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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 07:00

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Milena Agus
Mal de pierres
Trad. de l’italien
par Dominique Vittoz
Liana Levi, 2007
Le livre de poche, 2009



 

 

 

 

 

 

 

Introduction

Milena Agus, dans Comme un funambule,  postface à la suite de Mal de pierres, a déclaré ne pas être écrivain ; pour elle, écrire serait plutôt un remède, nécessaire à sa survie et à son épanouissement personnel ; elle ne semble pas rechercher le succès et se moque de plaire ou non mais par chance, ses romans et nouvelles plaisent au grand public et ses écrits sont traduits aujourd’hui dans plusieurs langues.

Dans un récit où se mêlent fiction et réalité l’auteure nous livre une partie de sa vie, un récit presque historique, poignant et touchant, celui du mal de pierres…



Structure du roman

Ce roman est assez court puisqu’avec la postface, il fait 152 pages. Il est composé de vingt chapitres dont le plus court fait une dizaine de lignes. La plupart racontent l'histoire de la grand-mère de la narratrice ; cependant, quelques-uns sont entièrement dédiés à des personnages secondaires. Certains chapitres très courts sont consacrés à la narratrice qui livre ses sentiments et impressions. À la fin du roman, et pendant une dizaine de pages, l'auteure revient sur son expérience et confie son ressenti par rapport à l'écriture.

Les chapitres ne sont pas nécessairement placés dans un ordre chronologique puisque dans un chapitre nous pouvons très bien être dans le présent et dans le suivant retourner en arrière, plonger au cœur des années 50.

Comme l'auteure/narratrice est très attachée à sa terre d’origine, nous trouvons, parsemées dans le récit, des phrases et expressions écrites en italien qui sont signalées par l'emploi de l'italique. Le choix de l’auteure et du traducteur pour la retranscription de ces phrases en italien prend deux formes : soit nous trouvons des notes de bas de page qui nous donnent la traduction exacte des expressions, soit les expressions sont écrites en français juste à côté, séparées de l’italien par une virgule.

A l'intérieur des chapitres, nous trouvons de larges sauts de paragraphes qui peuvent nous indiquer soit des ellipses temporelles soient des temps de réflexion apportés par la narratrice.

L'écriture est fluide et essentiellement composée de phrases courtes ou très ponctuées. C’est une écriture du souvenir.



Un récit aux multiples facettes, points et personnages clés.

C’est au cœur d’un récit de vie, d’un récit de famille, que nous entraîne Milena Agus. Ce roman, est riche en histoires complexes qui se croisent et se mêlent. Il y a d’abord et principalement l’histoire d’une grand-mère, jamais nommée, puis celle de son fils, de sa belle-fille, de la mère de la belle-fille, des grands-pères, de l’amant de la grand-mère et de la petite fille, qui écrit cette histoire.


La grand-mère

L’histoire de la grand-mère de la narratrice est le fil conducteur de ce roman.
 

 

C'est l'histoire d'une jeune femme qui n'a jamais connu l'amour. Sa famille la croyait folle. Jeune femme assez torturée qui, dès que quelque chose ne lui plaisait pas, piquait des crises de colère et de folie intenses, déchirait tous ses travaux artistiques et ses tapisseries, se coupait les cheveux très court ou allait jusqu'à tenter de se donner la mort.

Le contexte dans lequel cette histoire est située nous montre à quel point il était très mal vu pour une jeune femme à l’époque d’être dépressive et de ne pas être mariée.
 

 

Quelque part la seule chose ayant sauvé cette jeune fille est l’entrée en guerre de l'Italie qui a empêché sa famille de la faire interner dans un hôpital psychiatrique.

 

Après de nombreux échecs amoureux elle a fini par rencontrer un homme qui l’a épousée pour sa dot. Elle a accepté sa demande, plus par obligation et par devoir que par amour, et n'a jamais rien éprouvé pour cet homme avec qui elle a cependant entretenu des relations sexuelles plutôt complexes.

La grand-mère de la narratrice a rejeté toutes les marques d'affection de son mari pendant de nombreuses années. N'arrivant pas à faire d'enfants à cause de problèmes de calculs rénaux (d'ou le titre du roman Mal de pierres) elle est partie en cure thermale où elle a rencontré un homme nommé « le rescapé ».

L'auteure, la petite fille, décrit pendant de longues pages la relation qu’a entretenue sa grand-mère avec cet homme pendant sa cure. C’est dans le récit le seul instant de bonheur que la grand-mère semble avoir vécu mais il ne fut qu’éphémère.


Cette grand-mère est décrite comme quelqu'un de rongé par le remords, qui passe sa vie à être insatisfaite des choses qu'elle possède mais qui en a conscience, qui le regrette, qui aimerait changer sa vie mais n'y arrive pas.

La seule chose dont elle est fière est son fils qui pourtant ne lui a jamais réellement donné d'affection alors qu'elle a tout sacrifié pour lui.

La vie réelle de cette femme est révélée au travers de ses écrits qu’elle consigne soigneusement dans un petit cahier. C’est ce petit cahier, trouvé à la fin du roman par sa petite fille, qui lèvera les zones d'ombres sur la vie de la grand-mère et nous révélera la vérité qui est finalement bien différente du récit passé…



Le grand-père

Ayant épousé la grand mère de la narratrice pour sa dot, initialement, il semble avoir un bon fond. Avant d’être avec elle, il avait une famille qui a péri à la suite de la guerre. Il est plutôt attentionné bien qu’il soit incapable de dire à sa femme s’il l’aime ou non. Habitué des bordels, il a, à la demande de son épouse, arrêté de fréquenter ce genre d’établissement en échange de quoi il économisait de l’argent. Sa femme en contrepartie s’est pliée pendant des années à des sortes de jeux de rôle sexuels, effectuant diverses « prestations » comme elle le dit, semblables à celles de prostituées dans les maisons closes.



Le rescapé

Le rescapé est le nom donné à l’amant de la grand-mère qu'elle a connu en 1950 pendant sa cure. Il est présenté comme un personnage presque héroïque, avec une jambe de bois, ayant survécu à la guerre et à ses horreurs. C’est un poète tendre et à l'écoute de la jeune femme qui avait besoin qu’on l’écoute justement. La narratrice va même jusqu'à penser que le rescapé était peut-être son grand-père et elle se plaît à imaginer que le rescapé ayant participé à la guerre participe à l'honneur de sa famille. On ne sait pas grand-chose de lui au final si ce n’est qu'il habite à Milan, qu'il a une femme et une fille. Le rescapé a hanté les souvenirs et l'imagination de la grand-mère de la narratrice qui, lors d'un voyage à Milan, a sombré dans le chagrin ne retrouvant pas son amant passé. Les dernières lignes du roman nous dévoilent cependant une nouvelle facette du rescapé qui est bien différente de celle décrite par la grand-mère et par la narratrice.


Les parents de la narratrice

Les parents de la narratrice sont des musiciens, son père est le fils de l’héroïne du roman. Il se passionne pour la musique et plus particulièrement le piano alors que sa femme joue de la flûte.

On apprend que le père de l'auteure a toujours été en admiration devant son propre père alors que c'est sa mère qui a sacrifié beaucoup de choses pour lui, notamment en travaillant durement pour permettre l'achat d'un piano.

La mère de la narratrice, quant à elle, est décrite comme quelqu'un d'assez fantasque, plutôt légère. Elle ferait n'importe quoi pour son mari et le suivrait à l'autre bout du monde. Elle possède cependant une histoire personnelle puisqu’elle part avec son mari à la recherche de ses origines et de son père qu'elle n'a jamais connu.


Madame Lia

Il s'agit de la grand-mère maternelle de la narratrice. On ne sait pas grand-chose d’elle si ce n'est qu'elle déteste tout ce qui se rapporte à l’art, à l'écriture et à la littérature. On apprend cependant au fil des pages à connaître ce personnage à travers son passé. Lorsqu'elle était jeune elle aimait écrire des poèmes mais elle est tombée amoureuse d'un homme marié qui avait déjà une fille. Elle a eu une aventure avec lui, est tombée enceinte (de la mère de la narratrice) et a dû fuir sa famille pour ne pas leur faire supporter la honte d'une grossesse sans père. C’est à partir de ce moment qu’elle a vécu dans une grande pauvreté et qu’elle s’est mise à détester tout ce qui concernait l’art. Lorsque l'on comprend son lourd passé, le personnage décrit comme plutôt antipathique dans les chapitres précédents semble regagner toute son humanité. C’est une prise de conscience qui semble avoir lieu en même temps que celle de la narratrice sur la véritable nature de sa grand-mère. Après sa mort, sa fille est partie à la recherche de son père, un ancien berger ayant travaillé pour sa famille. Elle a appris qu'il s'était donné la mort par amour pour sa mère.


La narratrice

C’est elle qui écrit l'histoire et c'est à travers ses souvenirs et ce que lui a raconté sa grand-mère qu'elle peint dans ce livre un tableau familial. On ne sait pas grand-chose d’elle non plus si ce n’est qu'elle est très attachée à la Sardaigne, en particulier à l'appartement de la rue Mano où elle a pris soin de sa grand-mère avant son décès et où elle a grandi. C'est une jeune fille qui va se marier avec son premier amour, elle pense que si sa vie est si facile aujourd'hui c'est parce que sa grand-mère a contribué à son équilibre en subissant beaucoup de choses assez difficiles à vivre ; elle lui en est reconnaissante.  C'est un personnage qui semble très attaché à ses racines, qu'elles soient familiales ou géographiques, et bien que son histoire ne soit pas directement abordée, elle est présente dans chacune des lignes du roman grâce à des réflexions et des sentiments personnels exprimés avec plus ou moins d'intensité. La découverte du cadavre de sa grand-mère a été pour elle une étape rude, c'est une jeune femme forte qui porte de lourds secrets familiaux car elle connaît toute l'histoire de sa grand-mère depuis qu’elle a trouvé son cahier rouge, sorte de  journal intime... Elle apprend à la fin du roman la vérité sur l'histoire de sa grand-mère et semble alors libérée d'un poids ; pour elle, l'avenir est devant et sans oublier le passé, elle croit en la magie de l'amour.



Un témoignage historique/ géographique

Enfin je dirai que ce livre possède des dimensions historique et géographique. La narratrice explore systématiquement les environs de la ville ou elle a grandi et qui sont décrits  très précisément, ainsi que l'environnement dans lequel vivait la grand mère de la narratrice, de la rue aux lieux de vacances. Les villes italiennes y sont décrites avec beaucoup de précision et de passion et l'identité sarde est très fortement représentée.

Ce roman est également un témoignage historique très fort car nous pouvons pratiquement vivre comme si nous y étions, via les souvenirs de la grand mère, l’entrée en guerre de l'Italie lors de la Seconde Guerre mondiale, la signature de l'armistice, les batailles, les fêtes et la période de la reconstruction. À travers la narratrice nous avons aussi un aperçu du monde contemporain avec la mise en avant du conflit entre l'Irak et l'Amérique.

C'est un récit attaché à la terre et à la famille, aux mœurs et coutumes géographiquement situées et historiquement datées.



Analyse personnelle

Pour conclure, je dirai que ce livre est un témoignage poignant de réalité, une belle histoire de famille et une histoire pour tous les amoureux de fiction et de belle écriture qui pourront se retrouver en quelque sorte dans chacun des personnages décrits ici. Puisque dans ce roman, ce qui semble être le plus important à retenir est qu’il est indispensable de vivre avec de l'amour et qu’écrire est le remède à tous les maux.


Aurélie S., 2e année bib.-méd.

 

 

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