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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 07:00


 Quelles questions les traductions et les différentes éditions posent-elles sur la nature de l’œuvre et son auteur ?


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« Une question insoluble » : la nationalité de l’œuvre

Une question insoluble : à qui, à quel corpus ou à quelle littérature cette œuvre, écrite pour moitié en tchèque et pour moitié en français, et cet auteur, qui a vécu la moitié de sa vie en Tchécoslovaquie et l’autre moitié en France, appartiennent-ils ?



Une œuvre tchèque ?

Kundera est né en Tchécoslovaquie où il a commencé à écrire et où sont nés ses huit premiers livres. On ne peut donc pas nier l’importance et l’influence de ce pays à l’Histoire si particulière. Le contexte politique fort a forcément touché Milan Kundera qui n’a pu ignorer dans ses romans  la situation d’après la Seconde Guerre mondiale avec la révolution communiste de 1948, le printemps de Prague soldé par l’invasion russe de 1968. De même, il ne faut pas minorer l’histoire culturelle du pays. François Ricard fait état d’un « climat d’effervescence et de créativité » dans l’entre deux-guerres puis après la guerre. Sa vision du monde mais aussi du roman porte la marque consciente ou non de ce pays. Il ne paraît donc pas faux d’affirmer que, par-là, Kundera est tchèque et que la littérature et la culture tchèques du XXe siècle se trouvent dans son œuvre comme le dit François Ricard dans la préface à l’édition de La Pléiade.



Une œuvre qui devient française ?

Kundera a d’abord vécu en Tchécoslovaquie jusqu’en 1975 où il arrive en France. Il y écrit alors toujours en tchèque sans pouvoir être édité dans cette langue.

Son départ pour le France est loin d’être la volonté pure de l’auteur. François Ricard parle d’un « déracinement brusque et progressif » ; en effet, un peu avant l’entrée des chars russes à Prague, Kundera est interdit de publication dans son pays. Pendant un vingtaine d’années, l’œuvre de Kundera « n’existe plus » en Tchécoslovaquie, « autant dire une éternité » comme l’écrit François Ricard.

Le renoncement au tchèque va donc d’abord être dû à l’actualité politique. « Le tchèque lui a été enlevé par l’Histoire ». D’où le fait que le tchèque cède peu à peu la place au français. Depuis les années 70, le français est la langue de la plupart des premières éditions de ses livres et les traductions françaises de ses œuvres tchèques sont revues et corrigés par lui. Il veut qu’elles « soient tenues pour aussi authentiques, aussi originales, en quelque sorte, que les originaux eux-mêmes ». Enfin, dès les années 1980 pour les essais et 90 pour les romans, le français devient l’unique langue d’écriture. De ce point de vue, on peut donc effectivement considérer Kundera comme un auteur français.

Mais l’œuvre n’appartient pas vraiment à l’Histoire et à la littérature françaises ; on ressent très peu voire pas du tout pour certains, l’influence du contexte sociologique, politique ou culturel dans les livres de Milan Kundera.

« Par rapport à la production littéraire française qui lui est contemporaine ou immédiatement antérieure, l’œuvre de Kundera, en effet, a quelque chose d’inexplicable, de complètement « étranger » », écrit François Ricard.

N’est-il donc pas réducteur de considérer Kundera comme un auteur tchèque ou français ? Est-il pertinent de considérer son œuvre sous l’angle de la nationalité ?

Kundera a été édité à partir de 1979 à Toronto dans une petite maison d’édition, 68 Publishers ; pour autant personne n’a dit ou écrit que cet auteur était canadien. La nationalité de la maison d’édition n’est-elle prise en compte que si l’œuvre connaît un grand succès ?



Un auteur universel ?

Lorsque Kundera quitte la Tchécoslovaquie pour la France, François Ricard parle d’un certain besoin de l’écrivain de dépasser les frontières, de trouver son espace, « de refuser les limites – et le confort – de son milieu national ou linguistique particulier – de son « petit contexte », comme dira l’auteur du Rideau ». L’œuvre de Kundera s’inscrirait donc dans un « espace transnational, translinguistique et transhistorique ».

L’influence du contexte socio-culturel tchèque n’est donc pas à négliger, comme nous venons de le voir, mais celui-ci est lui-même influencé par un mouvement européen. Le dynamisme artistique de l’entre deux-guerres est aussi dû à des artistes « férus de modernité et de cosmopolitisme et passionnément attachés à l’ « occidentalité » de leur pays, c’est-à-dire à son appartenance européenne et, par là, à sa vocation universelle ».

L’Europe comme berceau de l’œuvre de Kundera est une idée plaisante mais que l’auteur écarte plus ou moins quand il ne revendique qu’un seul titre, celui de « romancier ».



Finalement, François Ricard écrit que pour Kundera, son édition de la Pléiade confirme l’importance que l’auteur accorde à « l’existence française de son Œuvre », car c’est la publication d’une édition de référence qui serait acceptée. Cette notion d’« existence » pourrait être un bon qualificatif pour l’œuvre de Kundera, à condition que l’on accepte qu’une œuvre puisse avoir des existences multiples.



Une œuvre sans cesse remise en question et retravaillé par l’auteur lui-même

Le retour de Kundera sur son œuvre :
L’exemple de La Plaisanterie, une première « republication »

En 91, après la fin de l’occupation russe en Tchécoslovaquie, La Plaisanterie  est rééditée en Tchécoslovaquie. Pour renouer le contact avec ses lecteurs qui l’avaient « oublié » pendant vingt années, Kundera y ajoute une longue « Note de l’auteur ».

Dans cette note, Kundera précise quels écrits il ne veut plus republier : « ce qui est immature » (sa poésie, sa monographie sur Vladislav Vancura ou encore sa pièce Les Propriétaires des clés) et en second lieu, « ce qui n’est pas réussi » (sa pièce de 1966, Ptakovina, qu’il aime mais juge intraduisible, et trois nouvelles éliminées de Risibles amours), enfin « ce qui est seulement de circonstance » (« tous ses articles à l’exception de ceux qu’il a repris dans ses quatre livres d’essais ; il y a pourtant des textes connus – et applaudis – comme « Un Occident kidnappé ou la Tragédie de l’Europe centrale »). Milan Kundera restera intraitable sur ce point : il n’y aura pas de nouvelles publications de ces textes qu’il ne juge même plus comme partie intégrante de son œuvre.



La Pléiade : l’œuvre  de Kundera, une œuvre aboutie ?

Finalement, dans la Pléiade, ce ne sont pas les œuvres complètes de Kundera mais son Œuvre complète, au singulier, que l’on peut retrouver. L’œuvre qu’il a choisi de construire et de présenter au public. La mention « édition définitive » sur la couverture nous laisse penser que Kundera nous livre ici l’aboutissement de ses années d’écriture.

Le premier volume rassemble, dans l’ordre chronologique, son recueil de nouvelles et ses cinq premiers romans publiés entre 1967 et 2003. Dans le second sont rassemblés ses quatre derniers romans, sa pièce de théâtre et ses quatre derniers essais édités entre 1986 et 2009.



Cependant, Kundera a toujours défendu l’idée que la maturité d’un écrivain consiste aussi en sa capacité à revenir sur ses anciens écrits, à corriger et même à « renier » certains d’entre eux. En effet, Kundera est un auteur adepte de la correction et du retour critique sur ses œuvres. Même après sa publication, il considère que chaque roman est perfectible. François Ricard, dans sa préface, explique que l’auteur fait souvent des retouches concernant le vocabulaire, la syntaxe, mais aussi la ponctuation et parfois la suppression d’une phrase ou d’un paragraphe. Les ajouts sont rares. Le but de ces corrections serait pour l’écrivain de rendre l’œuvre « exacte ». On ne peut pas réellement parler de réécritures puisque les corrections n’affectent ni le contenu ni la signification, ni même le style des textes.

Mais la publication de la Pléiade se veut aussi définitive que possible : Kundera ne pourra pas revenir sur la table des matières ni sur la disposition des chapitres et paragraphes.

Pour les huit livres d’abord écrits en tchèque, c’est la traduction des éditions Gallimard que Kundera a révisée et qu’il tient pour tout aussi « authentique » que leurs versions originales, sinon davantage comme il le dit parfois. Ce sont donc les réimpressions les plus récentes qui sont ici rassemblées sauf pour Une Rencontre (collection « Blanche » 2009),  Jacques et son maître (Folio, 2008), Les Testaments trahis (2009) et Le Rideau (2006)] mais relues et parfois amendées par l’auteur lui-même en vue de cette édition de la Pléiade.



À propos des variantes :

« La volonté esthétique se manifeste aussi bien par ce que l’auteur a écrit que par ce qu’il a supprimé ».

 « Publier ce que l’auteur a supprimé est donc le même acte de viol que censurer ce qu’il a décidé de garder », Les Testaments trahis.



Pas d’apparat critique, pas de relevé de variantes, pas de notes explicatives parce que cette édition n’est pas destinée aux spécialistes mais aux simples lecteurs et parce que c’est la volonté de l’auteur.



À propos des notes et du paratexte :

Pour Kundera, tout ce qui doit éclairer l’œuvre est dans l’œuvre elle-même : il a un réel souci de précision dans son texte. C’est pourquoi il interdit explicitement toute édition « annotée » de ses livres.

L’auteur a aussi refusé une biographie ou même une chronologie de sa vie par pudeur mais aussi par hostilité « envers des biographies réductrices et inexactes ».

À la fin de chaque œuvre, dans La Pléiade, on peut trouver une « biographie de l’œuvre » : cela traduit l’idée que les livres ont chacun une histoire et un destin.

Ces trajectoires d’œuvres ont un triple but : relater les circonstances (historiques, littéraires ou même personnelles) de la naissance du livre à sa fixation définitive dans la Pléiade, « éclairer la signification du livre dans l’évolution de son esthétique romanesque et le situer dans l’ensemble de son Œuvre », mais aussi retracer l’Histoire éditoriale des ouvrages avec ses traductions, ses critiques, les débats et les influences.



Conclusion

La Pléiade ne permet pas de répondre à la question de la nationalité de l’œuvre ni de prétendre, à mon avis, qu’il s’agit de l’œuvre définitive de Kundera. Il paraît un peu aberrant de dire : « voilà, c’est l’œuvre française de Kundera ». Cet auteur a toujours eu une œuvre en mouvance avec son lot de suppressions, de reniements et d’ajouts. La Pléiade ne semble être que l’œuvre de Kundera aujourd’hui. La richesse de l’histoire éditoriale de l’auteur mais aussi de ses œuvres montre l’évolution et la reconnaissance de Kundera mais aussi son intransigeance et sa conception précise de ce qu’est une œuvre. À ce titre, ces deux ouvrages de la Pléiade ont une saveur particulière mais sera-t-elle durable ?


Émilie, 2ème année Éd.-Lib 2011-2012

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

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Articles de Mado et d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Emilie
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