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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 07:00

mo yan les treize pas-copie-1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MO Yan

Les Treize pas

Titre original : Shi San Pu
Traduit du chinois par Sylvie Gentil
éd. du Seuil, coll. Points, 1995,



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur, de son vrai nom Guan Moye, est né en 1955 en Chine. De famille paysanne pauvre, il est vite dé scolarisé pour travailler dans les champs avec ses parents. Après avoir été soldat dans l'armée chinoise de libération, il rentre en 1984 à l'Institut des Arts de l'Armée de libération.

 

« Elle disait donc que cela porte bonheur de voir un moineau marcher : son premier pas est gage de fortune, le deuxième de pouvoir, le troisième de succès auprès des femmes, le quatrième assure la santé, le cinquième la gaieté de l'esprit, le sixième la réussite, le septième la sagesse suprême, le huitième une épouse fidèle, le neuvième la gloire éternelle, le dixième la beauté physique, le onzième ravissante épouse et le douzième une femme et une maîtresse qui vivent en harmonie comme deux sœurs. Mais attention, jamais il ne faudrait le voir en faire un treizième, si jamais il avance d'encore un pas, le sort va s'inverser, et toutes ces bénédictions se transformer en malédictions qui s'abattront sur ta tête ! » (p 318)

Dans Les Treize pas, quatre personnages aux destins croisés tentent de survivre dans la société chinoise nécrosée des années 1980. Les deux hommes, Zhang Hongqiu et Fang Fugui, sont professeurs de physique au lycée n°8. Suite à l'évanouissement de Fang Fugui en plein cours, ce dernier est considéré comme mort par sa hiérarchie qui saisit cette occasion pour l'ériger en martyr et attirer l'attention des autorités gouvernementales sur le sort tristement laborieux des professeurs. Or, il n'est point mort mais, par fidélité et solidarité envers ses collègues, il se laisse passer pour mort. Il finit par s'échapper du funérarium pour aller retrouver sa voisine, Li Yuchan, esthéticienne dans la célèbre morgue appelée « Joli monde », qui va finir par l'opérer et lui construire le visage de son propre mari qui n'est autre que Zhang Hongqiu.


Du Xiaoyingest, la dernière protagoniste de l'histoire, est la femme ou plutôt la veuve de Fugui qui est métissée russe et originellement professeur de cette même langue. Or cette dernière n'étant plus au goût du jour du fait de la rupture de la Chine avec l'URSS de Staline, elle s'est reconvertie comme « dépiauteuse » de lapins dans la conserverie du lycée n°8. Elle est inconsolable de la mort de son mari et ne le reconnaîtra jamais. Zhang, quant à lui, fort d'avoir trouvé inopinément un remplaçant pouvant assurer ses cours au lycée, décide de se lancer dans le trafic de cigarettes pendant que sa femme revend des morceaux de cadavre (dont celui de son ex-amant et accessoirement ex-beau-père) au gardien du zoo en échange de morceaux de viande très chers sur le marché.  Tout ce petit monde va voir sa destinée basculer vers l'horreur, la mort, l'incompréhension, l'inévitable, sur fond de société chinoise en pleine mutation industrielle et de plus en plus sclérosée.

Le livre possède une construction narrative assez complexe. A certains moments, c'est le narrateur qui nous parle de façon objective et omnisciente ; puis il raconte l'histoire en s'adressant directement à un des personnages en employant le tutoiement ; il peut également apostropher un groupe de personnes assises à ses côtés et nous inclure dans ce cercle. Mais les personnages eux-mêmes prennent quelquefois le discours en charge en racontant leurs propres péripéties à la 1ère personne du singulier. Aucune ponctuation n'indique au lecteur ces changements de narration qui peuvent êtres déroutants durant les premières pages parcourues.


La chronologie de l'histoire est elle aussi décousue avec des retours en arrière fréquents, principalement quand le point de vue diffère selon que l'on change de personnage ou qu'on repasse au narrateur. Quelques sauts dans le futur proche sont également utilisés, et selon moi pas toujours à bon escient.

Mo Yan nous dépeint dans ce roman la société chinoise contemporaine dans sa rigidité, son cloisonnement et sa hiérarchie (p 47 :
« L'ambitieuse jeunesse révolutionnaire doit s'aguerrir dans la mise en pratique des trois grands principes révolutionnaires : lutte des classes, lutte pour la production, expérimentation scientifique, et se jeter à corps perdu dans le travail révolutionnaire banal et pratique. »). Ainsi il nous décrit la nuit de noces d'une ouvrière élevée au rang d'héroïne de la Nation (tout comme un certain Stakhanov en URSS...) car elle est morte brûlée dans l'incendie de son atelier en voulant sauver quelques bobines de fil (p 116 : « Au cours de notre nuit de noces, épaule contre épaule, jusqu'à l'aube, ensemble nous avons étudié Au service du peuple, ce splendide texte du Président Mao. Elle me faisait réciter En souvenir de Norman Béthune et m'interdisait l'entrée de son lit si je me trompais d'un caractère... »). Le Parti et les autorités chinoises sont également critiqués par Mo Yan qui met en lumière la paranoïa de ce régime et ses abus. Il en donne un exemple avec le licenciement de Du Xiaoying et le viol qu'elle subit, perpétré par un haut dignitaire du Parti. La crise des établissements scolaires et de tout le système éducatif est également décrit à travers le fait que les lycées doivent s'autogérer pour pouvoir fonctionner et que les lycéens se suicident sous la pression des examens. La chèreté de la vie, les dysfonctionnements de l'administration et de la police, sont également présents.
   

Cette œuvre est une comédie noire et cynique empreinte d'un humour grinçant. Ainsi, l'esthéticienne est chargée par le Parti de faire maigrir le cadavre d'un haut responsable bedonnant pour qu'il ait l'aspect d'un homme amaigri par la dureté de son travail et son implication. Cette réalité que l'auteur nous décrit est à la fois dure et violente car il utilise un langage cru et familier qui ne peut que toucher le lecteur (p 22 : « Elle s'empare aussi de l'autre oreille et se remet à tirer violemment, des deux mains cette fois, au point de presque lui déchirer la bouche. C'est seulement quand la peau se craquelle et qu'un liquide rouge commence à goutter qu'elle décide de la relâcher ».) Mais cette violence de la réalité est atténuée par la narration et la chronologies non linéaires qui permettent au lecteur de prendre de la distance par rapport à cette société si rigide. Mo Yan introduit également des éléments oniriques qui renforcent cette prise de distance : la moustache verte de Li Yuchan, ses enfants vivant dans une grotte, le narrateur amateur de craies... Mais certains détails évoquent tout de même une certaine forme de libération du peuple, notamment avec le symbolisme d'un bois de peupliers où les jeunes gens viennent se retrouver pour avoir des rapports sexuels protégés (avec l'introduction des préservatifs dans la société).

 

Mo Yan emploie tout au long du récit de nombreux proverbes qui renvoient à une culture chinoise ancestrale contrastant avec la description de la ville moderne et ses travers. Ainsi, ces petits moments distillés permettent une pause lors de la lecture du roman. Cependant, pour moi qui ne suis pas une grande connaisseuse de la culture chinoise, certains proverbes sont difficiles à décrypter, voire incompréhensibles et du coup incongrus.
« Cousin souvent ne vaut pas voisin, trois générations et autant de paillassons » (p. 144).
« Une bonne parole : chaleur au cœur de l'hiver ; un mot cruel : froidure au plein de l'été » (p. 144).
« Pour les nouilles ou les raviolis, premier venu premier servi »  (p. 144).
« L'homme mort est comme un tigre, le tigre mort est comme un agneau » (p. 145).
« Pastèque arrachée, pastèque amère » (p. 152).
« Les engelures ne poussent pas sur les yeux » (p. 172).
« L'homme bien né peut savoir tuer, il na saurait se déshonorer » (p. 342).
   

Pour conclure, le livre est en réalité une métaphore et une illustration d'une croyance ancienne, donc empreint de symbolisme et de culture ancestrale transposée dans un univers quasi concentrationnaire, reflet du modernisme fulgurant qu'a connu la société chinoise contemporaine, au détriment de ses valeurs et de son peuple.

Manon, A.S. Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

MO Yan sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Anaïs sur Les Treize Pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Sophie sur Beaux seins, belles fesses


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