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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 07:00

Kenji Miyazawa Les Fruits du gingko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIYAZAWA Kenji
Les Fruits du Gingko
Traductrice : Hélène Morita
Ed. Le Serpent à plumes
Collection « Motifs », 2006




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant de goûter Les Fruits du gingko...

Kenji Miyazawa (1896-1933) est un des plus grands écrivains japonais du vingtième siècle. Il renouvela en profondeur la poétique japonaise, créa un vocabulaire entièrement nouveau, utilisant à merveille rythmes et sonorités. Il est l'auteur de plus d'une centaine de contes, de milliers de poèmes.

Il vécut à Hanamuki, dans le nord du Japon. Ingénieur agricole, il consacra sa vie à l'amélioration des conditions de vie des paysans.

Fervent bouddhiste, il concevait la littérature comme une mission.

Son œuvre, quoique inclassable, fait désormais partie des classiques. La grande majorité de l'œuvre de Miyazawa a été publiée à titre posthume et il est actuellement reconnu par la critique comme l'un des auteurs les plus plus au Japon.

Musicien, scientifique et mystique, poète et militant, il disait : « ...Poètes nouveaux : l'énergie renouvelée, transparente, prenez-la des nuages, de la lumière, des tempêtes... »

( Source : Wikipédia)

 

 

 

En dégustant Les fruits du gingko...

Un recueil sous forme de fables

Ce recueil de nouvelles est composé de divers textes, dont la nature n'est pas toujours uniforme. Cependant, ils ont pour point commun de se rapprocher du genre littéraire de la fable. Rappelons que cette dernière se définit comme un texte en vers ou en prose se rapprochant de l'allégorie animale à des fins didactiques et morales. Miyazawa utilise la fable pour transmettre à ses lecteurs sa pensée de manière subtile. En lisant ce recueil, j'ai pensé à un autre fabuliste célèbre, mais issu d'une culture bien différente de celle du Pays du soleil levant : Jean de La Fontaine. Celui-ci définissait ses fables en ces termes : « En ces sortes de feintes; il faut instruire et plaire. »

Miyazawa utilise les caractéristiques de la fable, afin de donner un aspect plaisant et divertissant à ses textes. Les protagonistes sont des hommes, des animaux, des végétaux ou encore des créatures fabuleuses (farfadets, dragon). L'allégorie animale lui permet d'avoir recours à un anthropomorphisme traditionnel, qui participe d'une visée morale où l'homme est le premier concerné.

Autre élément de la fable, le lyrisme personnel parcourt l'œuvre. Par le biais de descriptions savoureuses, l'auteur donne à voir son sens aigu de l'observation. Par exemple, dans la nouvelle La biographie de Nénémou Pène-nène-nène-nène-nène, l'auteur brosse le portrait doux-amer d'une créature difforme, Fukujiro, que son physique oblige à se corrompre pour vivre.

La satire fait également partie des traits d'écriture de Miyazawa. La critique politique, sociale, religieuse et idéologique n'est jamais bien loin. L'humour demeure pour l'auteur une manière de voir le monde et d'en relativiser les problèmes. Ainsi, dans la nouvelle Les trois diplômés de l'école du blaireaux, la raillerie et l'avarice sont pointés du doigt sur un ton humoristique. Le personnage de l'araignée s'enorgueillit d'être nommé « vice-président de l'Assemblée Insectes et Larves », nomination grotesque par excellence. Quant à la première toile qu'elle tisse, elle est comparée à une pièce de monnaie, dont la taille ne cessera de croître, reflétant la soif de richesse de l'héroïne.

Toute fable a pour visée de délivrer un message, qu'il soit explicite ou sous-jacent. Miyazawa ne déroge pas à la règle, mais choisit de laisser au lecteur la libre interprétation de ces nouvelles. Dans ces récits, on peut voir une illustration de la vie plutôt qu'une morale clairement établie, comme le faisait La Fontaine en son temps. L'œuvre traduit ainsi un souci d'élégance et de réflexion.



Une œuvre marquée par la spiritualité

Le recueil de Miyazawa reflète ses croyances, liées à sa culture d'origine, qu'il s'agisse du shintoïsme ou du bouddhisme.


Le Shinto ou l'irruption du surnaturel dans le récit.

Le Shintoïsme est une religion polythéiste et animiste du Japon. Selon cette pensée, les Japonais considèrent que chaque élément du monde (Nature, animaux, hommes, etc.) possède une âme. Dans une société agricole, fondée sur la culture du riz, rien ne peut exister sans une unification et une harmonie parfaite parmi les éléments de cette terre ( montagnes, fleuves, etc.). L'auteur vécut à Hanamuki dans le nord du Japon. Ingénieur agricole, il connaissait bien le monde rural qui l'entourait.

Dans le recueil de nouvelles, l'auteur évoque les esprits, que l'on nomme traditionnellement « kamis »au Japon. Ils sont surtout représentés dans la nouvelle La biographie de Nénémou Pène-nène-nène-nène-nène, où ils sont présents partout : dans la Nature (esprits-céréales, esprits-verts de la forêt, esprits-châtaigniers), dans les éléments (esprit-ciel), dans la nourriture (esprit-pain, esprit-piments), chez les hommes (paysanne-esprit, esprits-serviteurs, esprit-grand-père-chauve). Toujours dans cette nouvelle, l'auteur décrit le monde des esprits en ces termes :

« Par milliards, les esprits passaient, se croisaient, allaient et venaient, se formaient et de désintégraient, s'unissaient et fusionnaient, reproduisaient leurs gestes : c'était véritablement impressionnant. »


Le Bouddhisme Nichiren

Kenji Miyazawa fut influencé par la secte bouddhique Nichiren. Créée par un moine bouddhiste qui vécut au Japon au treizième siècle, cette philosophie de vie affirme que chaque personne a le pouvoir de surmonter toutes ses difficultés, de créer des valeurs et d'avoir une influence positive dans la société et dans le monde. Cette pensée optimiste parcourt les textes de Miyazawa. Elle est perceptible dans la nouvelle, dont le titre se rapproche de celui du recueil, Les enfants-fruits du gingko. Cette nouvelle raconte l'entrée à l'âge adulte des enfants-fruits d'un arbre, le gingko. Elle retrace leurs espoirs, leurs visions fantasmées de l'avenir et se termine par l'envolée des enfants-fruits, qui quittent le giron familial, à la grande tristesse de leur mère. Ainsi, en accord avec la pensée Nichiren, les enfants-fruits parviennent à surmonter leur appréhension et à quitter leur mère.

Autre aspect du bouddhisme Nichiren, l'éternité de la vie est aussi évoquée dans les textes de Miyazawa. Selon cette spiritualité, l'univers est comme une vaste entité vivante, dans laquelle les cycles de vie et de mort individuels se répètent dans discontinuité. La nouvelle Les trois diplômés de l'école du blaireau, illustre bien cette pensée. Cette nouvelle est structurée en différentes parties. À la fin de chacune d'entre elles, l'auteur donne une description des différents cycles de vie et de mort des abeilles. Il affirme ainsi sa conception circulaire du monde auquel il appartient, à l'image de chaque élément naturel.

Autre principe du bouddhisme, la non-dualité de la vie et de l'environnement est aussi présente dans les nouvelles de Miyazawa. Selon la pensée Nichiren, la vie et l'environnement sont inséparables. Les lys de Gadolf traduisent bien cette croyance de l'auteur, en mettant en scène un narrateur-héros, qui perçoit la Nature à travers le prisme déformant de ses émotions et de ses désirs. Lors d'un orage, la vision du narrateur prend le dessus sur la réalité du monde qui l'entoure, donnant ainsi naissance à une description instable du monde qui l'entoure.



Une écriture poétique

La force des textes de Miyazawa tient aussi à la qualité de son style, qui oscille entre onirisme et écriture poétique.

Les récits de Miyazawa s'apparentent souvent à des rêves éveillés. Ainsi, dans la nouvelle Histoires de farfadets, l'auteur raconte les différents tours que jouent ces créatures surnaturelles aux hommes. Le narrateur exprime ses doutes de cette manière : « Est-ce que c'était un rêve ? Je suis sûr que tout cela est arrivé pour de vrai. » Avec la nouvelle Le jeune Écho, le récit est encore très proche du rêve éveillé. La description volontairement mouvante ainsi que les modalisateurs donnent un caractère incertain à la scène, qui nous est décrite. En réalité, cette nouvelle s'apparente à une parabole, destinée à nous expliquer de manière poétique le phénomène de l'écho, personnifié dans ce récit.

L'écriture de Miyazawa se distingue par son aspect poétique, très présent dans le recueil. L'écriture, riche en images, par le jeu des nombreuses comparaisons, métaphores et allégories, devient le moyen pour le poète d'accomplir une présence au monde et d'en rendre compte.

Autre aspect poétique, l'auteur insère souvent dans ses textes des poèmes et des couplets de chanson. Dans la nouvelle Le dragon et le poète, le chant de l'animal fabuleux est le suivant :

« Ce chant, le vent le chante

Les nuages le reprennent

Les vagues en résonnent

Et Sūrudatta l'entonne à l'instant

À sa semblance deviendront les étoiles,

Les pays s'y conformeront,

Dans le monde de demain,

S'accomplira la vérité,

L'ébauche du vrai, du beau,

En prophète tu l'as tracée et bientôt,

Le monde suivra tes plans, toi,

Grand Sūrudatta ! »


L'auteur japonais se plaît également à utiliser plusieurs couleurs , ce qui donne un côté pictural et poétique à ses écrits. On le perçoit notamment dans la nouvelle Tanéli :

« J'ai rapporté d'en haut de la montagne des tiges de glycines bleues

...vent de l'ouest Gosské, vent du nord Kasské...

J'ai rapporté d'en haut de la falaise des tiges de glycines rouges

....vent de l'ouest Gosské, vent du nord Kasské... »

etc.



En route vers d'autres fruits semblables à ceux du gingko...

Si vous cherchez des œuvres proches de celle de Miyazawa, je vous propose de découvrir celles du dessinateur de mangas et réalisateur de films d'animation Hayao Miyazaki, mondialement connu. A l'image des Fruits du gingko, vous trouverez dans ses œuvres (Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro, Le château ambulant) les thèmes suivants : la relation de l'humanité avec la nature, la croyance aux esprits ou kamis, etc.

C'est un discours de la gaieté que nous livrent Miyazawa comme Miyazaki dans leurs œuvres, en adéquation avec leurs croyances respectives (animisme, bouddhisme).

 

 

Jule S., A.S. Bib.-Méd.

 

 

 

MIYAZAWA Kenji sur LITTEXPRESS

 

Kenji Miyazawa Les Fruits du gingko

 

 

 

 

Article d'Agnès sur Les Fruits du Gingko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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