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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 07:00

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Milan KUNDERA
La Valse aux adieux
Titre original
Valčík na rozloučenou
Traduit du tchèque
par François Kérel
Nouvelle édition revue par l’auteur
Gallimard, collection Folio, 1978

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Valse aux adieux a été écrite en 1973. Ce roman a été traduit en français en 1976, et corrigé par l’auteur dix ans plus tard. Il se situe au centre du pemier grand cycle « kundérien ». C’est le tout dernier roman que Kundera a composé avant de quitter la Tchécoslovaquie pour s’installer en France.



Résumé

Huit personnages se lient en cinq jours de la manière la plus incongrue. Le premier est Klima, figure du Don juan ; c’est un musicien célèbre. Il est marié à une magnifique femme, qu’il trompe.  Mais un jour, une demoiselle avec qui il a eu une aventure lui annonce qu’elle est enceinte. Cette jeune femme se nomme Ruzena et habite dans une ville d’eau. C’est dans ce lieu et autour de cette histoire qu’apparaissent les autres personnages : le gynécologue Skreta, la femme de Klima, le petit ami de Ruzena, un riche Américain ? Breughel, Jakub et Olga.



Thèmes

Les thèmes sont variés, néanmoins ils ont tous un rapport étroit avec la relation amoureuse.

En premier lieu, la tromperie est une thématique transversale du roman. En effet, il est souvent difficile de discerner la frontière entre réalité et mensonge, illusion et vérité. Ruzena ne sachant réellement qui est le père de son enfant affirme qu’il s’agit de Klima. Elle trompe ainsi le musicien et son petit ami. Klima est lui aussi une figure du mensonge. Il cache à sa femme ses relations extraconjugales et fait croire à Ruzena qu’il l’aime afin qu’elle avorte.

L’avortement est un autre élément central de l’intrigue. Ruzena va-t-elle obéir à la volonté de Klima ? Klima va-t-il sauver son mariage ? Kundera n’engage pas de débat mais offre un point de vue très machiste sur la question.

La tromperie engendre la jalousie de la femme de Klima. Elle a parfaitement conscience des actes de son époux : « Il n'est rien comme la jalousie pour absorber un être tout entier. ». De plus, le livre donne une image assez forte du libertinage : « Séduire une femme, c'est à la portée du premier imbécile. Mais il faut aussi savoir rompre ; c'est à cela qu'on reconnaît un homme mûr. » Ce sujet est également abordé du point de vue opposé. En effet, Kundera décrit les corps de femmes âgées comme des anti-figures de la fécondité et de la séduction. L’évocation de leurs seins ballants offre un contraste avec les pratiques libertines des personnages principaux.

 La question de l’identité est présente dans La valse des adieux comme dans les autres œuvres de Kundera. Identité de Ruzena qui vit entre deux mondes. La vie de Klima l’attire et la fait rêver tandis que l’environnement de la ville d’eau l’exaspère. Identité de Jakub également, qui quitte son pays. Mais aussi lidentité de Skreta qui cherche un père et souhaite être adopté.

Par ailleurs, la culpabilité de Jakub se manifeste dans la perte d’une pilule bleue. Des années auparavant, ce personnage a demandé à Skreta de lui procurer un poison lui permettant de se donner la mort. Cet objet est pour lui un symbole de liberté. En sa possession, Jakub peut avoir le choix entre vivre ou mourir, il est alors en capacité de maîtriser sa destinée. Mais par mésaventure, Ruzena confond cette pilule avec l’un de ses médicaments d’un aspect similaire. Cette erreur lui coûtera la vie. Jakub n’a pas réagi alors qu’il avait conscience de ce danger. Qu’est-ce qui a bien pu retenir Jakub de sauver Ruzena ? Kundera confronte ce personnage à une situation étrange en évoquant son cheminement de pensée.



Analyse

 Le premier élément concerne le personnage de Ruzena. En effet, son prénom a été emprunté au roman Les Somnambules d’Hermann Broch. Dans ce récit, Ruzena est une jeune femme sensuelle d’origine bohémienne. C’est un hommage intertextuel de Kundera à Hermann Broch.

Ces deux auteurs sont également comparables du point de vue de leur écriture. On peut la qualifier de sèche et tranchée. En effet, Kundera et Broch n’élaborent pas des métaphores dans le simple but de faire beau. L’écriture poétique est au service d’un propos ; autrement dit une image sert une idée, ce qui créé une esthétique toute particulière.

Du point de vue de la construction du roman, on peut observer un double triangle amoureux. L’histoire centrale entre Ruzena et Klima, ce qui implique leurs conjoints, Frantisek et Kamilia. Des histoires individuelles s’entremêlent jusqu’à une triple nuit d’amour à la fin du roman.

Par ailleurs, la théâtralité est la base de la construction des romans de Kundera et tout particulièrement de La valse des adieux.  L’unité de lieu est présente. En effet, l’ensemble du récit se déroule dans la petite ville d’eau, un lieu où des femmes cherchent la fécondité.

De plus, l’enchaînement temporel est linéaire. On constate une unité de temps ; cinq jours, du lundi après-midi au vendredi soir.

D’autre part, les histoires d’amourettes peuvent évoquer le théâtre de boulevard. La succession des événements et la fin tragique de Ruzena peuvent être rattachés au vaudeville. Dans ce cas, cette histoire s’apparenterait à une comédie. Les personnages sont souvent victimes du hasard ; une grossesse inattendue ou tout juste une mauvaise plaisanterie dans le cas de la jeune Ruzena. Le récit est ponctué de nombreux passages très drôles. C’est le cas de la supercherie du docteur Skreta. Ce gynécologue soigne des femmes qui cherchent à avoir un enfant. Elles ignorent souvent qu’elles sont victimes de l’infécondité de leur mari. Aussi, Skreta se contente-t-il d’introduire son sperme dans « les entrailles de ces femmes ». Dans ce livre, de nombreux enfants de la petite ville sont décrits comme ayant un long nez ressemblant à celui du docteur. Par conséquent, il se pourrait qu’à terme il y ait des centaines de petits Skreta !



Mon avis

J'ai ressenti un vrai plaisir à lire ce livre qui lie comédie et tragédie, légèreté et gravité, détente et réflexion. Dans ce sourt ouvrage, il est facile d’aller à la rencontre de ces personnages attachants.

Kundera pose des questions existentielles sur la société, il explore notamment l’individualisme de chacun. Son refus du sérieux rend la chose encore plus dévastatrice, comme dans cet extrait :

« Tu as toujours pensé que ton devoir était d’être, comme on dit, dans le coup. Au centre de la réalité. Mais qu’est-ce que c’était pour toi la réalité ? La politique. Et la politique, c’est ce qu’il y a dans la vie de moins essentiel et de moins précieux. La politique, c’est l’écume sale sur la surface de la rivière, alors qu’en fait la vie de la rivière s’accomplit à une bien plus grande profondeur. L’étude de la fécondité féminine dure depuis des milliers d’années. C’est une histoire solide et sûre. Et il lui est tout à fait indifférent que tel ou tel gouvernement soit au pouvoir. Moi, quand je mets un gant de caoutchouc et quand j’examine les organes féminins, je suis beaucoup plus près du centre de la vie que tu ne l’es, toi qui as failli perdre la vie parce que tu te préoccupais du bien de l’humanité ».

C’est une valse entre différents destins où tout s’accélère. Kundera nous invite dans une histoire drôle, audacieuse, et susceptible de plusieurs lectures. 

 
Enfin, je trouve la citation de François Richard assez juste pour qualifier ce roman : « La coucherie d’un mari peureux et d’une Bovary de station thermale ».


Roxane, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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