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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 07:00

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MURAKAMI Ryū

村上 龍
Bleu presque transparent
Titre original

限りなく透明に近いブルー
Kagirinaku tōmei ni chikai burū
Traduction de
Guy Morel et Georges Belmont
Éditions
1977, Kodansha International Ltd (VO)
1979, Robert Laffont (VF)
1997, Philippe Picquier (Poche)

 

 

 

 

 

 

Biographie

Note : Ne pas confondre avec Murakami Haruki, ils n’ont aucun lien de parenté.

Murakami Ryūnosuke est né en 1952 à Sasebo (préfecture de Nagasaki). Il a déjà publié une trentaine de livres.

Il passe son enfance dans une ville portuaire qui abrite une base militaire américaine, où il subira l’influence occidentale de l’occupation. En 1968, alors qu’il est étudiant en école secondaire, il assiste à une manifestation des Zengakuren (« Fédération japonaise des associations d'autogestion étudiantes ») qui proteste contre l’arrivée d’un porte-avions nucléaire. L’année suivante il est renvoyé pour avoir monté une barricade sur le toit de son établissement contre la présence de l’armée américaine. On observe alors une sorte de Mai 68 à la japonaise.

En 1970, Murakami s'installe à Tokyo dans la préfecture de Fussa. Il étudie ensuite le design à l'université d'art de Musashino (autre préfecture de Tokyo).

En 1976, il publie Bleu presque transparent, son premier roman, qui obtient la même année le Prix Akutagawa (équivalent du Goncourt) et le Prix Gunzō* du nouveau talent. C’est un succès foudroyant puisqu’il s’écoule à plus d’un million d’exemplaires en six mois à peine. Il a reçu le prix Yomiuri** en 1998 pour  Miso Soup. Il est aussi connu pour  Les bébés de la consigne automatique,  Parasites ou encore Love and Pop.

 L’un de ses romans sera adapté par Takashi Miike en 2002 sous le titre Audition et Murakami sera lui-même réalisateur, scénariste et producteur de plusieurs de ses œuvres (Bleu presque transparent a ainsi pris le nom de Tokyo Decadence).

* Prix littéraire décerné par la revue Gunzō qui récompense les romans et les essais critiques. Les lauréats sont publiés dans le numéro de juin du magazine et reçoivent 500 000 yens (4 583.46 €).

** Prix créé après la Seconde Guerre mondiale dans l’esprit de « mettre en valeur une nation culturelle ». Il est décerné une fois par an et récompense des œuvres de l’année précédente. Les lauréats reçoivent une pierre à encre symbolique et 2 millions de yens (18 333,82 €).



Résumé de l’œuvre

C’est l’histoire d’une bande d’amis désillusionnés et sans espoirs. Ils font partie de la jeunesse d’après-guerre à qui on ne promet aucun avenir. Dans une Tokyo triste et qui semble gâtée, ils partagent leurs jours entre alcool, drogues, sexe et rock dans un long cycle d’autodestruction à la fois des valeurs morales et du corps. Avec un regard si neutre qu’il en est oppressant, Murakami nous montre le quotidien d’une « génération perdue ». Dans ce groupe qui marche main dans la main vers un sombre avenir, Ryū cherche. D’une ville construite à partir d’une succession d’images à la pluie au-dehors, quelque chose semble conserver son innocence en lui.



Commentaire

La première chose qui frappe le lecteur dans ce roman est le décor dans lequel il entre dès les premières lignes. On débute dans un espace intime, l’appartement de Ryū. Dès la page 10, on assiste à une prise d’héroïne puis on nous suggère une relation sexuelle entre deux personnages dont on découvre à peine les noms. Le lecteur est pplacé dans la position d’un voyeur : le décor est minutieusement détaillé ainsi que les actions, jusqu’à indiquer précisément le processus de stérilisation de l’aiguille puis l’administration de l’héroïne dans le sang, l’état de béatitude dans lequel plonge le narrateur, les odeurs, les sensations…

De plus, le fait que le personnage porte le même nom que l’auteur et l’utilisation de la première personne suggère qu’il s’agit d’une autobiographie, de même que la lettre à la fin qui semble occuper la fonction d’un épilogue mais qui n’a pas de lien explicite avec le récit :

« Lettre à Lili

Lorsqu’on m’a proposé d’imprimer mon roman, j’ai demandé qu’on me laissât le soin de faire la couverture. C’est que, pendant que j’écrivais ce livre, je pensais toujours l’orner de ton visage. Tu te souviens de cette photo ? Celle que j’avais prise lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois, au Niagara. Te rappelles-tu que nous avions fait un concours à qui boirait le plus d’absinthe ? Au troisième verre, j’ai emprunté l’appareil d’un hippy hollandais qui se trouvait là, pour faire cette photo de toi. Tu l’as sans doute oublié, car, tout de suite après, tu t’es écroulée, à ton neuvième verre.

Lili, où es-tu à présent ? Il y a peut-être quatre ans de cela, j’ai voulu retourner encore une fois à ta maison, mais tu n’y étais plus. Si tu lis ce livre, écris-moi.

J’ai reçu une seule lettre d’Augusta, qui a regagné sa Louisiane. Elle raconte qu’elle est chauffeur de taxi et me charge de te dire salut. Qui sait même si tu ne t’es pas mariée avec ton peintre métis ? Mais cela m’est égal, j’aimerais te revoir juste encore une fois, même mariée. Nous chanterions une dernière fois tous les deux. Che sera sera, comme dans le temps.

Et surtout, ne va pas penser que j’ai changé, simplement parce que j’ai écrit ce roman. Je reste celui que j’étais alors, vraiment.

RYÛ »

Cela dérange considérablement et impose la question de savoir s’il s’agit de fiction ou d’une autobiographie mais le lecteur n’obtient jamais de réponse. En admettant l’hypothèse de l’autobiographie, on s’accroche à l’idée que ce n’est pas possible, que l’auteur n’aurait pas pu écrire de façon si cohérente et détaillée sous l’emprise de la drogue. Pourtant  un doute subsiste toujours et met mal à l’aise, principalement à cause de la lettre. Celle-ci donne des informations qui apparaissent pour la première fois dans le livre telle que la présence du peintre métis, Augusta, la Louisiane, leur rencontre au Niagara… Il apparaît que l’auteur soit en train de s’adresser à une Lili réelle, qu’il connut lors de sa jeunesse et perdit de vue, mais rien dans sa biographie ne permet de l’affirmer.

Malgré les thèmes peu engageants qui nous sont présentés, l’écriture finit par entraîner avec elle. Elle est simple, crue, vulgaire, et tellement neutre vis-à-vis des tableaux parfois écœurants qu’elle décrit que l’on peut se sentir prisonnier de la décrépitude ambiante. Elle m’a fait penser à Hell, de Lolita Pille, où le personnage principal se moque du monde et tente d’y trouver une distraction par la drogue et la consommation. Tout comme ils assument leurs vices, nous parvenons à supporter la vue de la dégradation progressive des personnages grâce à cette distance instaurée par la froideur de l’écriture. Elle agit comme une barrière qui nous empêche de souffrir totalement avec eux.

De plus, les métaphores utilisées nous perdent dans le fil de l’histoire ; on dirait que Murakami s’amuse à nous dérouter pour mieux nous replonger ensuite dans des situations gênantes, comme s’il nous donnait une bouffée d’air avant que l’on étouffe. Il soutient un rythme tendu et laisse la possibilité de s’arrêter d’observer le temps de quelques lignes. Il arrive régulièrement dans ces tableaux étranges que l’on relise une, deux ou trois fois le même paragraphe pour tenter de trouver une explication. Ce laps de temps permet d’oublier pour une petite pause le récit duquel on est prisonnier. En ce sens, ce roman m’a fait penser aux Mémoires de Charles de Gaulle lorsqu’il commence à écrire des envolées lyriques et inattendues juste après la description très minutieuse d’une bataille.

Par exemple, en pleine orgie, Ryū raconte (p 83-84) :

 « Des sensations aiguës me galopent dans le corps, emportées par le sang, et viennent se fixer au niveau des tempes. Une fois nées, elles s’accrochent au corps pour ne plus le lâcher. Comme sous une brûlure de pétard, la mince couche de chair sous la peau de mes tempes se met à grésiller. Concentrant mon esprit et mes sens sur cette brûlure, j’en viens presque à me figurer que tout mon corps n’est plus qu’un gigantesque pénis. A moins que je ne sois qu’une réduction d’homme qui aurait le don de s’insinuer dans les femmes, puis de s’y démener comme un forcené pour les faire jouir. J’essaie d’agripper la Noire par les épaules ; mais, sans ralentir sa rotation du cul, elle se penche vers moi et me mord les seins jusqu’au sang. »

Il y a cependant quelques lueurs d’espoir dans cet étouffement constant. Quelle que soit la situation dans laquelle se trouve Ryū, il a des sursauts de lucidité, de raison, qui donnent le sentiment qu’il n’est pas complètement perdu. Il semble détaché des autres en plus d’être détaché de la réalité. En outre, on apprend vers la fin de l’œuvre qu’il a un passe-temps qui vise plutôt à construire qu’à détruire :

 « Les maisons, les champs se rapprochent lentement et puis glissent et disparaissent comme s’ils tombaient derrière toi, pas vrai ? Et tout ce théâtre se mélange à ce que tu as dans la tête. Les gens qui attendent à un arrêt d’autobus ; un type bien habillé qui titube, complètement soûl ; une vieille femme qui pousse une charrette croulant sous les mandarines ; des champs de fleurs ; des ports ; des centrales électriques… Tout ça t’arrive dessus et s’évanouit aussi vite que c’est venu, tant et si bien que ça se mêle avec les pensées précédentes – tu comprends ce que je veux dire ? Le filtre à photo, les champs de fleurs, les centrales électriques, tout ça s’assemble. Et ensuite, moi, je malaxe à ma guise, je mélange lentement les choses que je vois et celles que je pense. Ça prend longtemps ; ça suppose que j’aille chercher au fond de ma mémoire des rêves, des livres que j’ai lus, des souvenirs, pour en faire une photo, oui ! c’est ça, une sorte de scène genre photo-souvenir. »

Il nous montre de ce fait que tout n’est pas perdu, que malgré la noirceur du monde dans lequel il se trouve, il y a de quoi rêver, il y a de quoi faire quelque chose qui n’entraînera pas la mort, la déchéance.

Enfin, un dernier élément important est le personnage de Lili qui reste énigmatique du début à la fin. Elle apparaît quatre fois, dans des passages de plus en plus longs pendant lesquels on en apprend plus sur la psychologie de Ryū. C’est comme si l’on échangeait les rôles : lorsqu’elle est absente, on peut observer du point de vue de Ryū, voir les autres, les détailler, les écouter. Lorsque Lili est là, on passe de son côté et c’est alors Ryū qui parle, qui se livre, comme si la fonction narrative l’empêchait de se dévoiler. On réalise alors que d’une certaine façon, en tant que celui qui décrit la déchéance, il porte un poids conséquent dans le récit. Lili donne également des informations que l’on trouve traditionnellement au début des romans sur les personnages principaux, telles que l’âge, l’activité (p 180) :

 «  T’sais, Ryû, je lis un roman où y’a un type qui te ressemble, c’est pas croyable ! Tout craché.

Lili est assise dans la cuisine, où elle attend que l’eau bouille dans le ballon rond de la cafetière. Elle chasse de la main un petit insecte qui voltige autour d’elle. Je me laisse sombrer dans le canapé encore creusé par son corps et me passe interminablement la langue sur les lèvres.

– Ce mec, t’sais, celui du roman, il a des putes qui travaillent pour lui à Las Vegas ; ça fait qu’il organise des partouzes pour riches, avec ses femmes – tout comme toi, non ? Ça l’empêche pas d’être encore jeune, comme toi aussi, je me suis dit. T’as dix-neuf ans, non ? »

Les thèmes abordés sont :

– La drogue : elle est omniprésente puisque chaque soirée commence par une injection, de la fumée ou des cachets destinés à faire complètement « planer » chacun des personnages.

– Le sexe : de même il est très présent, entre la soirée avec les Noirs, les rendez-vous chez Ryū ou dans le bar de Reiko.

– L’alcool : moins courant, on trouve quand même assez régulièrement des boissons fortes ou les effets de celles-ci déjà en cours sur les personnages (exemple : yeux jaunis à cause du foie qui n’arrive plus à le digérer).

– La musique : le rock rythme les différentes scènes. Presque chaque nouvelle action introduit un nouveau morceau. On retrouve là une allusion à l’époque d’après-guerre et l’occupation américaine qui influence culturellement le Japon.

– La violence : qu’elle soit physique, symbolique ou verbale, elle est récurrente. Elle apparaît sous forme de dégradation du corps et des mœurs (drogues, orgies à longueur de journées), d’insultes copieuses, et physiquement avec plusieurs passages à tabac, une tentative de suicide.

– L’amour : ce thème occupe une place plus restreinte mais apparaît malgré tout comme important. Il est présent entre Reiko et Okinawa, Yoshiyama et Kei ou encore Ryū et Lili, implicitement. Il s’oppose aux autres, tout comme Ryū s’oppose à ses amis dans son attitude qui laisse entrevoir l’espoir qu’il y a quelque chose à construire.



Mon avis

Je suis restée sceptique et j’ai en même temps bien aimé ce livre car on se laisse prendre au bout d’un moment par l’écriture de l’auteur et on finit par adopter ce regard glacial sur les personnages qui permet de soutenir cette situation de voyeurisme dans laquelle le lecteur est placé. La fin est particulièrement saisissante puisqu’elle ajoute une touche de lumière dans un récit qui semble marquer le désespoir de la jeunesse. Que ce soit par l’écœurement ou par l’intensité des sensations des personnages qui se transmettent au lecteur, on reste difficilement extérieur à ce que l’on lit. Il faut faire l’effort de dépasser les premières pages et la narration in media res  pour vraiment se forger une opinion sur le style d’écriture de Murakami et estimer s’il nous plaît ou non.


Océane B, 1ère année Ed-Lib, 2011/2012.

 

Sources

 http://www.editions-picquier.fr/auteurs/fiche.donut?id=8

 http://www.editions-picquier.fr/catalogue/fiche.donut?id=53&cid=

 http://www.yomiuri.co.jp/intview/0223dy17.html

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Gunz%C5%8D

  http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Yomiuri

 

 

 

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

Murakami Ryu Raffles Hotel 

 

 

 

Article de Noémie sur Raffles Hotel.

 

 

 

 

 

 

 

 

murakami ryu parasites

 

 

 

Article de Laure sur Parasites.

 

 

 


 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

 

Articles de Marie-Aurélie  et de Gaëlle sur Les Bébés de la consigne automatique

 

 

 

 


murakami-ruy-melancholia.gif

 

 

 

Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






article de Lucille sur Ecstasy

 

 



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