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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 07:00

Murakami-Ryu-Lignes.gif






MURAKAMI Ryū
村上 龍
Lignes
ライン
Line
Traduit du japonais
par Sylvain Cardonnel
Philippe Picquier, 2000
Picquier Poche, 2003




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lignes est un roman de l'auteur japonais Ryū Murakami paru en 1988. Pour rappel, Ryū Murakami a écrit une trentaine de livres et est notamment connu pour écrire des romans sombres dont la violence reflète, selon lui, celle de la société japonaise contemporaine.


L’histoire

Ce livre est le compte rendu de vingt destins croisés qui pourraient même être considérés comme des nouvelles indépendantes s’ils n'étaient pas liés à chaque fin de chapitre par la rencontre entre deux personnages.

Le roman commence avec Mukai, un photographe passionné, marié à une femme mystérieuse, Maki. Mukai est un habitué des clubs sadomasochistes de Tokyo qu'il fréquente une fois par mois. Un jour, alors que sa femme a demandé le divorce, une prostituée raconte à Mukai l'histoire d'une jeune fille qui serait capable de lire dans les signaux électriques, dans les lignes. Mukai pense alors qu'il aimerait bien connaître la jeune fille en question pour pouvoir espionner ce que dit sa femme au téléphone. Ce motif des « lignes », introduit par la prostituée, est le début d'un voyage entre de multiples personnages dont les destins se croisent et se ressemblent.

Bien que la jeune fille capable de lire dans les lignes électriques ne soit pas présente dans tout le roman, c'est l'élément qui en constitue le fil rouge. Cette idée de lignes est une obsession qu'il est possible de retrouver dans l'histoire individuelle de chaque personnage ; le lecteur se trouve embarqué dans une course folle et découvre la vie d'une vingtaine de personnes malheureuses, seules, parfois folles, qui semblent en pleine errance.

Dans la postface de l'édition française l'auteur dit qu'il a l'impression d'être arrivé à Lignes « en écrivant  des romans ayant pour motif des sujets négatifs tels que le bizutage à l'école, le neutre, le désir de suicide, le body piercing ou la prostitution adolescente. »

J'ai eu l'impression en lisant Lignes que les ingrédients composant le livre étaient bien tous liés à la violence physique ou morale qui trouve ici son paroxysme.



Structure et écriture

On peut qualifier la structure de ce roman d'éclatée et de polyphonique, comme l'indique la quatrième de couverture de l'édition française. En effet, il est composé de vingt chapitres presque indépendants les uns des autres portant tous le nom d'un personnage sauf le dernier qui s'intitule « les autres ». Il y a une unité de lieu et de temps ainsi que de tonalité dans ce livre puisque toutes les histoires se passent à Tokyo et se déroulent l'espace d'une nuit.

Chaque chapitre porte le nom du personnage qui fait son apparition à la fin. Dans l'édition française le choix a été fait de marquer sur chaque page le nom du chapitre et donc du protagoniste. Ce choix de mise en page donne une impression d'omniprésence des personnages ; il est impossible de les oublier et le lecteur se retrouve condamné à suivre lui aussi les lignes qui dirigent chacun. Ces destins croisés, tous soumis au temps qui passe et aux souvenirs, sont parfaitement illustrés par cette structure si particulière qui semble souligner la solitude des personnages ; ils se croisent sans jamais se voir réellement.

On trouve dans chaque histoire un narrateur omniscient qui connaît les pensées de tout le monde en même temps, ce qui peut parfois être un peu perturbant pour le lecteur.

Le schéma interne des chapitres est preque toujours le même : on est dans le présent avec un personnage puis il commence à se souvenir de son passé, on apprend alors son histoire puis il retourne dans le présent, souvent présenté par des dialogues ou l'emploi de phrases courtes.

Les récits connaissent de forts changements de rythme et les réflexions parfois très longues des personnages qui se remémorent leur passé sont coupées par des reprises de dialogues dans le présent ou par un retour subit à la réalité.

Pour caractériser l'état d'esprit des personnages, Murakami emploie un style très particulier, fait de séries d'énumérations ou de nombreuses répétitions (il peut aller jusqu'à écrire trente fois le nom d'un personnage). Ces passages sont faciles à identifier et permettent au lecteur de ressentir le malaise des personnages, leurs réflexions ou leur errance dans un Tokyo morcelé.



Atmosphère

L'atmosphère de ce roman est terriblement dérangeante. Tous les personnages ont subi des traumatismes lorsqu'ils étaient enfants, ils ont tous étés battus ou ont subit des violences sexuelles. Ce roman donne une image des parents et de l'enfance bien éloignée des contes de fées ; c'est en effet très sombre. Aucun des parents n'a rempli son rôle et protégé son enfant. Dans Lignes, tout tourne toujours autour du sexe, de la solitude, de la folie ; on passe d'un personnage à un autre sans avoir le temps de reprendre son souffle, personne n'est épargné.

Beaucoup de scènes imposent des images très violentes. Chaque personnage possède une histoire qui lui est propre mais il semble impossible que l'un d'entre eux finisse par s'en sortir ; ils sont prisonniers de leur propre vie. La violence domine ce livre, qu'elle soit physique ou psychologique ; les personnages survivent dans l'horreur, celle de leur passé mais aussi celle de leur présent. Murakami délivre encore une fois une image très sombre et décadente de la société japonaise contemporaine qui la nuit semble comme possédée par la violence et la déchéance.

Cette violence semble découler directement d'une société faite d'incompréhensions et de malaises. Dans la postface du livre, l'auteur dit que « [ses] personnages ne possèdent pas encore leurs propres mots », que « ce sentiment de solitude et de tristesse [...] a englouti le Japon contemporain depuis la fin de l'époque de modernisation » et que « la littérature ne doit pas exercer d'hégémonie sur des gens dépourvue de mots. »

Une idée un peu réconfortante : si ces personnages ne possèdent pas encore leurs mots, cela nous laisse entrevoir la possibilité qu'un jour ils parviennent à exister au delà des « autres » et des lignes, symboles de l'omniprésence de la société moderne qui nous entoure.

Pour finir, je dirai que Lignes est un roman très intéressant qu'il faut cependant lire avec un certain recul pour ne pas se laisser envahir par la violence et la force des mots de Murakami ; à lire si le coeur vous en dit !


Aurélie S., 2ème année bib.

 

 

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