Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 07:00

Nagai-Kafu-la-Sumida.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

NAGAÏ Kafū
La Sumida
Titre original
Sumidagawa
traduit du japonais
par Pierre Faure
Gallimard / Unesco
Connaissance de l'Orient, 1975




 

 

 

 

 

 

 

 

NagaiKafu.jpgL'auteur

Nagaï Kafū, de son vrai nom Nagaï Sokichi, est né à Tōkyō le 3 décembre 1879 (an 12 de l'ère Meiji). Il vient d'une famille aisée avec un père haut fonctionnaire, de bonne origine. Ce dernier est très strict et attaché aux principes autoritaires de la morale confucéenne. Sa mère est au contraire douce et effacée, indulgente. C'est elle qui lui apprend la beauté des arts dont le kabuki (théâtre japonais).

Le père de Nagaï Kafū est « du côté de la nouveauté sans libération » tandis que l'auteur est du côté de « l'ancienneté sans contraintes ». Cela entraîne des conflits et une rébellion de la part de Nagaï envers son père.

Il manifeste aussi peu d'enthousiasme pour l'école qui a des principes stricts, et il est brutalisé par ses camarades. Il est plutôt attiré par la poésie chinoise, aime aller dans la Ville Basse, dans les quartiers comme celui des geisha de Yanibashi ou celui des plaisirs de Yoshiwara. Il aime aussi flâner le long de la Sumida (rivière qui traverse Tōkyō). Ce sont ces années d'enfance et d'adolescence qui vont se retrouver dans ses romans.

Le pseudonyme Kafū signifie « le vent sur les lotus » et vient du nom d'une infirmière, O-Hasu (« Lotus »), dont il était amoureux. Il a aussi un autre pseudonyme, Kafū Shoshi.

Nagaï Kafū découvre Zola et le naturalisme français qui vont l'influencer ainsi que toute sa génération. Il est l'un des précurseurs du naturalisme dans la littérature japonaise. Le naturalisme français est une technique d'appréhension du monde tandis qu'au Japon le naturalisme est un instrument de libération individuelle et de justification philosophique et morale de l'écrivain.

L'auteur va aux États-Unis de 1903 à 1907 où il étudie à l'université du Michigan, travaille au Consulat du Japon à New York puis est employé de banque. Il part ensuite pour la France. Il travaille alors huit mois à Lyon dans une banque puis passe deux mois à Paris pour son propre plaisir.

Il rentre en 1908 au Japon.

L'éthique de Nagaï Kafū repose sur un double fondement, découvert ou confirmé en France : l'indépendance de l'individu et la force de la tradition. En décembre 1909, La Sumida est publiée. Une partie a d'ailleurs été censurée cette année. L'écrivain devient ensuite un « auteur de divertissement » dont la matière est le monde du plaisir.

En 1911, il accepte la chaire de littérature française de l'Université de Keiyô à Tôkyô, qu'il quitte en 1916. À la suite de cela, Nagaï Kafū s'éloigne de plus en plus de la société.

Le 30 avril 1959, il meurt à l'âge de 81 ans (année 34 de Showa).


Hiroshige.jpgBerges de la Sumida, Hiroshige

 

 

L'œuvre

Histoire

Les personnages principaux


Shōfūan Ragetsu, habite Ko-Ume (nom entier : Ko-Ume Kawara-machi). C'est un homme de presque 60 ans. Il a été renié par son père à cause de son mode de vie : libertinage, maître de haïkaï (ancien nom du haïku, poème de trois vers, respectivement en 5, 7, 5 mores) et donc est un artiste.

O-Taki, femme de Ragetsu. C’est une ancienne courtisane d'une maison de plaisir.

O-Toyo, sœur cadette de Ragetsu. Elle vit dans le quartier d'Imado. C'est un maître de Tokiwazu qui est un « poème dramatique en forme de récitatif […], l'une des formes de la musique de scène chantée (jôruri) du théâtre kabuki » (note 3 page 31).

Chōkichi, fils de O-Toyo. Il a 17 ans et va encore à l'école. Il éprouve des sentiments pour O-Ito.

 O-Ito, amie d'enfance de Chōkichi. Elle a 15 ans et va devenir geisha à Yoshi-chō.

Le point de vue change entre Ragetsu (chapitres 1-9-10), O-Toyo (chapitre 8) et Chōkichi (chapitres 2 à 7 et 9).



Résumé

(Fin de l'été) O-Ito part pour devenir geisha. Elle rencontre la veille Chōkichi qui ne veut pas être séparé d'elle et qui est triste, mélancolique. Le lendemain, il ne va pas en cours et part flâner au bord du fleuve, fait des détours dans les rues.

Chōkichi est doué pour la musique mais sa mère lui interdit d'en faire.

(Hiver) Plus Chōkichi grandit, moins il se sent heureux.

(Janvier) Chōkichi tombe malade. Lorsqu'il est guéri, il sort et assiste à une pièce de théâtre qui met en scène l'histoire de Izayoï et Seishin (tentative de double suicide du couple). Cela lui donne envie de devenir acteur. De plus, le thème du double suicide le fascine et il aimerait faire pareil.

(Avril) O-Toyo est fatiguée, lasse d'élever son fils seule. Elle a appris que son fils ne désire plus aller à l'école et qu'il souhaite être acteur, ce qui est totalement différent des projets qu'elle avait pour lui. Elle va donc voir Ragetsu pour qu'il fasse changer son neveu d'avis. Il accepte et mène à bien sa mission même s'il n'en est pas très fier. Chōkichi est désespéré car il comptait sur son oncle pour se lancer dans le théâtre.

(Début été) Des inondations ont lieu et Chôkichi tombe malade (grippe compliquée d'une fièvre typhoïde) car il est resté trop longtemps dehors dans l'eau. Il est amené à l'hôpital.

Ragetsu se retrouve seul dans la maison et il découvre dans la chambre de Chōkichi une lettre dans laquelle il raconte son ressentiment par rapport à sa séparation avec O-Ito, le fait qu'il ne puisse pas devenir acteur. Il voudrait se suicider mais n'en a pas le courage. Sa solution est donc de se rendre malade et d'en mourir.

Ragetsu est accablé de remords après cette découverte et il prie pour que son neveu s'en sorte.



Analyse

L'histoire évolue selon les saisons, entraînant parfois des ellipses entre les chapitres.

On remarque un lien entre l'auteur et le personnage de Chōkichi : le père de Nagaï Kafû voulait qu'il fasse de grandes études (tout comme O-Toyo) alors que lui voulait être auteur et aimait flâner.

Il y a une séparation entre deux mondes :

le monde des arts auquel aspire Chōkichi. Pour lui, le théâtre est une consolation, un moyen d'oublier O-Ito. C'est sa voie de salut et son unique raison d'être. C'est aussi le monde de Ragetsu et de O-Toyo (à contre-cœur, pour elle).

le monde du travail, dans les bureaux : ce que veut O-Toyo pour son fils.


L'histoire raconte donc les rêves, les désillusions, les libertés et désirs entravés de Chōkichi. Il est déchiré intérieurement ce qui conduit au « drame ». Il y a un parallèle entre O-Ito et Izayoï, et Chōkichi et Seishin par rapport au double suicide.

Au fil du texte, plusieurs descriptions de la Sumida sont faites selon le point de vue du personnage :

– Ragetsu décrit brièvement, est un peu mélancolique (page 35)

– O-Toyo est saisie par la vue de la Sumida mais la trouve trop « éclatante pour ses yeux fatigués » (page 94)

– Chōkichi éprouve de la tristesse.

« De la surface du fleuve qui brille d'un triste éclat cendré monte une vapeur qui presse vers son déclin cette journée d'hiver et estompe sous un voile brumeux la digue de la rive opposée. Entre les voiles des chalands, d'innombrables mouettes croisent leur vol. Les flots qui coulent avec rapidité paraissent à Chōkichi d'une tristesse inexplicable. Sur la digue d'en face, une lumière s'allume, puis une autre. Les arbres dénudés, le parapet de pierre desséché, les tuiles sales des toits et les autres objets qu'embrasse le regard présentent aux yeux des teintes froides et fanées [...] » (p. 85).

La description de la Sumida reflète ce qu'en pensait l'auteur : « La Sumida, c'était la réalité du spectacle de dévastation ». Il se souvient du passé, et trouve que c'était alors plus beau.

Le roman La Sumida est un mélange entre « la réalité des paysages dévastés » et « les sentiments intenses et douloureux » qu'il ressentait. C'est l'expression de la désolation par rapport à l'ère Meiji.

De plus l'auteur considère que, pour certains passages, la description est plus importante que les personnages.



Avis

Il émane beaucoup de regrets, de tristesse et de mélancolie du roman mais c'est très poétique.

L'action est peu importante, il y a beaucoup de descriptions de quartiers, du fleuve sans que cela soit ennuyeux ou rébarbatif. Elles sont très intéressantes car elles permettent d'imaginer le contexte et de découvrir la vie à cette époque.

Le livre est aussi très facile à lire.


Marine, 1ère année Bib.-Méd.

 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives