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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 07:00

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MURAKAMI Haruki
村上 春樹
Après le tremblement de terre
Titre original
Kami no kodomotachi wa mina oduru (2000)
(en français :
Tous les enfants de dieu savent danser)
神の子どもたちはみな踊る
Traductrice : Corinne Atlan
10/18, domaine étranger, 2002
10/18, 2011

 

 

 

 

Biographie

Haruki Murakami est un écrivain et traducteur japonais, à ne pas confondre avec Ryū Murakami, qui écrit une littérature absolument différente. Né en 1949 à Kyoto, Il est surtout connu pour Kafka sur le rivage,  La ballade de l’impossible ou  1Q84. Au départ, il tenait un bar de jazz, l’une de ses passions musicales qui se retrouve souvent dans ses écrits. Puis, après avoir écrit quelques romans qui ont connu un petit succès critique, il part vivre à l’étranger, en Italie, en Grèce et surtout aux USA où il devient professeur de littérature japonaise dans la prestigieuse université de Princeton. Cette période sera importante pour lui et influencera sa littérature dans laquelle on retrouve parfois de petits accents occidentaux. C’est d’ailleurs grâce à cette expérience qu’il traduira pour le Japon des romans de Scott Fitzgerald, ou encore de John Irving. Puis en 1995, bouleversé par le tremblement de terre qui a secoué Kobe, il rentre au pays et continue d’écrire. Souvent pressenti pour le prix Nobel de littérature, il a reçu le prix Jérusalem en 2009, ceux de doctor honoris des universités de Princeton et de Liège et le prix Gunzo pour Écoute le chant du vent en 1979.

Après le tremblement de terre a été publié en 2000, soit cinq ans après le véritable tremblement à Kobe dont fait mention le titre, et il fut traduit pour la France en 2002. Il y eu un regain d’intérêt pour ce livre après les événements de 2011 au Japon, et on a parlé de Murakami comme d’un visionnaire en perdant de vue les circonstances d’écriture. Ce livre est un recueil de six nouvelles, qui n’ont a priori pas grand-chose en commun hormis la rapide évocation du tremblement dans chacune d’entre elles.
 
 
 
Les nouvelles
 
La première nouvelle (22 pages) s’appelle « Un ovni a atterri à Tokyo ». C’est l’histoire d’un homme, Komura, dont la femme reste scotchée devant la télévision depuis le tremblement. Voilà cinq jours qu’elle ne bouge pas, ne mange pas. Elle regarde juste l’écran, le regard vide devant les informations qui passent en boucle les images de la catastrophe. Au sixième jour, elle n’est plus là, ses affaires non plus, reste juste une lettre sur la table où elle annonce sans plus de formes à Komura qu’elle le quitte et retourne chez sa mère. Dévasté, il décide de prendre des vacances, et un de ses collègues l’apprenant lui demande de livrer une boîte à sa sœur qui habite à l’autre bout du pays. Puisqu’il n’a pas meilleure direction à l’esprit il accepte et transporte donc cette boîte dont il ne sait rien. Il rencontre la sœur en question et une amie à elle qui l’accompagne à l’hôtel, ils discutent un peu, et c’est la fin de la nouvelle. On ne sait ni la suite, ni ce que contenait la boîte. La fin reste ouverte.

 
La seconde nouvelle (22 pages), « Paysage de fer », est probablement celle qui m’a le plus marquée. Junko et Miyake y sont les personnages principaux ; Junko est une jeune caissière qui abandonné ses études et Miyake un quadragénaire qui adore faire des feux de camp et qui est terrorisé à l’idée de mourir étouffé dans un frigo. En l’occurrence, ils ont fait un feu sur la plage et en discutant ensemble du vide de leur vie, ils en arrivent à la conclusion, comme un détail, qu’ils devraient mourir ensemble, là, maintenant, parce qu’ils n’ont rien de mieux à faire.

 

« – Alors, qu’est ce que je dois faire ? répéta Junko.

– Eh bien… Tu ne voudrais pas mourir avec moi, maintenant ?

– Mourir ? Pourquoi pas ? Je veux bien.

– Tu es sérieuse ?

– Très sérieuse. »

 

Puis Junko, épuisée, décide de dormir un peu et elle demande à Miyake de réfléchir à comment ils vont s’y prendre pour mourir et de la réveiller dans quelques instants… Et c’est la fin. Plus encore que dans la nouvelle précédente, cette fin est abrupte et sans recours, laissant le lecteur sur son attente.

          

La troisième, « Tous les enfants de Dieu savent danser », raconte l’histoire d’un jeune homme en pleine gueule de bois qui, sur le chemin de son travail, croise un homme sans lobe d’oreille qui pourrait bien être son père selon ce qu’il en sait. Il le suit à travers les rues et les allées, tout en se souvenant de son enfance auprès de sa mère qui faisait partie d’une sorte de secte où les enfants sans père étaient les enfants de Dieu, de leurs porte-à-porte ensemble, de la déception qu’il lui a causée en lui annonçant qu’il avait perdu la foi… Au fur et à mesure de sa poursuite du présumé père, il arrive sur un terrain de foot vide où soudain, il n’y a plus personne à suivre. Au centre de ce stade, il se met à danser, danser, comme une révélation… Dont on ne saura rien de plus, car encore une fois, c’est la fin de la nouvelle.
 

Puis vient « Thaïlande », où une femme médecin décide de prendre des vacances après une conférence professionnelle. Son taxidermiste personnel l’emmène partout, notamment dans une piscine vide et éloignée où elle nage pour oublier ses déboires amoureux, puis elle va voir une espèce de chaman qui lui annonce qu’elle va faire des rêves mystérieux et visiblement importants. Elle rentre à l’hôtel et c’est la fin.
 

La cinquième s’intitule « Crapaudin ». C’est la seule nouvelle qui ait réellement un début et une fin qui fassent sens ; mais c’est aussi la seule nouvelle qui frôle vraiment le fantastique et non juste la spiritualité (thème récurrent dans toutes les nouvelles). Katagiri est un employé de bureau des plus ordinaires, effacé, banal. Seulement un soir, un énorme crapaud vient le voir et lui demande son aide pour combattre Le Lombric, être monstrueux et gigantesque qui vit sous la ville et menace de produire un tremblement de terre qui détruira Tokyo. Le soir, après y avoir réfléchi, Katagiri accompagne Crapaudin dans les entrailles de la terre pour se livrer à la bataille. Touché dans le feu de l’action, il s’évanouit. À son réveil, il est sain et sauf dans un hôpital, aucune catastrophe n’a ébranlé Tokyo et il ignore s’il a réellement sauvé la ville ou s’il a simplement rêvé.
 

La dernière nouvelle, « Galette au miel », raconte l’histoire d’un trio, amis depuis le lycée : Juppei l’intellectuel et Takatsuki le sportif qui finit en couple avec Sayoko, au regret de Juppei amoureux d’elle depuis le début. Plus tard, après la naissance de leur petite fille ils se séparent.  Sayoko cherche du réconfort auprès de Juppei devenu écrivain avec difficulté, ce qui amène finalement à une forme de retour au trio, de vie apaisée. Et c’est la fin.

 

Analyse

Après le tremblement de terre est un livre étonnant, presque perturbant, dans la mesure où chaque nouvelle s’arrête toujours quand le lecteur commence à se prendre vraiment au jeu. Chacune d’entre elles pourraient bien être l’ébauche d’un roman de plus de cent pages. Murakami crée systématiquement une frustration, mais il aborde toujours si bien l’histoire suivante que le lecteur oublie la frustration précédente pour se lancer dans une nouvelle. La seule qui n’ait pas de fin frustrante est « Crapaudin » qui se déroule dans un monde quasi onirique, mais là encore la fin reste ouverte, mystérieuse. Dans tout le recueil, on retrouve une façon brumeuse d’écrire, presque mystique, qui correspond bien à son auteur et notamment à  1Q84 où tout n’est pas dévoilé, où se côtoient réalité et monde parallèle dans un flou artistique. Comme toujours, on entre très bien dans ses histoires qui ont une ambiance, une couleur, une atmosphère particulière un peu flottante qui correspond assez bien à l’image que je me fais du Japon. Dans l’ensemble on passe du quotidien banal à l’étrange, parfois à l’absurde. Cette frontière floue entre les deux est quelque chose de récurrent chez Murakami, qui le dit fort bien lui-même :

 

« A l’époque où les Contes de Pluie et de lune ont été écrits (à l’époque d’Edo), le monde surnaturel qu’ils décrivent se confondaient, pour les gens d’alors, avec le monde naturel : il est évident que pour eux, tracer une frontière entre ces deux mondes était une opération à la fois impossible et dénuée de sens ».

 

C’est finalement ce qu’il met en place lorsqu’il écrit un livre.

 

Il y a dans ce livre beaucoup de questions irrésolues et pourtant au centre du récit. Le lecteur ne sait pas ou l’auteur veut en venir, il faut accepter de perdre ses repères pour aller au bout du recueil. Le titre même ne se justifie que par une ligne dans chaque histoire, comme un minuscule fil rouge à la limite de la transparence. Le but, finalement, n’est pas de raconter l’état de Kobe après le tremblement mais la façon dont les gens qui étaient loin ont vécu cet épisode. Les personnages vont éventuellement citer l’événement et de près ou de loin, subrepticement, il aura une influence sur leur vie. À la manière de l’effet papillon, le tremblement de terre qui ne concerne pourtant pas directement les personnages va changer leur vie, de façon infime ou du tout au tout. Ainsi, dans la première nouvelle, c’est le fait de regarder la catastrophe à la télévision qui fait prendre conscience à la femme de Komura qu’elle s’ennuie dans sa vie, que son conjoint est vide, et qu’elle doit partir et faire de sa vie quelque chose de plus fort. Pourtant c’est au lecteur de comprendre cela puisque Murakami n’en soufflera mot. Lire entre les lignes est le maître-mot de ce livre.

Il n’y aura aucun paysage désolé, aucun enfant pleurant devant les décombres d’une maison, aucun étalage d’héroïsme ou de pathos. Après le tremblement de terre est le récit de la vie qui continue plus que celui du séisme. On n’entre jamais vraiment dans le vif du sujet. C’est bien sûr là une vision détachée de l’événement qui me semble assez proche de l’esprit japonais, moins matérialiste en un sens, qui attache plus d’importance à « l’essentiel » que celui des Européens. J’y ai vu une critique du journalisme tel qu’on peut le voir aujourd’hui, qui étale avec quelque chose de proche de la vulgarité des images « touchantes », pleines de misère, de mort, de bons sentiments, d’événementiel. On se repaît de ces images avec un certain voyeurisme. L’important n’est il pourtant pas la vie qui continue ? L’autour ? C’est cette réflexion qu’engage Murakami à demi-mot. En un sens, ce ne sont pas tant les histoires qu’il raconte qui sont importantes mais ce qui en ressort : l’importance de la vie qui continue, la réflexion à avoir sur le manque de contenu de sa vie (une notion très présente et presque pesante tout au long du livre), et ce questionnement sur ce qu’on nous présente comme important à travers le journalisme actuel,  au profit de l’événementiel plus que de la vie. L’épigraphe qu’a choisie Murakami pour son livre en est révélatrice :

 

« – Liza, qu’est ce qu’il s’est passé hier ?

– Il s’est passé ce qu’il s’est passé.

– Ca, c’est terrible. C’est cruel ! »

(Dostoïevski, Les possédés)

« Les informations à la radio : On déplore de nombreux morts du côté américain mais du côté  Viêt-cong également, cent quinze combattants ont été abattus.

La femme : C’est terrible l’anonymat.

L’homme : Qu’est-ce que tu dis ?

La femme : On n’apprend rien quand on nous dit que cent quinze guérilleros sont morts .On ne sait rien d’eux. Avaient-ils des femmes, des enfants ? Préféraient-ils le théâtre ou le cinéma ? On n’apprend rien du tout. La mort de cent quinze hommes au combat, c’est tout. »

(Jean- Luc Godard, Pierrot le fou)

 

 

Pour conclure, j’oserai dire que, comme une poignée d’ouvrages seulement, Après le tremblement de terre fait partie de ces livres qu’il est plus intéressant de relire que de lire. Regorgeant de mélancolie, brumeux de cette ambiance propre à Haruki Murakami, perturbant à dessin pour le lecteur et surtout réellement passionnant dans les nombreuses réflexions qu’il engendre, ce recueil de nouvelles garde un à-propos acide face à la situation actuelle qu’il est bon de garder à l’esprit.
 

Marion Savina, AS édition-librairie 2012-2013

 

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


Murakami Haruki Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

Article de C.M. sur Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

 

 

 


 Image 3-copie-1

 

 

 

 

Articles de Mélanie et Pierre-Yann sur Sommeil.

 

 

 

 

 

chroniques-loiseau-ressort-haruki-murakami-L-1

 

 

 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

murakami-haruki-saules-aveugles.gif

 

 

 

Saules aveugles, femme endormie, articles de Mélanie et de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
,
 articles de  Julie et de Pauline.


 





L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Articles de Chloé et de Maureen sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki 1Q84Murakami Haruki Kafka sur le rivage

 

 

 

Article de Charlotte sur Kafka sur le rivage et 1Q84

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki La Ballade de l impossible 01-copie-1

 

 

 

 

 

 Article de Magali sur La Ballade de l'impossible.

 

 

 

 

 

  Murakami Haruki Au sud de la frontiere 01

 

 

 

Article d'Emmanuelle sur Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Marion - dans Nouvelle
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