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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 07:00





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Milan KUNDERA
L'Insoutenable légèreté de l'être
écrit en 1982
Titre original
Nesnesitelná lehkost bytí
Gallimard, 1984
Folio, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé

Tereza n’aurait dû être qu’une des nombreuses maîtresses de Tomas, médecin, rencontre fortuite dans le café d’un petit village. Suite à leur aventure nocturne, ils décident de se revoir de temps à autre pour renouveler cette plaisante expérience.

Quelque temps plus tard, Tereza arrive chez Tomas sans prévenir, quittant sa mère castratrice et son travail de serveuse sur un coup de tête. Fiévreuse, elle s’endort d’épuisement chez son amant. En la laissant dormir chez lui, Tomas déroge à tous ses principes avec les femmes. Aucune de ses conquêtes n’a jamais partagé son sommeil. Cette première erreur que commet Tomas donne naissance à leur histoire. La seconde lui fait comparer Tereza à une corneille blessée venue s’échouer dans ses bras.

L’amour, dit Kundera, commence par une métaphore ; l’image de la corneille formulée par Tomas est dangereuse, car elle amène la compassion et symbolise une certaine forme d’attachement. Elle lie les deux personnages de manière indéfectible.

En parallèle à l’histoire de Tomas et Tereza, Kundera nous entraîne dans l’univers de Sabina, artiste indépendante haïssant toute forme d’attachement, qui noue une liaison avec Franz, homme désireux d’échapper à sa morne existence.

L’insoutenable légèreté de l’être narre les errances de quatre êtres qui se cherchent et se perdent entre légèreté et pesanteur.

 

Construction du livre

L’insoutenable légèreté de l’être est une œuvre à la frontière entre le roman et l’essai. Tout au long du livre, le lecteur navigue agréablement entre les deux, sans qu’il y ait de quelconque césure. L’œuvre est divisée en sept parties, chacune allie essai et réflexion sur l’être, l’âme, la fuite, l’évolution avec le récit. Fréquemment, les passages philosophiques servent d’introduction à l’histoire des personnages.

Exemple : la réflexion l’éternel retour de Nietzche amorce la rencontre de Tomas, personnage libertin.

Autre exemple : le passage sur le kitsch qui introduit la pensée de Sabina et sa raison d’être.

À l’inverse, les actions et les propos des personnages servent également les essais.

Le récit commence après la rencontre des personnages, alternant entre passé, présent, futur. La mort des personnages est annoncée au milieu du récit, sans que cela affecte sa construction.

Les variables temporelles ne sont que des éléments de décor ; seules l’âme, les actions, les pensées, les relations entre les êtres importent réellement. Cela explique également l’absence de description physique des personnages.

 

Historicité

L’importance du lieu de l’histoire (la Tchécoslovaquie principalement), donne une dimension historique et autobiographique à l’œuvre de Kundera. Ses personnages sont les réceptacles et les témoins de son propre exil. À travers eux, Kundera retrace le régime de persécution qu’il a vécu. On pourrait considérer l’écriture comme une forme d’exutoire inconscient à la souffrance de son exclusion.

Kundera se défend de cette interprétation ; selon lui, l’Histoire ne sert qu’à poser un décor. Ses personnages sont des champs d’expérimentation et là réside l’essentiel. Néanmoins, je pense que l’idée que je viens d’énoncer, si elle n’est  pas aussi importante que les relations entre les personnages, a tout de même sa raison d’être.

Le roman permet aussi de raconter la censure, la persécution, la liesse du printemps de Prague auquel assistent Tomas et Tereza. Tous deux sont surveillés par la police. Le régime communiste exerce une forte pression sur la population pour qu’elle se soumette à l’ordre établi. Tomas, par exemple, est condamné pour avoir écrit un texte qu’il a refusé de modifier. Il perd son travail de médecin et devient laveur de carreaux pour survivre.

L’invasion russe structure le récit. Elle symbolise la rupture entre deux époques auxquelles sont confrontés les personnages. La première est source de sécurité, avec un emploi stable et des revenus réguliers, tandis que l’autre est incertaine, initiant la phase de désenchantement du couple.

 

L’amour

L’ensemble des relations entre les personnages se traduisent par des rapports de conflit et de domination.

L’amour est une forme d’obligation à l’image de l’impérieux « es muss sein » édicté par Beethoven. C’est cette conception qui pousse Tomas à rester auprès de Tereza. Elle serait considérée comme un impératif divin auquel il se soumettrait avec une forme de répugnance. Mais dans ce cas peut-on réellement parler d’amour ? La vision pessimiste de Kundera laisse envisager le contraire.

L’amour n’existe pas ou peu, il est un moyen de combler la solitude. Il lie les êtres un temps, avant de les faire souffrir, car ils ne savent pas aimer. Ils se cherchent dans l’autre sans trouver, ils attendent de l’autre quelque chose qu’ils ne peuvent pas avoir. Comme Sabina et Franz qui ne se comprennent pas et attendent le contraire de ce que fait l’autre. Alors ils cherchent ailleurs et trompent avec une certaine culpabilité mais sans pouvoir s’arrêter, à l’image de Tomas qui trompe Tereza. Il agit ainsi pour échapper à son amour étouffant et finit par haïr Tereza pour les sentiments contradictoires qu’elle fait naître en lui. Cela ne l’empêche pas de revenir vers elle. Tereza le déteste car il part dans d’autres bras et garde des traces de ces étreintes, notamment dans ses cheveux. Les personnages restent par compassion, habitude, routine, chacun souffrant sans pour autant remédier à sa propre situation.

Tomas et Terza n’ont ni les mêmes buts ni les mêmes ambitions. Mêmes leurs tromperies divergent par leurs motifs.

Tomas couche avec les femmes pour posséder l’essence du nu et de la féminité, en découpant leur corps avec un scalpel invisible. Il les collectionne, les étranges, les belles, et conserve en mémoire les souvenirs de leurs jeux sexuels.

Tereza le trompe une fois car elle se sent délaissée ; son amant d’un soir, l’a séduite et a répondu à son désir de reconnaissance, brisant sa solitude.

Seul le sexe permet d’oublier l’espace d’un instant la fuite solitaire de l’être humain peu désireux de reconnaître ses erreurs.

 

Le chien Karénine

Karénine est un chien offert par Tomas à Tereza en souvenir de leur seconde rencontre, lorsqu’elle arrive chez lui avec le roman Anna Karénine de Tolstoï à la main. Ce chien est un élément clé de la relation du couple. Il est comme une pendule ou bien une forme d’espace-temps coupé du monde qui lie les personnages dans une routine rassurante. Les instants de vie avec Karénine sont des moments de répit pour le couple qui délaisse ses problèmes. Sa présence cimente le couple à tel point que lorsque des tensions se présentent, le bonheur du chien prime sur le leur. Tomas et Tereza vont même jusqu’à se battre pour son affection car il leur porte un amour sincère, dénué de la moindre intention intéressée.



La fuite en avant ou la quête  de liberté factice  

Tous les personnages sont mus par le principe de la fuite. Elle est le but sous-jacent de leur existence pour ne pas faire face aux responsabilités qui leur incombent et au monde qui les entoure.

Tomas a choisi de ne pas s’attacher aux femmes, ni à son fils, car les relations qu’il entretient avec eux peuvent vite devenir contraignantes. Lorsque son ex-femme décide qu’il ne verra plus son fils, Tomas ne se bat pas et laisse les choses se faire. De même, quand ses parents rompent le contact avec lui car il choisit de ne pas approfondir ses relations avec son fils, il n’esquisse aucune tentative de réconciliation. Il se tourne toujours vers la solution de la facilité : la fuite. Dans le même ordre d’idées, il construit ce qu’il appelle le principe de « l’amitié érotique » avec les femmes. Il s’agit de relations sexuelles régulées selon une charte précise qu’il a définie, instaurant un temps de rotation entre ses maîtresses « permanentes » et ses maîtresses « temporaires ». Ce système témoigne de sa répugnance à l’engagement complet, il exècre le couple, et semble mû par l’ivresse de la liberté. Tomas est volage tout en ayant des routines qui lui créent un quotidien rassurant. L’arrivée de Tereza bouscule ses habitudes. Tout en l’aimant, il ne peut s’empêcher de la tromper car il ne veut nullement renoncer à ses aventures. Cela dissimule en réalité sa crainte d’être définitivement lié à une seule et unique personne. Agissant de la sorte, il fuit pour mieux se perdre.

Tereza, écrasée et étouffée par son univers, fuit sa mère, sa famille et son village, éprise de liberté. Si sa fuite « physique » se concrétise, elle ne parvient pas à ignorer son corps qu’elle tente de fuir. Il est l’objet d’une haine et d’un dégoût profonds initialement provoqués par les agissements de sa mère. Cette dernière le considère comme un simple instrument, une mécanique, le réduisant à une machine disgracieuse à déféquer et ingurgiter de la nourriture. La pudeur, par conséquent, n’existe pas chez elle et n’a pas lieu d’être. La mère de Tereza lui a toujours refusé l’intimité qu’elle demandait, occasionnant un fort complexe chez sa fille pourtant considérée comme une « belle femme ». Tereza souhaite voir dans son corps le reflet de son âme ; cependant, l’éducation donnée par sa génitrice fait qu’elle n’y parvient que très brièvement.

Sabina fuit les hommes quand la relation devient sérieuse, elle brise chaque attache pour rester libre, elle craint de rester enchaînée mais le fait de vivre ainsi l’amène à chaque fois à une solitude plus grande. Sa peinture reflète sa pensée, elle instaure une rupture complète avec les beaux-arts classiques, ses toiles représentant une rupture entre deux plans. Elle se révolte contre le monde, le kitsch et le système communiste pour mieux les fuir et échapper à leur réalité.

Franz fuit sa vie coutumière, sa femme et sa fille qui l’insupportent avec leurs manières « bourgeoises ». Il se perd dans les bras de Sabina, et même quand elle rompt avec lui, il continue de voir à travers elle un but mystique à atteindre, une sorte de divinité, échappatoire à la réalité, au monde et à ses exigences. Il se fixe ainsi des buts insensés qui finiront par le mener à la mort.

La fuite prend également la forme de l’exil pour Tomas, Tereza, et Sabina, en direction de la Suisse, lors de l’invasion russe, pour ne plus faire face au quotidien douloureux et échapper à l’oppression. Tomas et Tereza fuient une dernière fois vers la fin de leur vie à la campagne, ultime échappatoire à leur vie aliénante emplie de souffrances, ultime tentative de sauver leur couple.



Les rêves

Les passages oniriques accompagnent les personnages tout au long de l’histoire. Ils les construisent et les dévoilent entièrement. Tereza est le personnage dont les rêves sont le plus présents. Ils sont l’expression de sa souffrance, qu’elle dissimule à Tomas, l’expression de ses désirs inavoués et de sa propre détresse.



Le kitsch

Note : j’ai choisi de conserver le mot « merde » tel quel car c’est ainsi que Kundera l’use pour parler du kitsch.

La « merde » sert d’introduction au kitsch. Selon Kundera, elle est le principe métaphysique qui fait de l’homme un être de chair et d’entrailles. Elle le distingue du divin pour un certain nombre de personnes, posant un grand paradoxe et un profond dilemme. Si Dieu a créé l’homme à son image, c’est qu’il déféquait lui aussi, mais que Dieu déféquant n’est pas l’image de la divinité, cette image peut paraître indécente mais pose une contradiction.

« Mais la responsabilité de la merde incombe entièrement à celui qui a créé l’homme, et à lui seul. »

Selon des théoriciens et sa propre analyse, le principe de la « merde » et le dégoût qui s’ensuit ne sont que le résultat de l’expulsion du paradis où l’homme prend conscience de sa propre médiocrité. Il perçoit également l’excitation dont la conclusion se définit pour lui par l’orgasme, rideau de lumière déchirant l’essence du monde. La « merde » et l’excitation seraient liées, donc le sexe par conséquent.

Le problème de la « merde » pose un débat : si la « merde » est acceptable pourquoi la masque-t-on au monde, et dans le cas contraire cela veut dire que Dieu a créé l’homme d’une manière inacceptable.

Pour certaines personnes, le monde se résume au fait que leur idéal esthétique exclut la « merde », faisant comme si elle n’existait pas. « Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch »

« […] le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable »

Sabina combat l’esthétique communiste (kitsch communiste) : monde de faux semblants où toute la population est en accord avec le gouvernement par crainte de représailles. Le kitsch joue sur la sensibilité des êtres, il les englobe dans une généralité constituée de stéréotypes dans lesquels tous peuvent se reconnaître : le bonheur se résumant à la joie d’enfants courant dans l’herbe. Le kitsch combattu par Sabina est une manière de dénoncer le dogmatisme du communisme persistant à réunir les êtres dans un tout heureux, le résumant au « bien ». Il sert d’instrument aux politiques, jeu sur l’affectif et les médias, pour mieux séduire le peuple et mieux le contrôler. Kundera le nomme kitsch totalitaire car il n’existe aucun courant pour lui faire opposition. Le kitsch est la dictature d’un idéal de perfection et de normes à l’image du « travail, famille, patrie » instauré par Pétain. Tout ce qui est contre le kitsch finit au goulag, réceptacles de tous les contrevenants à l’ordre établi. C’est donc bien une critique du système totalitaire que Kundera fait de manière détournée.

Le kitsch englobe un ensemble de représentation diverses qui s’adaptent à un contexte, et finissent inexorablement par définir le monde et les êtres malgré eux. Tout discours peut être déformé et transformé en kitsch. Le kitsch est une personnification de la censure du régime contre laquelle Kundera a lutté.


Aloïs, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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