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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 07:00

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Milan KUNDERA
La lenteur
Gallimard, 1995

Folio, 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie.

Voir la fiche de lecture d'Élodie sur La Plaisanterie.



Résumé et construction

La Lenteur est le septième roman de Kundera et le premier qu'il écrit en français, en 1995 ; il est publié aux éditions Gallimard. L'action se déroule en France ; c'est le deuxième roman pour lequel l’auteur choisit ce cadre.

Le livre est divisé en cinquante et un courts chapitres ; on peut cependant distinguer deux parties. D'abord le lecteur est plongé dans un monologue au travers duquel il peut suivre les réflexions de l'auteur. Ensuite arrive une sorte de récit fictif qui met en scène des personnages qui viennent appuyer les réflexions de l'auteur.

Le roman commence ainsi : « L'envie nous a pris de passer la soirée et la nuit dans un château. » Véra et Milan sont en voiture. Elle s'inquiète de l'imprudence des automobilistes et le lui fait remarquer. De cette remarque va découler tout le processus de réflexion du narrateur. Il va alors s'interroger sur l'opposition entre notre société et celle d'antan, notamment à travers la disparition de la lenteur. Nous vivons dans une société industrialisée qui permet à l'homme de sortir de son corps, de déléguer ses douleurs aux machines. De là découle la perte « du plaisir de la lenteur ». Kundera oppose alors l'oisiveté et le désœuvrement.

« Dans notre monde, l'oisiveté s'est transformée en désœuvrement, ce qui est tout autre chose : le désœuvré est frustré, s'ennuie, est à la recherche constante du mouvement qui lui manque. »

On peut dire que le reste du roman glisse le long du fil de cette pensée. Afin de mettre en parallèle deux conceptions du temps, l'auteur s'appuie sur quelques œuvres libertines du XVIIIe siècle, notamment Les Liaisons dangereuses de Laclos et Point de lendemain de Vivant Denon.

Dans une « seconde partie » (j’emploie ici des guillemets car la mise en page ne fait pas état d'un tel découpage), l'auteur met en scène plusieurs personnages qui participent à un colloque d'entomologistes. Le colloque se déroule dans le château où se rendent Milan et Véra le soir même de leur arrivée. Ce sera le théâtre où vont se mettre en scène ceux que Kundera appelle « les danseurs ». Cette métaphore est utilisée pour parler des hommes politiques. Pontevin et Berck sont les porte-parole de cette idée. Le lecteur peut, au travers de leur discussion, s'interroger sur la finalité des politiciens ; gloire personnelle ou réelle volonté de faire avancer l'Histoire ?

Vincent, quant à lui, incarnera le personnage qui sera opposé au Chevalier, le protagoniste de la nouvelle de Vivant Denon. Suite à une humiliation publique, Vincent décide de séduire Julie afin de coucher avec elle, pour ensuite s'en vanter auprès de ses collègues. Cependant sa précipitation et la finalité purement égoïste de ses actes vont le mener à une situation ridicule, vidée de tout sens. Au moment d'entamer l'acte sexuel, Vincent se retrouve impuissant ; il se met alors à simuler le coït.

Cette scène est une illustration des relations amoureuses contemporaines, selon Kundera. Ce qui prévaut n'est pas l'intimité entre les deux êtres mais plutôt le spectacle qu'ils vont pouvoir offrir au monde. La Lenteur, c'est aussi une réflexion sur la redéfinition des frontières entre les sphères de l'intime, du privé et du public. Autrefois les relations étaient réglées sur des codes qui imposaient des différences de comportements selon que l'on soit dans telle ou telle sphère. Le jeu amoureux prenait tout son sens lorsque les deux êtres avaient conscience de ces codes. Ils devaient redoubler d'intelligence et d'imagination afin d'accéder à la finalité ultime de cette danse tout en restant cachés du reste du monde. L'essence même de l'acte sexuel résidait dans le fait qu'il était le fruit d'une longue et lente ascension. Aujourd'hui ce même acte est vidé de tout sens, de toute volupté. La vitesse à entraîné la perte de l'élément fondamental de la relation. Le fait d'accéder immédiatement et sans grands effort à un coït avec Julie provoque chez Vincent la perte de sa virilité. Il ne peut donner du sens à cet acte et ne se formalise pas de ne pas réussir à être en érection. Ils ne sont pas dans l’intimité, il est normal que son membre reste inerte. Malgré la conscience de son impuissance et des raisons de celle-ci, Vincent ne cherchera pas à créer une véritable relation avec Julie. Après cette pièce, il ne la reverra jamais. Ils auront été les acteurs de leur vie, ils ont glissé rapidement sur le temps, sans chercher une véritable prise pour créer une relation amoureuse. Vitesse et précipitation ne les ont menés qu'à des faux-semblant.

La scène qui se déroule entre Vincent et Julie n'est qu’une partie d'un tableau. La simulation du coït a lieu autour de la piscine du château. Cependant se déroulent simultanément d'autre saynètes. Tandis que Vincent et Julie sont occupés à leurs ébats, Immaculata simule quant à elle un suicide par noyade pendant qu'un savant tchèque fait des pompes en observant cette mascarade générale. Cette scène apparaît comme l'illustration ultime de la société actuelle. Nous ne sommes plus dans l'univers feutré et raffiné des salons d'antan mais dans l’exhibitionnisme d'aujourd'hui. Il faut se montrer, se mettre en scène pour exister. Kundera nous offre à travers La lenteur une image assez sceptique et sombre de notre société. Il nous fait miroiter un certain idéal qui fait désormais partie du passé afin d'accentuer les dysfonctionnements actuels. On peut cependant relativiser cette idée en opposant à Kundera son scepticisme exacerbé lié à une nostalgie d'un temps qu'il n'a connu qu'à travers la littérature. Une littérature qui est marquée par un optimisme grandissant dû à l'impression qu'on avance vers le progrès avec les idées des Lumières. Aujourd'hui cette idée de progression vers quelque chose de mieux est un peu désuète.

Kundera a utilisé un château pour le déroulement de son action. Le lieu est porteur d'une histoire ; entre ses murs nous pouvons revivre la nuit d'amour des personnages d'antan. C'est un endroit chargé de souvenirs, qui continue de traverser le temps, immobile et témoin de l'évolution des sociétés. C’est un théâtre dans lequel se déroule l'Histoire mais aussi l'histoire des hommes.

Le roman se clôt par la rencontre de Vincent et du Chevalier. Au petit matin, après leurs deux nuits d'amour respectives, les personnages décident de faire un tour dans les jardins du château. L'un appartient au passé tandis que l'autre est contemporain. Ces spécificités ne les empêchent pas de se croiser physiquement. Le temps est distordu, les personnages sortent de la réalité pour s'opposer. La rencontre donne lieu au dédain du Chevalier pour Vincent.

Kundera conclut sur l'incapacité des hommes comme Vincent à être heureux. Il démarre en trombe sur sa moto. Une véritable fuite en avant, il fuit la réalité. Le Chevalier quant à lui est entouré de volupté : « Dans cette lenteur, je crois reconnaître une marque de bonheur. »

L'homme qui a su prendre son temps, apprécier l'instant, est entier.

« Point de lendemain. Point d'auditeurs. Je t'en prie, ami, sois heureux. J'ai la vague impression que de ta capacité à être heureux dépend notre seul espoir. »



Impressions de lecture

La Lenteur est un roman extrêmement agréable à lire. Les quelques notions philosophiques qui sont soulevées sont accessibles et expliquées clairement. De plus l'illustration par les personnages de Kundera ouvre de nouveaux horizons à la réflexion. Comme pour ses autres romans, on retrouve une stratification du temps ; cependant la chronologie est respectée. On est dans une conception linéaire de la temporalité. La Lenteur est aussi un roman très drôle qui met en scène des personnages excessifs et impulsifs. La combinaison de ces deux traits de caractère nous offre alors des scènes particulièrement amusantes.


Margaux, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être

 

 

 

Article d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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