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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 07:00

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MURAKAMI Ryū
村上 龍
Les bébés de la consigne automatique, 1980
コインロッカー・ベイビーズ
Koinrokkā Beibīzu
Traduit du japonais
par Corinne Atlan
Picquier poche, 1998








Murakami Ryū
Murakami-Ryu.jpg
 Murakami Ryū — son vrai prénom est Ryūnosuke — est né le 19 février 1952 à Sasebo (préfecture de Nagasaki). Cette petite ville abritait une base navale de l'armée américaine. Murakami Ryū a donc été très tôt influencé par la culture occidentale. Il est aujourd'hui écrivain, scénariste et réalisateur. Il a d'abord étudié le design à l’université des Beaux-Arts de Tokyo  avant d'écrire son premier roman en 1976,  Bleu presque transparent. Ce livre se vendra à plus d'un million d'exemplaires en six mois au Japon et lui vaudra le prix Akutagawa.  Murakami Ryū obtiendra également le Prix Gunzō (1976), le Prix Yomiuri (1998) ainsi que le Prix Tanizaki en 2000.



L'histoire

Hashi et Kiku sont deux enfants liés par l’abandon de leurs mères respectives lors de l’été 1972.  Neuf enfants ont été abandonnés dans les mêmes conditions mais ce sont les seuls à avoir survécu. Ils se retrouvent dans le même orphelinat et ne se quitteront plus jusqu'à la fugue de Hashi des années plus tard. Tandis que Hashi est un enfant très timide et enfermé dans son monde, Kiku a tendance à défendre son frère en jouant des poings mais ces enfants sont tous deux diagnostiqués autistes. Un psychothérapeute va leur faire suivre une thérapie avant-gardiste qui consiste à les mettre sous somnifères et à leur faire écouter le bruit des battements de cœur de la mère qu'entend un fœtus. Les enfants ne se rendent absolument pas compte de ce qu'ils font lors de ces séances et leur autisme disparaîtra pour un temps.

Hashi sera à la recherche de ce son toute sa vie.  Le jour où il commence à s'en souvenir, il entreprend d’enregistrer tous les bruits de la rue, de la télévision, de la radio, etc. dans le but de retrouver ce fameux son qu'il n'arrive pas à définir. Et à force d’écouter et de mémoriser tous ces sons existants il deviendra un chanteur capable de contrôler, par sa seule voix, les émotions des gens. Quant à Kiku c'est sa rencontre avec Gazelle qui va être primordiale pour lui. Gazelle est un homme mystérieux et solitaire dont on ne sait pas beaucoup de choses. Il parle à Kiku, pour la première fois, de la datura. La datura est une sorte de drogue qui peut plonger une personne dans une véritable psychose destructrice. La victime se transforme en « machine à tuer ». Kiku n'a plus qu'une idée en tête trouver la datura et semer la destruction.

L’année de ses quinze ans, Hashi fugue à Tokyo dans le but de retrouver sa mère. Quelques mois plus tard,  Kiku part à sa recherche. Il retrouve Hashi qui se prostitue dans  « l’îlot de la drogue », un quartier au centre de Tokyo interdit car contaminé par un produit chimique. Après s’être retrouvés, les deux frères vont vivre chacun de leur côté à Tokyo. Kiku rencontre Anémone, une jeune mannequin qui vit avec son crocodile de compagnie. Tandis que Hashi parvient à devenir chanteur et connaît grâce à son manager un immense succès. Pour accroître encore ce succès, son manager tente de retrouver la mère biologique du chanteur afin d’organiser une émission consacrée à ces retrouvailles.



Une atmosphère dérangeante 

L'atmosphère générale, lourde et étouffante, est créée dès le début du livre par la répétition des mots « chaleur », « sueur », « étouffant », etc. Les deux premières pages sont très représentatives de ce que nous réserve la suite du récit. Les thèmes récurrents sont le sexe, la violence, la maladie mentale et physique, la cruauté dont l'Homme est capable. Malgré ces thèmes très sombres l'auteur parvient à utiliser l'humour mais un humour grotesque qui, dans le contexte, semble déplacé et rend l'atmosphère encore plus malsaine.

Les lieux sont un élément important de cette atmosphère dérangeante et malsaine. Il y a par exemple l'existence, au centre de Tokyo d'un quartier interdit à cause d'une contamination due à un produit chimique. Comme personne ne veut y aller, il est devenu le refuge de clochards, prostitués, criminels et drogués. Il y a également la mine désaffectée où jouent les garçons lorsqu'ils sont enfants, également lieu interdit habité par des mendiants.

Les personnages sont un autre élément important de cette atmosphère. Ils sont tous plus fous et marginaux les uns que les autres. Nous avons par exemple Anémone, la jeune mannequin que rencontre Kiku, qui vit avec un crocodile et qui partage les mêmes envies de destruction que Kiku :

 

« J’irai le brûler au soleil, il deviendra un énorme ballon d’air chaud qui se transforme en énorme nuage et quand ce nuage crèvera une pluie se mettra à tomber sans s’arrêter jusqu’à ce que tes poumons en pourrissent d’humidité, les trottoirs mouillés finiront par se fendre, les flaques s’élargiront en petites rivières coulant entre les buildings, le niveau de l’eau montera tous les jours jusqu’à ce que l’humidité empêche tout le monde de respirer et que les palétuviers poussent entre les fentes du béton, la villes les arbres s’écrouleront, pourriront dans l’eau et deviendront des nids d’insectes venimeux comme tu n’en as jamais vu, les insectes pondront des œufs d’où des larves sortiront en rampant et c’est alors que tes cauchemars d’alcoolique et d’overdose de sperme commenceront à se réaliser. » (page 177, édition Picquier poche).

 

Il y a également Mister D, le manager de Hashi, un homosexuel mégalomane qui, lorsqu'il mange beaucoup de gras de viande, peut coucher avec des femmes et ne plus avoir envie de coucher avec des hommes. Les relations entre les personnes sont aussi assez malsaines. En effet, c'est Mister D qui pousse Hashi à se prostituer avant d'en faire un chanteur.

Il y a aussi Hashi, homosexuel qui, finalement, l'année de ses dix-neuf ans, se marie avec Niva, une femme de 38 ans ; après un cancer du sein, elle a subi une ablation de la poitrine. Hashi retrouve donc un peu sa mère dans cette femme de 38 ans et, étant homosexuel, il choisit une femme sans poitrine. Nous avons donc là des relations très bizarres, troublantes et assez malsaines qui participe à cette atmosphère dérangeante.



Le style et le discours de l'auteur

Le procédé narratif de Murakami est vite repérable. On peut le qualifier de narration à tiroirs. Il consiste à faire rencontrer à son héros un personnage dont il raconte l'histoire. Nous trouvons également des extraits de livres ou un article à l'intérieur du récit. Les descriptions sont extrêmement visuelles, faisant surgir des images incongrues d'une précision qui ne fait qu'ajouter à notre malaise. L'auteur parvient ici, à mêler violence, humour mais aussi poésie, ce qui rend ce récit si particulier et inhabituel mais également très plaisant.

Murakami Ryū tient un discours des plus fatalistes. Il faut savoir que ce livre a été écrit en 1980 ; or, l'action se passe essentiellement en 1987 et c'est ainsi que l'auteur donne une vision prémonitoire de l'importante place des médias, de la pub et de la mode dans notre monde. L’univers décrit dans ce livre est proche de notre société de consommation d'aujourd'hui. Nous trouvons également au centre de ce récit l'idée de destruction de la ville en faveur d'un retour à la nature sauvage. Ce thème de la nature est très présent dans la culture japonaise mais ici, elle est défendue avec beaucoup de violence. À cela s'ajoute une critique d’une société japonaise très individualiste. Un passage du livre résume très bien toutes ces idées :

 

« Rien n’a changé depuis l’époque où on hurlait enfermés dans nos casiers de consigne, maintenant c’est une consigne de luxe, avec piscine, plantes vertes, animaux de compagnie, beautés nues, musique, et même musées, cinémas et hôpitaux psychiatriques, mais c’est toujours une boîte même si elle est énorme, et on finit toujours par se heurter à un mur, même en écartant les obstacles et en suivant ses propres désirs, et si on essaie de grimper ce mur pour sauter de l’autre côté, il y a des types en train de ricaner tout en haut qui nous renvoient en bas à coups de pied. […] il n'y a qu'une solution : foncer dans le tas, pulvériser tout ce qui se présente, retourner à zéro, réduire tout ça en cendres ! » (pages 416-417).

 

 

 

Avis

Un livre très prenant au début mais il arrive un seuil où une lassitude s'installe. Nous ne sommes plus vraiment sûr que tous les actes de violence soient justifiés, nous sommes dans la surenchère. Malgré cela c'est un livre à lire ne serait-ce que pour le style de Murakami. En effet, j'ai vraiment apprécié ce mélange de violence, d'humour et de poésie. Un livre qui ne nous laisse pas indifférent mais âmes sensibles s'abstenir.


Morgane Boubault, 1ère année Éd/Lib 2012-2013.

 

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

Murakami Ryu Bleu presque transparent

 

 

 

Article d'Océane sur Bleu presque transparent.

 

 

 

 


 

Murakami Ryu Raffles Hotel  

 

 

 

 

Article de Noémie sur Raffles Hotel.

 

 

 

 

murakami ryu parasites

 

 

 

Article de Laure sur Parasites.

 

 

 


 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

 

Articles de Marie-Aurélie  et de Gaëlle sur Les Bébés de la consigne automatique

 

 

 

 


murakami-ruy-melancholia.gif

 

 

 

Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






article de Lucille sur Ecstasy

 

 

 

 


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