbres de son ex-belle-famille, pour qu'elle s'emporte. Elle finit par déclarer à son compagnon qu'elle s'en va à Londres assister à une conférence pour son travail. Par cela, elle essaye de le provoquer et le confondre. Effectivement, dans sa dernière lettre, le mystérieux inconnu annonce son départ pour Londres. N'ayant au départ aucune intention d'y aller, elle se trouve finalement embarquée par ses collègues qu'elle rencontre par hasard et qui vont à un colloque, dont elle était certaine qu'il ne devait pas avoir lieu avant trois semaines !

La situation déjà étrange devient de plus en plus singulière. Tout juste arrivée à Londres, Chantal se rend dans une maison de rencontres échangistes pendant que Jean-Marc qui a suivi Chantal jusqu'à Londres attend dehors comme un clochard, gardant l'argent qu'il lui reste pour le voyage de retour. Dégoûtée par la situation, Chantal fuit nue dans la maison. Finalement elle se retrouve seule dans une des pièces avec quelqu'un qu'elle reconnaît. Elle est contente de pouvoir lui confier son intention de partir. Mais à ce moment-là, elle entend des coups de marteau de plus en plus forts, on cloue les portes de la pièce. L'homme qu'elle a reconnu, qui lui était apparu comme son seul repère dans cette maison, l'appelle Anne et veut la forcer à rester. Soudain, elle ne se souvient plus de son propre nom, elle ne sait plus qui elle est vraiment et se raccroche à la pensée de son compagnon : « S’il était ici, il l'appellerait par son nom. Peut-être, si elle réussissait à se souvenir de son visage, saurait-elle imaginer la bouche qui prononce son nom. » (p. 203) Chantal se trouve prise au piège, elle est désemparée et, voyant qu'une fenêtre est ouverte, elle crie sa détresse.

Cette histoire est-elle réelle ? Irréelle ? À partir de quand ? Cela n'est pas clairement défini et il est probable que l'auteur lui-même ne le sache pas non plus.

« "Chantal ! Chantal ! Chantal !"


Il serrait dans ses bras son corps secoué par le cri.


"Réveille-toi ! Ce n'est pas vrai !"


Elle tremblait dans ses bras, et il lui redisait encore plusieurs fois que ce n'était pas vrai.


Elle répétait après lui : "Non, ce n'est pas vrai", et, lentement, très lentement, elle se calmait.


Et je me demande : qui a rêvé ? Qui rêvé cette histoire ? Qui l'a imaginée ? Elle ? Lui ? Tous les deux ? Chacun pour l'autre ? Et à partir de quel moment leur vie réelle s'est-elle transformée en cette fantaisie perfide ? Quand le train s'est enfoncé sous la Manche ? Plus tôt ? Le matin où elle lui a annoncé son départ pour Londres ? Encore plus tôt ? Le jour où, dans le cabinet du graphologue, elle a rencontré le garçon de café de la ville normande ? Ou encore plus tôt ? Quand Jean-Marc lui a envoyé la première lettre ? Mais les a-t-il envoyées vraiment, ces lettres ? Ou les a-t-il écrites seulement dans son imagination ? Quel est le moment précis où le réel s'est tranformé en irréel, la réalité en rêverie ? Où était la frontière ? Où est la frontière ? » (p. 205-206).


Après s'être demandé où l'auteur voulait en venir, on a enfin la révélation et on prend conscience de son habilité et de son génie, de l'ambiguïté de cette histoire étrange qu'il a réussi à maintenir jusqu'à la fin.

La question du réel et de l'irréel est bien sûr étroitement liée au thème central du livre : l'identité, l'identité de la personne qu'on aime, et l'identité de soi, les nombreux visages que l'autre ou nous-même pouvons avoir. Dans cette histoire, Jean Marc souffre des nombreux visages de sa femme et veut reconnaître en elle la femme qu'il aime. C'est une véritable quête chez lui.

La quête d'identité chez Chantal est moins évidente parce qu’elle est inconsciente. Chantal souffre de son passé (il y a beaucoup d’analepses au début du livre), de son envie de paraître, de tous ses visages, qui finalement la dépouillent de son identité. Elle a tellement de visages qu'elle n'en a plus. Ce n'est qu'a la fin de l'histoire, lorsqu'elle est nue, et qu'elle ne se souvient même plus de son nom qu'elle prend réellement conscience de ce qu'elle cherche et de qui elle est est vraiment.

En effet Chantal et Jean-Marc ont besoin de se reconnaître l'un et l'autre, l'un dans l'autre, pour exister, pour avoir une identité. Parce qu'ils vivent à l'écart du monde (on peut observer qu'il y a très peu de personnages dans le roman) et que l'autre (Chantal pour Jean-Marc et Jean-Marc pour Chantal) est leur seul reférent au monde. L'autre est la seule chose qui les rattache au monde.

Autour de ce thème central de l'identité, il y a la mort, la disparition, le corps, le libertinage, le nom, le double visage... Ce sont des thèmes assez graves. Les personnages de Chantal et de Jean-Marc se posent beaucoup de questions et nous font le plus souvent part de leurs réflexions sur ces sujets. L'Identité est un roman d’une profondeur métaphysique, avec une dimension existentielle importante.

Il y a aussi un motif ou plutôt une couleur qui revient assez souvent : le rouge. Le rouge des joues de Chantal, le rouge de la tunique cardinale, le rouge des rideaux de la maison de partouzes. Cette couleur peut illustrer dans l'histoire l'émotion ou le libertinage pour les deux derniers cas que je viens de citer. Il illustre même l'adultère pour le cas de la tunique cardinale. En effet, Chantal, soumise au fantasme de son mystérieux correspondant qui l'imagine dans cette tunique, la met pour séduire son mari et coucher avec lui.

Une dernière chose est importante à relever : les points de vue internes alternés des personnages. L'auteur nous montre quccessivement un événement selon la vision de l'un et selon la vision de l'autre. Cela permet au lecteur de se sentir intime autant de Chantal que de Jean-Marc et de mieux les suivre dans leur périgrinations existentielles.



Mon avis personnel

J'ai bien aimé ce livre. Si le style de l'auteur et l'intrigue de l'histoire (et donc la forme de l'oeuvre) sont plutôt simples, son fond est dense et complexe par son aspect philosophique (métaphysique et existentiel) et son ambiguïté entre réel et irréel qui est maintenue jusqu'à la fin. Si je devais relire ce livre, je le relirais principalement pour ces aspects-là.

L'Identité est un livre qu'on ouvre avec difficulté, qu'on referme un peu perplexe, mais dont on perçoit l'intelligence, la finesse et la profondeur.


Myriam, 1ère anné Bib.

 

 

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS


 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être

 

 

 

Article d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La Lenteur

 

 

 

 

Article de Margaux sur La Lenteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera L'Ignorance

 

 

 

 Article d'Anne-Laure sur L'Ignorance.

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives