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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 07:00








Moussa  KONATÉ,
L'Empreinte du renard
,

éd. Points, coll. « Policiers », 2006.


   




















   
Moussa Konaté, auteur malien, a d'abord été enseignant avant d'écrire son premier roman, Le Prix de l'âme, en 1981. Son amour pour la littérature l'a aussi poussé à créer, à Bamako, les éditions du Figuier, d'abord consacrées à la littérature pour la jeunesse. Puis des essais politiques et économiques ont vu le jour. Ces œuvres ont été écrites en langue nationale afin qu'elles soient accessibles à un large public malien. Par la suite, Moussa Konaté a créé une seconde maison d'édition, Hivernage, à Limoges.
     
Puisque l'histoire se déroule au Mali, au cœur du pays dogon, quelques précisions sur ce pays semblent nécessaires. Le Mali est un état d'Afrique de l'Ouest qui possède des frontières communes avec la Mauritanie, l'Algérie du Nord, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée et enfin le Sénégal. La capitale du pays est Bamako.
Mopti
Le pays dogon se situe, quant à lui, près de la presqu'île de Mopti. Son peuple, est dispersé sur trois sites : le plateau de la région de Sangha, la falaise de Bandiagara et la plaine située à ses pieds. Les Dogons sont connus pour leur religion ; originellement animistes (religion qui attribue aux choses une âme analogue à l'âme humaine), la plupart sont désormais musulmans ; existe aussi une petite minorité chrétienne. Ce peuple a coutume de choisir une chef religieux, le Hogon, qui célèbre le culte de Lébé, premier ancêtre des Dogons. De plus, leur cosmogonie est particulièrement digne d'intérêt : ils considèrent notamment que l'origine du monde est une étoile nommée Digitaria. Leurs rites sont, eux aussi, remarquables et ont même inspiré des cinéastes comme Jean Rouch. Le plus connu, la danse des Masques, est évoqué dans le roman, au quatorzième chapitre. À chaque deuil est organisée une cérémonie de trois jours qui se clôt avec cette danse.
Bandiagara
  
L'Empreinte du renard est le troisième volet des enquêtes du commissaire Habib. Les deux premiers volets, L'Assassin du Banconi et L'Honneur des Keita ne sont plus disponibles en France. Une autre enquête a cependant été publiée en mai 2009, La Malédiction du Lamentin. Dans L'Empreinte du renard, un célèbre commissaire, nommé Habib et réputé pour sa ténacité et son flair, est envoyé en plein pays dogon pour élucider une série de morts étranges. Les cadavres retrouvés sont, en effet, enflés, un filet de sang noir s'écoulant de leurs lèvres. Difficile de penser qu'il s'agit de morts naturelles... L'affaire se révèle difficile
non seulement parce que les Dogons vivent en marge de la société mais aussi parce qu'on les redoute pour leur magie puissante et mystérieuse. Ainsi, les autorités maliennes refusent d'intervenir et un climat de méfiance et de suspicion s'installe dès le début de l'enquête. Les morts se multiplient et, pourtant, le commissaire et son adjoint Sosso doivent faire face au mutisme obstiné des habitants. Certains personnages inspirent tout  particulièrement la méfiance des enquêteurs comme cet homme étrange surnommé « le chat » à cause de son agilité hors du commun. Les adjoints du maire de Pigui sont, eux aussi, suspectés ; leur air de perpétuelle connivence n'échappe pas à Habib. Tout s'accélère quand Sosso est agressé de manière bien mystérieuse...
     Banani
Ce roman a bien souvent été qualifié de polar ethnologique ; « l'intrigue policière n'est qu'un prétexte [affirme Moussa Konaté]. Ce qui [lui] importe, c'est de montrer les différents visages du Mali ». L'auteur fait ici référence au peuple dogon et à ses rites mais aussi au peuple modernisé et occidentalisé de la ville de Bamako. On comprend rapidement que la société malienne hésite encore entre modernité et tradition. La fin du polar semble pourtant dépasser cette contradiction ; Habib réalise l'importance des traditions alors que ses positions, au début, étaient plutôt arrêtées et stéréotypées. Le protagoniste confie à son adjoint, au vingt-troisième chapitre : « Ce qui est sûr […] c'est que j'ai reçu la plus belle leçon d'humilité de ma vie. J'ai rencontré des personnes qui mettent l'homme au centre du monde […]. Pour eux, les mots ont un sens. Ils vivent peut-être en dehors du temps, ils s'accrochent peut-être à un monde condamné à disparaître, mais ce monde a un sens. »
 
Le soin accordé par Moussa Konaté à la construction de son polar mérite d'être souligné. En premier lieu, l'intrigue est prenante : des effets de suspens, ménagés le plus souvent en fin de chapitre, tiennent le lecteur en haleine. Ce procédé, même s'il n'est pas très original, s'avère néanmoins très efficace. De plus, les dialogues ont un rôle primordial dans la progression de l'intrigue ; ils nous permettent de suivre les raisonnements du commissaire Habib et de son adjoint. Ils favorisent ainsi habilement l'identification du lecteur aux personnages principaux et dispensent de l'utilisation du discours indirect libre plus lourd et ambigu. Le questionnement récurrent suggère, quant à lui, les doutes et les tâtonnements des protagonistes. Par opposition, l'opacité des sentiments des Dogons est conservée jusqu'à la résolution de l'enquête par Habib ; ce qui crée un effet d'attente et un climat de tension permanent. L'écriture reste, quant à elle, simple, à la manière des récits africains, et très agréable à lire. Elle est tout à fait adaptée au genre du polar où l'on se concentre essentiellement sur l'intrigue et la résolution de l'enquête. D'autre part, le décor est bien souvent planté en quelques mots particulièrement bien choisis pour leur caractère évocateur. Ainsi, il a suffi de seulement huit lignes pour évoquer le charme et l'exotisme de la presqu'île de Mopti, au début du septième chapitre. Les descriptions sont présentes en début et fin de chapitres mais rarement à d'autres endroits. Moussa Konaté préserve de cette manière le rythme plus soutenu imposé par les dialogues. Enfin, le rythme du récit est travaillé : initialement lent parce que mimétique des tâtonnements du commissaire Habib, il s'accélère progressivement après l'agression subie par Sosso au début du vingt et unième chapitre. L'enquête commence tout juste à être démêlée. Mais la fin sera très surprenante...

A. Michaud, AS Édition-Librairie


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commentaires

AnnDeKerbu 08/12/2009 22:04


J'ai eu du mal à aller jusqu'au bout de ce livre mais la lecture de votre billet me donne envie de m'y replonger. J'ai maintenant l'impression d'être passée à côté d'un polar intéressant.


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