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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 07:00

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Muriel BARBERY
Une gourmandise
Éditions Gallimard, 2000
Folio, 2008




 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel Barbery, ancienne professeur de philosophie signe un véritable succès avec L'Elégance du hérisson, paru en 2006. Son premier roman, Une gourmandise, édité en 2000, reste moins connu mais a obtenu cependant le prix du meilleur livre de Littérature gourmande. Et en effet, ce livre se déguste.

L'histoire, en soi, reste simple : un grand maître de la critique culinaire, sur son lit de mort, cherche dans ses souvenirs une saveur lointaine qu'il n'identifie pas. Gravitent autour de lui des personnages secondaires, les membres de sa famille, principalement.

Mais la plume de Muriel Barbery, elle, nous plonge dans l'univers de la gastronomie !


Vingt-huit courts chapitres forment le livre. Un chapitre sur deux a pour narrateur le critique mourant. Puis ces chapitres alternent avec la mise en avant des autres personnages qui nous livrent un à un leurs pensées et souvenirs. On apprend ainsi la cruelle ignorance dont le personnage principal a fait preuve envers sa famille, la haine qu'il a pu semer autour de lui... Le lecteur verra qu’il est bien difficile de s'attacher à lui.

Et pourtant, chacun de ses souvenirs nous plonge dans des expériences gustatives : de la viande à la brioche, en passant par le pain ou le poisson cru, tous les mets sont mis à nus. Par une écriture élégante et une justesse dans les mots choisis, l'auteur sait nous faire revivre nos propres expériences à l’image, même modestement, de la madeleine de Proust.

Voici par exemple un petit extrait du souvenir du personnage principal sur le pain. Ou plutôt, les différentes étapes de la dégustation du pain :

« L'attaque, qui se heurte d'emblée aux murailles de la croûte, s'ébahit, sitôt ce barrage surmonté, du consentement que lui donne la mie fraîche. Il y a un tel fossé entre l'écorce craquelée, parfois dure comme de la pierre, parfois juste parure qui cède très vite à l'offensive, et la tendresse de la substance interne qui se love dans les joues avec une docilité câline, que c'en est presque déconcertant. Les fissures de l'enveloppe sont autant d'infiltrations champêtres : on dirait un labour, on se prend à songer au paysan, dans l'air du soir ; au clocher du village, sept heures viennent de sonner ; il essuie son front au revers de sa veste ; fin du labour. À l'intersection de la croûte et de la mie, en revanche, c'est un moulin qui prend forme sous notre regard intérieur ; la poussière de blé vole autour de la meule, l'air est infesté de poudre volatile ; et de nouveau changement de tableau, parce que le palais vient d'épouser la mousse alvéolée libérée de son carcan et que le travail des mâchoires peut commencer. C'est bien du pain et pourtant ça se mange comme du gâteau ; mais à la différence de la pâtisserie, ou même de la viennoiserie, mâcher le pain aboutit à un résultat surprenant, à un résultat... gluant. Il faut que la boule de mie mâchée et remâchée finisse par s'agglomérer en une masse gluante et sans espace par où l'air puisse s'infiltre r; le pain glue, oui, parfaitement, il glue ».

Cet extrait permet de souligner l'écriture recherchée de Muriel Barbery. Certes un peu déconcertante pour beaucoup, elle sait toutefois nous plonger dans un véritable tourbillon de saveurs.

L'auteur, philosophe, cherche aussi par ce thème culinaire léger, à toucher le lecteur et lui faire partager de petites réflexions. On a donc aussi ce regard philosophique à travers le passé du personnage principal. Ainsi, dans le chapitre 7 intitulé « Le poisson », le critique découvre toute une part de son humanité dans la dégustation du poisson :

« Il y a dans la chair du poisson grillé, du plus humble maquereau au plus raffiné des saumons, quelque chose qui échappe à la culture. C'est ainsi que les hommes, apprenant à cuire leur poisson, durent éprouver pour la première fois leur humanité, dans cette matière dont le feu révélait conjointement la pureté et la sauvagerie essentielles. [...] La viande est virile, puissante, le poisson est étrange et cruel. Il vient d'un autre monde, celui de la mer secrète qui jamais ne se livrera, il témoigne de l'absolue relativité de notre existence et pourtant, il se donne à nous dans le dévoilement éphémère d'une contrée inconnue. Lorsque je savourais ces sardines grillées, en autiste que rien, à cette heure, ne pouvait troubler, je savais que je me rendais humain par cette extraordinaire confrontation avec une sensation venue d'ailleurs et qui m'apprenait par contraste ma qualité d'homme ».

C'est un peu léger, certes, mais peu besoin de grandes vérités pour apprécier cet ouvrage. Je vous laisse donc sur votre « faim » avec je l’espère le plaisir d'ouvrir « Une gourmandise ».


Anne-Fleur, A.S. Éd.-Lib.

 

 

Muriel BARBERY sur LITTEXPRESS

 

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Articles de Lena et d'Aurélie sur L'Élégance du hérisson.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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