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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 07:00

Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

 

 

 

Milan KUNDERA
Risibles Amours
Titre original
« Smesne Lasky », 1968
Première publication en France
Traduction François Kérel
Gallimard, 1970
édition revue en 1986 par l’auteur
Folio, 1994


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Difficile pour un auteur d’échapper à son histoire qui détermine son écriture et les thématiques abordées dans ses œuvres. Alors que Risibles Amours s’intéresse comme le titre l’indique avant tout à l’expérimentation du sentiment amoureux ou de ce qui y est apparenté, Kundera rend nécessaire le rappel de son vécu. L’auteur est né en Tchécoslovaquie en 1929. En premier lieu fidèle au parti communiste qu’il a intégré, il suivra néanmoins la vague d’émancipation des écrivains et intellectuels tchèques cherchant à échapper à la ligne politique des dirigeants du Parti pendant la seconde moitié des années 1960. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’écriture de Risibles Amours, alors qu’approche ce qui sera le Printemps de Prague en 1968, date de publication du recueil. On y retrouve dès lors des problématiques s’inscrivant dans cette période comme celles de la liberté, de l’affirmation identitaire et une nette envie de sortir du chemin préétabli à la recherche d’une aventure, même minime.

En premier lieu, le recueil s’intéresse à l’essence de ce qui constitue une relation amoureuse. Kundera focalise dès lors sur la femme, l’homme et l’amour lui-même. Concernant la femme, il la présente avant tout comme un objet de convoitise. Objet est par ailleurs bien le mot tant la femme est instrumentalisée par les protagonistes masculins à quelques exceptions près. Elle est une forme d’ornement dont on est accompagné uniquement pour le paraître. Une marchandise que l’on exige de voir et de jauger avant d’imaginer une quelconque relation. Hiérarchisée à l’aide d’un classement fondé sur la beauté. Jeune surtout, car la femme doit pour ces hommes incarner la pureté, la candeur et l’innocence et jamais la liberté et l’indépendance. Au contraire, ces femmes-là dérangent, ces femmes qui choisissent ce qu’elles veulent faire de leur corps, qui se l’approprient. Kundera dépeint clairement cette volonté de l’homme de garder une emprise totale sur la femme.

L’homme, de son côté, est présenté comme orgueilleux et arrogant. L’homme est imbu de lui-même, de ses qualités intellectuelles. L’homme est intelligent, la femme est belle, ainsi est-ce ce que désirent les hommes de Kundera. L’homme est également sûr de ses qualités physiques, se croyant irrésistible. L’homme chasse et se sent fier de sa carrière érotique, succession de palmarès sans plus de saveur. Difficile dès lors d’imaginer un amour possible entre ces deux êtres quand un principe de domination semble être l’essence même de leurs rapports.

Ainsi Kundera présente-t-il une version du sentiment amoureux entièrement désillusionnée. L’amour n’est jamais véritablement sincère. L’amour n’est rien d’autre qu’une conquête, fondée sur une stratégie demandant un repérage, un abordage... L’amour est victime de la jalousie qui n’a de cesse de le salir, de le pervertir. Pourtant la femme est amoureuse, dans une attitude de don absolu. L’homme l’est également, amoureux de sa femme qu’il trompe outrageusement mais sincèrement amoureux. Kundera montre tout au long du recueil ce paradoxe constant de l’amour qui n’est qu’illogique. Mais il le montre également comme force de vie, d’existence. L’amour est celui que l’on interdit, que l’on s’interdit trop pris au jeu des masques dissimiuant son être, jamais fidèle à son identité que chaque personnage construit, modèle selon les nécessités. Alors ne jamais assouvir un amour devient le seul moyen pour ces personnages de le garder en vie, car lorsqu’on l’obtient, le rêve meurt avec cette envie enfin satisfaite et qui vient se mêler aux exigences du mensonge sur soi-même.

L’œuvre de Kundera, au-delà de son traitement cynique et teinté d’humour de l’amour, s’intéresse à un certain nombre de thèmes que l’on sent avoir une grande importance pour l’auteur. Tout d’abord, Risibles Amours s’inscrit dans un contexte historique et politique qui ressurgit clairement à la lecture de l’ouvrage. Le premier des thèmes émergeant est alors le communisme et la domination soviétique d’alors. Cette présence est exprimée de manière sous-jacente à l’aide de simples mots glissés rappelant une atmosphère réglementée parsemée de « camarades ». Le régime est régulièrement rappelé de manière anodine, à partir de détails indirects. On sent également une aversion pour la Russie à l’approche du Printemps de Prague avec de petites phrases assassines : « La vodka, ça pue l’âme russe ». Tout devient prétexte à s’affirmer pour échapper à cette domination presque coloniale et à cette emprise sur l’esprit. Ainsi, croire en Dieu devient également utilitaire, un moyen de rejet du régime.

De ce désir d’émancipation émerge naturellement la thématique de la liberté exprimée à plusieurs reprises par Kundera dans son recueil. Il met en œuvre une recherche constante de l’aventure, d’un petit quelque chose qui permettra de sortir de l’étau, de la voie tracée de l’uniformisation. Chaque fenêtre dans l’œuvre est symboliquement associée à une idée d’évasion. Les personnages des différentes nouvelles ont en commun d’être obnubilés par la recherche d’un moyen de laisser agir leur libre-arbitre, ce qui rappelle nettement le contexte de la Tchécoslovaquie en plein période de libéralisation.

Enfin, un dernier thème cher à Kundera est sans cesse évoqué comme une trame de fond, à savoir l’éternelle poursuite de la jeunesse. Pour les personnages, on sent que chaque instant est précieux, qu’ils sentent tous la vieillesse approcher ou les submerger, ce qu’ils cherchent à fuir par tous les moyens. La quête constante d’une jeunesse perdue passe alors par la conquête de jeunes filles afin de renouer avec l’enfance, le passé afin de le vivre à nouveau. Ils cherchent ce dernier vestige de la jeunesse en eux par le biais de l’insouciance, ce qui les conduit à des parcours amoureux chaotiques car la vieillesse c’est la stabilité tandis que la jeunesse ne pense pas à plus tard. Tout doit être dans l’immédiateté, sans réflexion, sans retour. Or ce désir d’éternelle jeunesse après laquelle ils courent tous n’est bien sûr jamais assouvi. On ne refait rien, on ne rattrape rien. Cela n’a d’ailleurs aucun sens d’essayer, de s’y épuiser en perdant le temps présent et à venir. La jeunesse de ce que l’on a été ne vit que dans la mémoire. L’unique moyen de la préserver est donc le souvenir, sur lequel il ne faut pas s’attarder.

Risibles Amours joue sans cesse avec un double sens déjà présent dans le titre lui-même. Ces amours sont risibles car les situations sont absurdes et comiques mais également parce que ces amours n’en sont pas et sont au contraire risibles, ridicules, dérisoires. Il est difficile au final de savoir après lecture ce qu’est l’amour ou ce qu’il doit être chez Kundera : un jeu permanent, une insouciance pour mieux se sentir vivre ? On peut également choisir de retenir qu’il n’est jamais acquis, qu’il faut chaque jour reconquérir l’être aimé et ce sans se laisser piéger par cette comédie incessante que la vie nous amène parfois à jouer. Il s’agit donc d’éviter ce piège, de rester maître de son existence, ce qui implique aussi d’accepter qui l’on est et devient, sans jeter de regard vain en arrière.


Leslie, AS bib 2011-2012

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

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Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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