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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 07:00

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MURAKAMI Ryū,
Parasites

(Kyoseichu)
Roman traduit du japonais
par Sylvain Carbonnel
Edition Philippe Picquier, 2002
Edition Philippe Picquier poche, 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Murakami Ryū est né le 19 février 1952 à Sasebo (dans la préfecture de Nagasaki). C'est un écrivain et cinéaste japonais à ne pas confondre avec son confrère  Murakami Haruki (ils n'ont aucun lien de parenté).

Murakami Ryū est l'auteur prolifique d'une trentaine de livres dont les plus célèbres sont Bleu presque transparent (qui a reçu le prix Akutagawa en 1976),  les Bébés de la consigne automatique (1980) et Parasites. Il a également reçu le prix Yomiuri en 1998 pour  Miso Soup.

 

 


Bibliographie

Bleu presque transparent (限りなく透明に近いブルー, 1976)

La Guerre commence au-delà de la mer (海の向こうで戦争が始まる, 1977)

Les Bébés de la consigne automatique (コインロッカー・ベイビーズ, 1980)

1969 (シクスティナイン, 1987)

Topaze et autres nouvelles (トパーズ, 1988)

Raffles Hotel (ラッフルズホテル, 1989)

 Ecstasy (エクスタシー, 1993)

Kyoko (1995)

Love & pop (ラブ&ポップ, 1996)

 Miso Soup (イン ザ・ミソスープ, 1998)

Lignes (ライン, 1998)

 Melancholia (メランコリア, 2000)

 Thanatos (タナトス, 2001)



L'œuvre du Murakami

L'œuvre de Murakami est extrêmement sombre et désespérée. Elle reflète cette société japonaise où les individus sont isolés, perdus dans le monde de l'internet (Parasites), où des enfants sont isolés dans l'immensité des métropoles (comme dans  les Bébés de la consigne automatique), des exclus vivent en marge, parfois de prostitution (Miso Soup).

Murakami revisite et analyse son temps et l'histoire, celle du vrai Japon, pas si glorieuse. Il aborde les thèmes de la surconsommation, de la violence gratuite, de l'abandon des traditions, de la rupture des liens affectifs et sociaux. Murakami donne à lire une œuvre complexe, désordonnée mais encore inachevée.

C'est peut-être Parasites qui résume à lui seul cette œuvre. Un jeune homme, de ceux qui sont en complète rupture avec école et famille et ne communiquent plus qu'à travers Internet, pense qu'un ver est entré dans son corps. Il prend contact avec une organisation qui va le pousser à commettre des meurtres. Internet qui isole mais qui entraîne aussi vers l'autre, y compris pour le détruire.

 

 

 

 

Résumé

 

Uehara est ce qu'on appelle un  hikikomori. Il vit reclus dans son appartement avec pour seuls contacts sa mère qui vient de temps à temps lui apporter de quoi vivre et son médecin.

Un jour, cependant, Uehara décide de se connecter à Internet avec l'ordinateur que lui a offert sa mère. Sur le site d'une journaliste qu'il admire, il entre en contact avec une étrange organisation nommée INTER-BIO. Uehara leur confie son secret, un secret fou, en effet : Uehara pense être possédé par un étrange insecte depuis son enfance. Ce mystérieux insecte dont personne n'a entendu parler aurait pris possession de lui le jour où il rendait visite à son grand-père mourant à l'hôpital. Depuis ce jour, Uehara déclare être dans l'impossibilité de sortir de chez lui.

Dans ce roman de Murakami Ruy, Internet est omniprésent et joue un rôle à double tranchant : comment cet outil de communication peut-il conduire un être à une rupture totale avec la société, provoquer chez lui de sérieux troubles psychiques, le trasformer en un tueur sans remords ?




Analyse

Parasites retrace l'évolution (ou la chute ?) d'un personnage caractéristique de la société japonaise, caractéristique mais qu'on veut oublier : l'hikikomori. Uehara, d'abord enfermé chez lui, sans contact, finit par s'ouvrir au monde grâce à Internet. C'est en soi positif mais Internet est ici à double tranchant.

« Un formidable outil de communication, pensa-t-il. Inutile d'apparaître à visage découvert, le lecteur reste un parfait inconnu […] Il était inutile de tendre l'oreille pour écouter son interlocuteur ni d'avoir, en retour, à entendre sa propre voix. Inutile de dévoiler son identité – il pouvait être n'importe qui – et il était impossible de connaître l'identité réelle de ses correspondants. On pouvait enfin exprimer librement ses opinions ou ses pensées par des messages anonymes » (page 13-14)

Uehara, plongé dans son univers fantasmagorique, raconte l'histoire folle et improbable de ce mystérieux insecte. INTER-BIO lui sert un explication complètement inventée de ce ver khoslocatère avec l'aide de pages internet présentant des rapports scientifiques, historiques, ethnologiques. Ce parasite choisirait son porteur et ce dernier – possédé par lui – deviendrait ainsi un dieu tout puissant, élu, pouvant détruire, tuer, massacrer qui il veut.

« Il existe aussi certaines espèces ou groupes programmés pour disparaître d'eux-mêmes afin de préparer l'avènement de modes de vie biologiquement supérieurs. […] Le ver khoslocatère est l'annonce d'un nouvel espoir pour cette espèce qui a programmé son propre anéantissement. Les êtres humains dont le corps a été choisi pour abriter le ver khoslocatère ont reçu de Dieu le droit de tuer, de massacrer ou de se suicider » (pages 100-101).

Est-ce vrai ? Est-ce un mensonge ? Ici, ce n'est pas le plus important ; ce qui l'est, c'est qu'Uehara y croit. Grâce à l'explication de son état, Uehara reprend confiance en lui et commence enfin à sortir sans avoir peur. Mais il se pense investi d'une mission importante donnée par ce ver parasite : assassiner les personnes indignes.

 

 

Deux rencontres majeures.

Tout d'abord, INTER-BIO, étrange organisme qui paraît d'abord tout à fait normal, devient peu à peu menaçant et animé de mauvaises intentions. Les personnes se faisant passer pour INTER-BIO, comme on l'apprend au fil du roman, sont au final aussi seules qu'Uehara. Leur but : détruire sciemment des personnes fragiles comme Uehara en les poussant au suicide ou au meurtre (encore mieux : les deux).

Une autre rencontre importante survient lors d'une des premières sorties d'Uehara. En allant au drugstore faire de petites courses, le jeune homme rencontre une femme, folle, qui parle seule, rejetée par les autres. Bien décidé à la tuer, il finit par être invité chez elle pour un thé. Cette femme, délirante, croit voir en lui son fils disparu. Uehara n'ose pas la contredire et la laisse délirer en cherchant un moyen de la tuer proprement.

 

Elle va cependant renverser la situation en lui montrant un vieux film japonais de la Seconde Guerre mondiale. Ce film documentaire montre à Uehara des images diverses : d'enfants japonais à l'usine, d'étranges soldats avec des masques à gaz sur le visage, de troupes militaires, de suicides collectifs à l'arrivée de l'ennemi, de massacres... Et là, on bascule dans l'irréalité, le femme répète sans arrêt à Uehara : « regarde, c'est toi ! », « regarde, c'est toi ! » Et il finit par assimiler ces images comme faisant partie de son passé et de son caractère. On peut assimiler cette femme à un guide spirituel ; du moins c'est ce que Uehara pense car elle a provoqué en lui des visions et a fait parler le ver vivant dans son corps.

« Elle a essayé de m'enseigner la guerre et la mort. Elle m'a enseigné que la réalité était mensonge et que la vraie réalité était sur cet écran parmi ces images de mort et de massacre » (pages 189-190).

« C'était grâce au film que lui avait montré cette femme qu'il avait pu conserver son sang-froid lorsque ces types étaient morts devant ses yeux. En lui montrant le passé, elle lui avait annoncé les événements à venir. » (page 385).

C'est en ayant connaissance de ce nouveau chemin à prendre que Uehara met en place un plan pour se venger d'INTER-BIO.

 

 


L'ambivalence d'un titre au service de l'histoire

Le titre original est Kyôseichu (共生虫). Ce terme ne peut pas se traduire par « parasite » ; en effet, en Japonais, Kyôseichu signifie « symbiote » (organisme qui vit en symbiose avec un autre, la symbiose étant une association indissoluble et durable entre deux espèces dont chacune tire bénéfice.) Un symbiote n'est pas un parasite à proprement parler car un parasite est être qui se nourrit, vit aux dépens d’autrui au risque de le tuer sans que l'autre en tire bénéfice.


Mais alors pourquoi traduire Kyoseichu par Parasites et pas Symbiotes ? Si on va plus loin dans l'analyse du terme japonais, on se rend compte que le mot même de Kyôseichu a une double signification. D'abord « symbiote » mais si on découpe le mot en deux : kyosei veut dire « castration » et chu « insecte ». Le titre joue de cette double signification auprès du lectorat japonais, chose impossible avec une traduction française. Et cette polysémie est mise en relief dans l'œuvre de Murakami :

 

 

 –  Kyoseichu, c'est d'abord internet, à la fois outil devenant indispensable, au service des individus mais pouvant parasiter la vie, comme on peut le voir dans ce roman.

–  C'est aussi INTER-BIO, cette organisation qui vit pour détruire mais qui a besoin d'autrui pour exister.

–  Et c'est ce ver : symbiote ou parasite ? D'un côté il aide Uehara à sortir, à devenir lui-même, d'un autre il le force à tuer, à agresser.

–  Uehara lui-même, au début de l'histoire, est un parasite pour la société, inutile, désaxé, mais, à la fin du récit, pense être en osmose avec elle, croit avoir trouvé le moyen de la rendre meilleure.

 

 


L'écriture et l'intertextualité

La première chose à savoir, c'est que le lecteur est plongé directement dans l'esprit du narrateur, Uehara. En effet, on suit tout le développement de sa pensée, ses ressentis sur telle ou telle chose, ses interrogations, ses problèmes, ses difficultés. L'auteur utilise des phrases courtes, simples, comme si Uehara écrivait lui-même son journal à la troisième personne. Le tout est très imagé, plein de couleurs, d'odeurs, d'associations d'idées, de métaphores originales.

Ce qui est aussi saisissant dans ce récit est l'intertextualité. En effet, le récit est entrecoupé de longs paragraphes reproduisant les dossiers entiers sur le ver khoslocatère qu'Uehara a trouvés sur Internet, les mails échangés avec INTER-BIO dans leur intégralité, les nombreux témoignages de la Seconde Guerre mondiale également trouvés sur internet et que Uehara lit. C'est cette omniprésence d'informations, de témoignages qui met en relief la réalité du récit pour mieux replonger dans la folie de la situation.

Par exemple, dans un premier temps, le dossier historique sur l'existence du ver est présenté d'une telle façon que l'on ne peut qu'y croire. Tout semble juste, plausible au niveau des dates, des coutumes anciennes des peuples. L'auteur s'amuse, à partir de faits réels, à insérer sa petite touche imaginée au service du récit. La réalité bascule dans l'imaginaire et le mensonge sans que le lecteur en soit forcément conscient immédiatement.



Mon avis

Parasites n'est peut être pas le bon roman si on veut débuter dans la lecture de l'œuvre de Murakami Ryū. Pour apprécier tous les arguments développés dans Parasites, pour s'imprégner de l'ambiance du récit, je pense qu'il faut déjà avoir une idée (même petite) de l'univers de l'auteur.

Parasites est l'un des romans de Murakami Ryū que je préfère, car il faut en faire une deuxième lecture pour en dégager les enjeux. S'arrêter à ce que dit le narrateur, c'est juste plonger dans l'histoire d'un grand malade manipulé et manipulable. Mais c'est en lisant entre les lignes qu'on se rend compte de la richesse de ce roman et des réflexions développées par l'auteur sur notre société, vouée selon lui à disparaître.

« Les individus contraints de vivre "en retrait du monde" refusent probablement ce monde de fausse espérance » (Murakami Ryû, dans la postface de Parasites).

 

 

 

Laure Liarçou, 2e année Ed.-Lib.

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

 

Articles de Marie-Aurélie  et de Gaëlle sur Les Bébés de la consigne automatique

 

 

 

 


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Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






article de Lucille sur Ecstasy

 

 

 

 

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commentaires

rotko 14/06/2012 11:32

bonjour,

Ryu murakami aurait un vrai succès au Japon, notamment parce qu'il soulève des problèmes psychologiques ou sociaux specifiques à cette société ; ainsi dans "parasites", les cas de hikikomori.
http://tinyurl.com/cc3e9uu

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