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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 07:00

Mizuki-Shigeru-Moi-la-mort-et-kappa.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIZUKI Shigeru
水木 しげる
Moi, la mort et Kappa
Traduit du japonais par
Nathalie Bougon
et Victoria-Tomoko Okada
 éditions Cornelius, 2011




 

 

 

 

 

 

 

 

Une maison perdue au milieu d’une forêt japonaise, un chat qui parle et un messager de la Mort qui lit le journal des Enfers… Quoi de plus normal ? Lorsque je commence à lire Moi, la mort et Kappa, je plonge tout de suite dans un univers rocambolesque, absurde, mystérieux et fantastique. J’ai presque l’impression de voir une scène du quotidien lorsque, dès la dixième page, je rencontre un squelette à lunettes qui boit tranquillement son thé en face d’un chat volubile. Scène de ménage ? Dispute ? Ces deux-là attendent tout simplement Sampeï, le héros de notre histoire. L’un – le messager de la Mort – rêve de chaparder l’âme de ce gosse, tandis que l’autre espère ardemment voir déguerpir ce vil sac d’os.

Les premiers mots sont jetés et l’ambiance posée. Nous sommes entre le réel et l’irréel, et l’histoire s’annonce particulièrement absurde. Les cases défilent et je me retrouve rapidement en face de Sampei qui discute – comme si de rien n’était – avec un type étrange. Non content de s’appeler le Vieux Sans Odeur, ce gars affirme à notre héros qu’il cherche à atteindre la Voie du pet… Je reste quelques instants devant la case où le vieil homme confie cela à Sampei… « Mais qu’est-ce que c’est que ce bouquin ? Dans quoi je me suis lancé ? » Curieux de connaître la suite des événements, je laisse filer les cases, glisser les pages, et je ne peux plus m’arrêter. Concours de pets interracial – entre fantômes, humains et  Yōkaï –, vol d’anus – si, si –, explosion et feux d’artifice, quarante pages passent et je n’en reviens pas. Ce livre est complétement déjanté ! Tout au long du manga, Sampei enchaîne les aventures, rencontre le dieu des arbres, tombe amoureux d’un fantôme, découvre une étrange cité où les êtres humains se transforment petit à petit en chats… À chaque page, je plonge un peu plus profondément dans l’imaginaire japonais.

 

 

Complètement farfelu, cet ouvrage se fonde sur de nombreuses croyances nippones et nous permet de découvrir un univers merveilleux qui n’en finit pas de surprendre. Shigeru Mizuki, l’auteur, nous propose un voyage initiatique au sein des mythes japonais. Ce n’est plus Sampei qui rencontre tous ces Yokaï et monstres étranges, mais le lecteur, qui ne peut que s’identifier à ce petit héros naïf mais débrouillard.

Ainsi au détour d’une forêt, nous rencontrons Kappa, un être imaginaire vivant normalement dans les marécages japonais, réputé pour attirer des jeunes filles au fin fond d’une eau trouble dans le but de leur voler leur vertu.

 



 

De nombreuses créatures apparaissent sur le chemin de Sampei : des belettes anthropomorphes, des dieux, des démons de l’enfer, des chats civilisés. Nous retrouvons beaucoup de personnages de l’imaginaire japonais Le-voyage-de-chihiro.jpgmais aussi des situations qui font partie du légendaire nippon : Par exemple, la Mort se lance un jour dans un trafic de cochons qui s’avèrent être en réalité des êtres humains transformés en animaux. Ce type de situation se retrouve dans d’autres œuvres tels que le Le voyage de Chihiro, produit par les Studio Ghibli. Dans ce film, les parents de la jeune héroïne, Chihiro, sont transformés en cochons après avoir abusé d’une nourriture destinée à des Yokaïs. Sampeï rencontre de même une mère de famille, transformée en énorme araignée parce qu’elle avait tenté de pénétrer un univers sacré appartenant à des arachnides peu aimables. Nous retrouvons ici la relation étroite entre l’imaginaire et le quotidien : la peur de passer de l’autre côté, la nécessité de dissocier le monde des démons de celui des humains, tout en sachant que la frontière entre ces deux univers est perméable. Au fil des pages, nous réalisons un voyage d’autant plus divertissant qu’il est didactique : « Partez avec moi découvrir l’Autre Monde », nous propose Shigeru Mizuki.
Mizuki Shigeru Moi lamort-et-kappa-3
Si Sampeï reste le personnage principal de l’histoire et représente l’être auquel le lecteur pourrait s’identifier, une autre créature est très importante au sein de ce manga : le messager de la Mort. Tour à tour, il nous attendrit puis nous dégoûte : lui qui voulait tout d’abord tuer Sampei tente de lui redonner forme humaine lorsque notre héros se retrouve réduit à l’état d’insecte. Plus tard, ce bon vieux squelette se met en tête de cultiver un champ avec sa femme et de prendre sa retraite. Cela ne l’empêche pas de toujours jouer des tours ou de vouloir terrifier les passants qui le frôlent de trop près. Comique et terrible à la fois, ce personnage est un élément clé de ce manga. En effet, dès le début, il est annoncé que Sampei doit mourir, et cela suffirait presque à justifier la présence de ce démon : « Le messager de la Mort, déterminé à emmener le garçon au royaume de la Mort, attendait son retour. » Si nous voyageons avec Sampeï, la Mort n’est jamais très loin. Et pour cause ! Il est dangereux de se hasarder dans le monde des esprits, de vouloir devenir l’ami des Yokaï parfois peu scrupuleux. L’âme aventureuse de notre héros le conduira d’ailleurs à sa perte puisque, cent pages avant la fin du manga, Sampeï meurt en tombant d’une falaise, alors qu’il fuyait le royaume des chatsdans lequel il avait pénétré sans permission. Censées être dramatiques, même les conséquences de cette mort sont absurdes, comiques et touchantes. Pour éviter que la mère de Sampeï soit triste, son ami le Kappa se déguise et prend sa place… Il est difficile pour ce Yokaï de s’acclimater aux us et coutumes des êtres humains et le quotidien dérape rapidement…Mizuki Shigeru Moi lamort-et-kappa-2

 

 

 

Si vous aimez les légendes, l’absurde, les mythes en tout genre, il est fort probable que vous aimiez ce manga. Réelle initiation à l’imaginaire japonais, Moi la mort et Kappa vous entraînera au plus profond des marécages et forêts japonais, au plus profond des croyances de cette île montagneuse. Vous serez peut-être d’abord surpris par le trait simpliste de Shigeru Mizuki : Les têtes ne sont que des ovales hasardeux percés de grands yeux ronds et surmontés de cheveux en pics. L’aspect parfois brouillon ou enfantin de ce dessin n’empêche pas, pourtant, de se laisser emporter par l’histoire de ce manga. Au contraire, le trait quelquefois incertain de Shigeru Mizuki ajoute un peu de poésie et de magie et rappelle que nous nageons en plein délire, en plein rêve.


 
« Shigeru Mizuki est né le 8 mars 1922 à Sakai-minato, petite ville côtière du sud-ouest du Japon. Il connaît là une enfance libre et heureuse, période faste dont il s'inspirera à de nombreuses reprises dans ses mangas. »  Lire la suite de sa biographie sur  le site des éditions Cornelius, qui ont publié l’ensemble des traductions françaises de ses œuvres.
 
 
Adrien, 2e année Éd.-Lib. 2010-2011


Shigeru MIZUKI sur LITTEXPRESS

 

shigeru mizuki kitaro le repoussant

 

 

 

 

 

 

 Articles d'Aurélie et de Nathalie sur Kitaro le repoussant

 

 

 

 

 

 

SHIGERU MIZUKI YOKAI 1

 

 

 

 

 

Article de Karine sur le Dictionnaire des yokai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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