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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 07:00

Murakami-Ryu-1969.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MURAKAMI Ryū
村上 龍
1969
シクスティナイン
Shikusuti Nain (1987)
Picquier, 1995
Picquier poche, 2004




 

 

 

 

 

 

 

 

Ryû Murakami est né en 1952 dans la préfecture de Nagasaki. En plus d'être écrivain, il est réalisateur et scénariste. Il est souvent qualifié d'auteur prolifique puisqu’en 37 ans il a déjà écrit 22 romans. Le plus célèbre est incontestablement  Bleu presque transparent, son premier roman, paru en 1976. À titre indicatif, ce livre a été vendu à 1 million d'exemplaires en six mois et a obtenu le prix Akutagawa, l'équivalent du Goncourt au Japon.

Vous avez pu peut-être constater que l’œuvre de Murakami était très sombre et pessimiste. Il dépeint souvent les Japonais de manière négative et confirme les préjugés que nous nous faisons d'eux ; ce seraient des êtres isolés. Par ses romans, Murakami analyse l'histoire du Japon. Le pays est décrit très négativement : le Japon serait un pays de surconsommation, de violence, d'abandon, de destruction des liens collectifs, d'omniprésence d'internet qui isole les individus.

La contestation de 1969 au Japon n'a pas de cause unique, elle s'explique par trois facteurs. Les Japonais veulent la démocratisation du système éducatif. De plus, ils critiquent l'impérialisme américain qui possède des bases militaires sur le territoire et est en guerre contre le Vietnam. Enfin, ils dénoncent les méfaits de l'explosion démographique sur l'environnement et sur la population elle-même.


Murakami-Ryu-sixtynine.jpg
En 1969, à l'âge de 17 ans, Murakami assiste à une manifestation d'étudiants et à des émeutes dans une université qui se terminent par un échange de tirs entre la police et des étudiants. Ces émeutes ont fortement impressionné l’écrivain qui s’en servira pour son roman. 1969 raconte le vécu personnel de Murakami Ryû en 1969. L'auteur se met en scène à travers Kensuke Yazaki, que tout le monde appelle Ken. Il est en terminale et rêve de révolution, de rock et de filles. Le vent de révolte et de liberté engendré par mai 1968 arrive au Japon et donne à Ken l'idée de poser des barricades dans son lycée et d'organiser le premier festival japonais de musique et de cinéma occidentaux. 1969 raconte donc les aventures adolescentes de l'auteur : l'organisation de la révolte dans son lycée, d’un festival ainsi que ses aventures amoureuses avec la belle Kazuko Matsui. Dans ce roman, d'inspiration largement autobiographique, Murakami Ryû dresse le portrait d'une jeunesse japonaise provinciale qui va exprimer sa révolte contre le système (parents-enseignants-police...) L'auteur s'inspire à la fois de la vague de contestation hippie américaine et du mouvement français de mai 68. Ken habite dans une petite ville de Ky
ûshû connue pour sa base militaire américaine. Au Japon, une vague de contestation politique fait son apparition, animée par certains élèves du lycée Nord où étudie Ken, de plus en plus intéressé par ce mouvement qui veut notamment faire cesser la guerre au Vietnam. Ken est accompagné d’un petit groupe d’amis qui vont peu à peu se lancer dans des opérations contre le système politique en place.

Ken a selon moi toutes les caractéristiques de l'anti-héros. Il est assez détestable. C'est un adolescent désagréable à vivre, égoïste, vulgaire, mauvais élève, qui se moque de tout le monde à part des personnes qui l'intéressent le plus comme Kazuko Matsui. Ken ne souhaite qu'attirer l'attention sur lui tout le temps ; cela se ressent dans les conversations avec ses amis. Il essaye toujours de se mettre en avant en évoquant la culture occidentale : Rimbaud, Godard, Shakespeare, etc. alors même que le lecteur n'est pas persuadé qu'il ait lu l'ensemble des auteurs qu'il évoque. Notre héros cherche à tout prix à profiter de la vie, à connaître l'amour et à perdre son pucelage. Un de ses amis ose lui dire ses quatre vérités vers la fin du roman : « Tu es une vraie crapule ! Je n'ai jamais vu un égoïste pareil ! » ; il lui dit aussi que c'est un menteur et trouve d'autres éléments pour illustrer son égoïsme : « Menteur ! Tu avais l'intention d'utiliser l'argent des billets pour dîner en tête-à-tête avec Matsui dans le meilleur restaurant de grillades de la ville ! » Ken avoue son propre égoïsme quelques lignes plus tard : « Il avait raison. Mon propre égoïsme me faisait horreur et des larmes de honte se mirent à gonfler mes paupières, poil au derrière. » La fin de la phrase montre à quel point Ken n'a finalement aucun remords et culpabilise seulement quelques secondes pour le principe. De plus, il semble parfois oublier ses idéaux et ses convictions. Il n’est capable de dire et de montrer ce qu'il pense réellement qu'en présence de personnes qu’il pense dominer et diriger.

Sa mère semble désespérée lorsqu'il se fait arrêter à la suite de la pose des barricades dans son lycée. Au contraire le père paraît plutôt fier de son fils et lui donne même des conseils sur le comportement à adopter une fois arrivé au commissariat. Nous pouvons voir ce que Ken pense de l'éducation dans le roman : « Pas beaucoup de bien. L’éducation au Japon aujourd’hui n'a pas pour but de former des individus, mais des rouages de l’État capitaliste.» ; « être lycéen était la première étape de la DOMESTICATION de l'homme. »

L'influence occidentale est très marquée tout au long du roman et plus généralement l'influence américaine. Dès le début, pour présenter l'année 1969, l'auteur propose de nombreux repères :

 

« 1969. Annulation des examens d'entrée à l'université de Tokyo. Les Beatles sortent l'album blanc, Yellow Submarine et Abbey Road. Du côté des Rolling Stones, c'est l'année de Honky Tonk Women, leur meilleur quarante-cinq tours. Des jeunes aux cheveux longs, les hippies, réclament de l'amour et de la paix. À Paris, de Gaulle démissionne ; au Vietnam, la guerre continue. Auprès des lycéennes, le Tampax n'a pas encore remplacé les serviettes hygiéniques. »

 

Ken énumère énormément de références culturelles tout au long du roman, elles sont toutes occidentales et musicales dans la plupart des cas. Le narrateur cite aussi bien Nietzsche que Rimbaud, Sartre, Genet, Céline, Camus, Bataille, Anatole France, Alain Delon, Janis Joplin, Bach, Jimi Hendrix ou Shakespeare.

Comme dit précédemment, ce livre est très éloigné de l'univers sombre et pessimiste auquel Murakami nous a habitué. Ce livre est très frais et propose le point de vue inhabituel d'un adolescent à la fin des années 60 au Japon. Murakami brosse un portrait de la jeunesse japonaise partagée entre nationalisme et socialisme. Elle cherche à bousculer les contraintes de la société à travers les arts : le rock, le cinéma. L'auteur nous raconte par le biais de Ken son adolescence de manière drôle et légère. Il alterne des passages et des réflexions drôles avec des passages plus calmes et émouvants comme sa sortie à la plage, en tête à tête avec Kazuko Matsui.

Le langage de Ken est extrêmement familier. Nous pouvons trouver des mots et des expressions comme « chatte », « un clochard crois moi ça pue », « péquenots », « mon trou du cul me démangeait » tout au long du livre. J'ai pu parfois très facilement imaginer telle ou telle scène si le roman était adapté au cinéma. Très souvent, le roman me faisait penser à un scénario de film et j'imaginais une voix off disant ce que je lisais pendant qu'une scène du livre se déroulait. La manière dont sont écrits certains passages me fait penser au scénario d'une comédie. L'extrait serait alors l'équivalent d'un passage en voix-off qui servirait à poser la situation d'un début de comédie.

 

« C'est ainsi que commença pour moi l'année 1969, l'une des plus intéressantes parmi les trente-deux que j'ai vécues jusqu'à ce jour. Nous avions dix-sept ans. »

 

Le début, comme la fin du roman, est une description des personnages où aucune action ne se déroule :

 

« L'un de nos camarades se rappelait avoir pris des leçons particulières d'orgue en même temps qu'elle à la maternelle. Ce bienheureux s'appelait Tadashi Yamada, nom qui présentait la particularité de s'écrire avec trois caractères chinois très simples que l'on apprend dès le cours préparatoire : « droit », « montagne », « rizière ». Excellent élève, il visait la faculté de médecine d'une université nationale tandis que la pureté de ses traits lui valait une flatteuse réputation jusque dans les écoles voisines. »

 

La fin du roman évoque chaque personnage et raconte ce qu’il est devenu :

 

« Yuji Shirokushi est devenu médecin. Je l'ai rencontré une fois seulement, alors qu'il était encore étudiant. Il m'a raconté qu'à deux exceptions près, toutes les filles de bar et de cabaret à qui il l'avait demandé avaient accepté de coucher avec lui quand il leur avait montré sa carte d'étudiant à la faculté de médecine. »

 

Murakami nous propose, parfois, des situations très ridicules et sordides mais aussi plus dangereuses que ne le laisse supposer le récit :

 

« Nakamura me regarda, bouche bée, tandis que je lui désignais le bureau du proviseur.

– Je ne peux pas faire ça...

– Et pourquoi pas ? Tu as été capable de nous faire rire au risque de nous faire prendre, non ? C'est ta punition... Si nous étions de vrais guérilleros, nous t'aurions abattu sur place comme un chien.

Nakaruma était au bord des larmes. Voyant que ni Adama, ni moi n'étions disposés à céder, il se résigna à grimper sur l'imposant bureau que baignait le clair de lune.

Ne regardez pas, dit-il d'une voix blanche en baissant son pantalon.

– Si tu sens que ça va faire du bruit, arrête-toi, murmura Adama en se pinçant le nez.

– Tu crois que c'est facile ? Si ça commence, je ne pourrai pas m'arrêter !

– Tu préfères que nous soyons tous renvoyés de l'école ?

– Laissez-moi aller aux toilettes, alors...

– Pas question.

Son petit cul blanc brillait sous les reflets de la lune.

– Je suis trop nerveux, ça ne vient pas.

– Pousse !

Adama lui prodiguait des conseils quand tout à coup... Avec un petit cri douloureux, Nakamura lâcha un énorme pet foireux. Un vrai bruit de pompe à eau qui se débloque ! Adama le saisit au collet et lui ordonna à l'oreille :

– Arrête-toi, putain ! Bouche-toi le trou du cul avec ce que tu veux, mais arrête-toi !

– Trop tard, gémit Nakamura.

Jamais je n'aurais cru qu'un cul qui chie puisse faire autant de bruit. Je jetai un coup d’œil dans le couloir en direction de la loge des concierges. J'avais la chair de poule. Si nous étions renvoyés à cause d'un pet trop bruyant, nous n'avions pas fini d'être la risée du toute l'école ! Les concierges ne semblaient pas s'être réveillés. Nakamura se torcha avec la Lettre mensuelle de l'Association des proviseurs de lycée de la préfecture de Nagasaki et sourit, embarrassé. »

 

J’ai beaucoup apprécié de plonger dans le passé de l’auteur. Je ne n’avais jamais lu un livre, ni vu de film traitant de cette période au Japon et j’ai trouvé cela à la fois intéressant et amusant de découvrir ce qui avait découlé du mouvement hippie de l’autre côté du Pacifique. J'ignorais même qu'il avait pu se passer un phénomène similaire à notre mai 68.


Morgane, 2ème année édition-librairie

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

Murakami Ryu Bleu presque transparent

 

 

 

 

 

Article d'Océane sur Bleu presque transparent.

 

 

 

 


 

Murakami Ryu Raffles Hotel  

 

 

 

 

Article de Noémie sur Raffles Hotel.

 

 

 

 

murakami ryu parasites

 

 

 

Article de Laure sur Parasites.

 

 

 


 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

 

Articles de Morgane, de Marie-Aurélie  et de Gaëlle sur Les Bébés de la consigne automatique

 

 

 

 


murakami-ruy-melancholia.gif

 

 

 

Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






article de Lucille sur Ecstasy

 

 

 

 


 

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