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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 07:07

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MURAKAMI Haruki
Sommeil

traduction de

Corinne Atlan

Belfond, novembre 2010

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Petite biographie de l’auteur

Fils d'un enseignant de littérature japonaise en collège, il opte pour les arts théâtraux et souhaite devenir scénariste de cinéma, sans avoir encore rien à raconter.

Après des études universitaires à Waseda, il est pendant huit ans responsable d'un bar de jazz, le Peter Cat, à Tōkyō, dans le quartier de Kokubunji. Haruki reste un passionné des chats, ses seuls véritables amis pendant une enfance solitaire, cette amitié explique la présence invariable de cet animal dans sa littérature.

Cette expérience le nourrit à son insu et lui permet d'écrire son premier roman Écoute le chant du vent, publié au Japon en 1979, pour lequel il reçoit le prix Gunzo.


Une fois sa renommée établie après plusieurs romans à succès, il part vivre à l'étranger : tout d'abord au sud de l'Europe (Italie et Grèce), puis aux États-Unis. Il enseigne la littérature japonaise à l'université de Princeton (où Scott Fitzgerald fut étudiant).

Il revient vivre au Japon en 1995, marqué par le tremblement de terre de Kobe et l'attentat au gaz sarin perpétré par la secte Aum dans le métro de Tokyo. Ces tragédies inspirent le recueil de nouvelles Après le tremblement de terre.

Haruki Murakami est également traducteur en japonais de plusieurs écrivains anglo-saxons (parmi lesquels Scott Fitzgerald, John Irving ou encore Raymond Carver). Murakami est aussi un grand amateur de jazz auquel de nombreuses références sont faites dans ses romans.



L’œuvre de Murakami

Ses écrits (romans ou nouvelles) sont fréquemment fantastiques, ancrés dans une quotidienneté qui, subtilement, sort des rails de la normalité. Ayant vécu dans le sud de l'Europe (Grèce, Italie), puis aux États-Unis, il laisse transparaître une certaine influence occidentale dans ses œuvres. Cela fait de lui un écrivain plus international que d'autres avec des références à la culture populaire mondiale tout en gardant le vécu japonais contemporain de ses personnages. Les ouvrages de Murakami révèlent une forme de surréalisme très rafraîchissante qui, en se fondant sur une mélancolique banalité quotidienne, arrive à former des récits originaux. Il utilise cette idée du lien qui relie dans la pensée asiatique (bouddhisme, shintoïsme) tous les événements et les êtres. Une action provoque même de façon lointaine et indirecte une réaction dans l'instant, dans la réalité ou ailleurs, dans un autre monde que Murakami sait parfaitement rendre. Le réalisme magique donne à l’œuvre une teinte extravagante, sans pour autant oublier la réalité dans laquelle évoluent les personnages. L'âme humaine y est décortiquée, dans ses recoins parfois les plus intimes, de façon à ce que le lecteur soit emporté pour un voyage en lui-même, mais dans un cadre parfois loufoque. La mélancolie lancinante de Murakami et ses analyses sociales en demi-teinte rappellent parfois un certain nombre de noms de la littérature nippone, notamment le mangaka Jirô Taniguchi dans son expression la plus simple du quotidien. On retrouve ici de longues pensées d'êtres tiraillés, à la recherche de leur identité et abordant l'existence avec parfois une certaine anxiété, un recul face à cette vie inconnue.

Je traiterai ici principalement de trois œuvres majeures de Murakami ( Les Amants du Spoutnik, Le Passage de la nuit et Kafka sur le rivage) en les mettant en corrélation avec la nouvelle Sommeil. Au fil des lectures murakamiennes, on découvre des thèmes récurrents propres à l’auteur qui lèvent peu à peu le voile sur son identité, son caractère, mais également sur l’univers qu’il crée dans ses récits.



Sommeil

« Je pense que nous vivons dans un monde, ce monde, mais qu’il en existe d’autres tout près. Si vous le désirez vraiment, vous pouvez passer par-dessus le mur et entrer dans un autre univers. » Interview d’Haruki Murakami pour le Magazine littéraire en 2003.

Une jeune femme, mariée et maman d’un petit garçon, se trouve frappée d’insomnie, de façon aussi soudaine qu’inexplicable. Ayant déjà été victime de ce phénomène, elle n’en parle à personne, pas même à son mari qui, lui, dort sans problème toute la nuit. Elle continue à mener sa vie diurne sans changement, sans jamais ressentir la moindre envie, ni le moindre besoin d’un sommeil réparateur. Au contraire, plus ses nuits d’insomnie se prolongent, plus elle se sent en forme.

Dans l’incapacité désormais de trouver le sommeil, elle s’installe chaque nuit sur son canapé avec un verre de cognac et commence à lire. En relisant Anna Karénine, elle retrouve ses émotions d’antan, d’avant son mariage pour lequel elle se rend compte qu'elle a renoncé à beaucoup de choses.

« Je voulais lire Anna Karénine en mangeant du chocolat, comme autrefois. Je sentais dans mon corps une soif intense de chocolat. »

Bientôt, elle ne pense plus qu’à se replonger dans son roman, retrouver Anna et Vronski, au détriment des désirs de son mari.

« De dix heures du soir à six heures du matin, mon temps n’appartenait plus qu’à moi. »

Elle vit ainsi, dans une sorte d’état de grâce, pendant dix-sept nuits… Et pourtant, un sentiment de danger, initié par le rêve bizarre et un peu sinistre qui marque le début de l’insomnie, s’installe au fil des pages et prend toute son ampleur dans la dernière partie.

C’est une nouvelle étrange, subtile et effrayante à la fois, assez représentative de l’univers de Murakami, où conscient et inconscient, vie, rêve et mort sont souvent intimement mêlés, à l’image de la narratrice de cette nouvelle, toute en retenue et comme en retrait de sa vie et de celle des autres.



Bref résumé des autres œuvres

 

— Le Passage de la nuit : l’histoire est celle de plusieurs personnages aux destins totalement différents qui ne cessent de s'entrecroiser au fil des pages. Dans le monde de la nuit où la ville est « une gigantesque créature » submergée par « une mer de néons multicolores », on découvre tour à tour une adolescente en fuite (Mari) et sa sœur plongée dans un profond sommeil (Eri), un jeune garçon passionné de jazz (Takahashi), la gérante d'un hôtel particulier et ancienne catcheuse, une prostituée chinoise frappé par un business man... Les histoires s’envolent dans ce récit plongé dans la noirceur blafarde de la nuit.
 
Les Amants du Spoutnik : K. est un jeune instituteur sans histoires éperdument amoureux de sa seule et unique amie, l’étrange Sumire. Mais Sumire aime Miu, cette femme charismatique et amatrice de bons vins. Et tandis que K. reste en retrait, assistant au rapprochement de ces deux femmes que rien ne destinait à se rencontrer, il sent son amie s’éloigner, si bien qu’un soir, il reçoit un coup de fil de Miu : Sumire a disparu.

Kafka sur le rivage : Le jour de ses quinze ans, Kafka Tamura fuit son domicile familial où son père prophétisa qu’il serait un jour parricide et incestueux. Il erre alors jusqu’à une bibliothèque tenue par une femme mystérieuse et un bibliothécaire androgyne. En parallèle, on découvre qu’un vieil homme simple d’esprit, capable de parler aux chats et de faire chuter des poissons du ciel, a quitté Tokyo et se rapproche de lui comme s’il obéissait à un appel mystérieux. Le destin les entraîne tous deux dans une direction de plus en plus étrange…

 

 

 

Parallèle et thèmes récurrents de Murakami

La musique

Intimement lié à la musique sous toutes ses formes (il a tenu un bar de jazz durant plusieurs années), Murakami donne une identité propre à ses récits en citant çà et là des chansons ou airs classiques qui l’ont inspiré. Le processus d’écriture se moule alors sur ces airs, donnant au récit un caractère original et entêtant.


Les Amants du Spoutnik : pour Miu et Sumire, un de leur premier sujet de conversation, cette même musique qui guide K. pour retrouver son amie disparue, l'entrainant au bord des songes.

Sommeil : le goût immodéré de l'héroïne pour la musique lui permet de s'échapper en se remémorant sa vie d'antan.

Le Passage de la nuit : tout le roman est guidé par la musique (références à différents styles qui vont d’Éric Clapton, Jimi Hendrix, donc de musiciens de rock à Curtis Fuller, un jazzman), donnant une identité au livre, à l’auteur et aux personnages. Un ton précis, comme une BO.

Kafka sur le rivage : le roman tire d’ailleurs son titre d‘une chanson fictive que découvre Kafka Tamura, « Kafka sur le rivage ». Tout au long du roman, la musique va agir sur les personnages comme vecteur de sentiments et de sensations nécessaires, entre autres, à la quête identitaire qui se joue individuellement pour chacun d’eux.

 

La littérature

La littérature occupe une grande place dans les œuvres de Murakami. Que ce soit pour éclairer le caractère des personnages ou pour introduire une scène, un livre n’est jamais bien loin.

 

Les Amants du Spoutnik : l'amour de Sumire pour les lettres est le fil conducteur de son amitié avec K., la passion qui l'a conduite à arrêter ses études pour devenir écrivain. Étrangement, plus son amour pour Sumire grandit et moins elle a envie de lire, ou d'écrire.

Sommeil : comme dans Les Amants du Spoutnik, on retrouve ce parallèle entre l'amour et la littérature. Ici également, plus l'héroïne lit et plus elle se détache de sa famille, préférant s'abandonner à Anna Karénine. Le monde des lettres est ici celui de la liberté, opposé à la morne routine qui englue son quotidien.

Le Passage de la nuit : le début du roman est significatif puisqu'après une description de la ville de Tokyo, on pénètre dans un restaurant pour voir la jeune Mari, que nous allons suivre tout au long du récit assise, seule à une table, absorbée par sa lecture. La lecture devient un point de passage pour rentrer dans l'univers de la nuit.

 

L'onirisme et la place de la nuit

Autres éléments majeurs de l'œuvre de Murkami, la nuit, le rêve et le sommeil font partie intégrante de l’univers de l’auteur. Souvent, ils permettent de faire le lien avec un monde obscur, presque irréel, s’offrant à nous dès la nuit tombée.

 

Les Amants du Spoutnik : dans le roman, la majeure partie des événements importants se déroulent à la nuit tombée (le souvenir de Miu, l'appel annonçant la disparition de Sumire, la recherche de K. sur les berges des îles grecques). Tout semble rappeler qu'un autre monde est peut-être près du nôtre, à quelques pas au bord de notre esprit.

Sommeil : ce sont ici bien sûr la nuit et le rêve qui redonnent vie à l'héroïne, cette femme enfermée dans un quotidien dont elle n'arrive plus à sortir. Si la nuit les couleurs de son existence brillent à ses yeux avec tout leur éclat et leur beauté, le jour apparaît comme un passage terne et monotone.

— Le Passage de la nuit : outre la gigantesque ville et les personnages qui la composent, c'est peut-être la nuit qui est l'héroïne de ce roman. Elle est ici vue comme un monde à part entière possédant ses propres codes et son mode de fonctionnement. Des éléments qui apparaissent le jour n'existent plus une fois le soleil couché.

 

 

 

Le réalisme magique


« J’ai toujours considéré l'écriture comme un rêve éveillé. Pour moi, rien n'est plus naturel que le surnaturel. » Haruki Murakami

Murakami ne cesse d'emmener le lecteur à la frontière de l'imagination, nous prenant par la main pour nous montrer des chemins de traverse, des portes de notre esprit jusque là inconnues de notre pensée, le tout avec un réalisme saisissant, comme si tous les événements évoqués n'étaient pas le fruit de son imagination ou de la nôtre.

 

Les Amants du Spoutnik : la disparition de Sumire, la recherche de K. au bord du monde connu, les souvenirs de Miu…, tels sont les éléments qui constituent le réalisme magique dans le roman de Murkami, avec force mystère et d'évasion.

 — Sommeil : si toute la nouvelle est construite sur une base chronologique et réaliste (les 17 nuits, chiffre par ailleurs énigmatique), le retournement de situation final fait basculer le lecteur dans le doute et les affres de l'incompréhension. La magie s'empare alors de nous, laissant place à l'imagination et aux suppositions les plus folles.

Le Passage de la nuit : la ville elle-même semble être l'espace du réalisme magique, à l'instar de la nuit. Il y a ici un brouillage permanent entre le réel et l’irréel : à minuit pile, la télévision dans la chambre d’Eri s’allume alors qu’elle est débranchée, Mari se regarde dans une glace puis s’éloigne alors et que son image demeure dans le miroir.

Kafka sur le rivage : on parle ici d'un incident survenu dans la jeunesse de Nakata. Mais ce côté surnaturel possède une dimension onirique, comme souvent chez Murakami, qui prend une grande ampleur au fil du roman tant et si bien qu’il devient parfois difficile de distinguer ce qui est du domaine du réel et ce qui appartient au rêve.

 

 

Conclusion

Sommeil est donc un récit envoûtant, aussi bref qu’intense, s’inscrivant dans la longue tradition murakamienne. Tous les éléments propres à l’auteur s’y mêlent avec efficacité (présence de la nuit, de la musique, de la littérature, réalisme magique, etc.) dans une construction propre à la nouvelle. Ce sont ces éléments qui nous rapprochent de l’auteur, de sa vision du monde et de l’art. Mais ces thèmes récurrents ne sont-ils pas l’expression de sa propre vie, au-delà de ses pensées ? En effet, Murakami introduit subtilement des éléments biographiques afin d’étayer ses récits : rapport à la musique car il a possédé un bar de jazz, fascination pour les chats depuis son enfance, place de la disparition et changement avec le tremblement de terre de Kobe... On découvre alors une nouvelle facette de l’auteur, plongé à corps perdu dans son œuvre, à mi-chemin entre réalité et magie.


Pierre-Yann, 2e année Éd.-Lib.

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


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Article de Mélanie sur Sommeil.

 

 

 

 

 

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 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
,
 articles de Julie et de Pauline.






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Article de Chloé sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

 

À paraître en août 2011 chez Belfond, les deux premiers volumes de la trilogie 1Q84, publiés en 2009 au Japon.

 

 

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Published by littexpress - dans Réalisme magique
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