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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 07:00

Kiriko-Nananan-Fragments-d-amour.jpg

 

 

 

 

 

 

 

NANANAN Kiriko
(魚喃 キリコ)
Fragments d'amour
(短編集)
Tampenshū (2003)
Traduit par
Corinne Quentin
Casterman,
Sakka, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

kiriko-nananan.jpgKiriko Nananan est née le 14 décembre 1972 au Japon. Faire du manga est chez elle une vocation puisqu'elle dit s'être entraînée à en recopier et réadapter dès l'âge de cinq ans. Elle a été publiée pour la première fois en 1993 dans la revue Garo. Ce mensuel est d'ailleurs à l'origine de la découverte de nombre de mangaka et a permis la popularisation du manga d'auteur.

En France, Kiriko Nananan est publiée uniquement dans la collection Sakka (« auteur » en japonais) des éditions Casterman. Sept de ses titres sont à ce jour disponibles dans cette collection. Cette dernière a été dirigée par Frédéric Boilet qui a fondé en 2001 un mouvement littéraire appelé la Nouvelle manga. Ce mouvement vise à associer artistiquement les auteurs de manga japonais et les auteurs de bande-dessinée français.

Kiriko Nananan a longtemps été ennuyée par certaines contraintes imposées dans les revues de mangas pour filles : les personnages féminins se devaient d'être sages, l'auteur ne pouvait dessiner de scènes érotiques, ni même de baisers trop profonds par exemple. C'est en découvrant les mangas novateurs d'Okazaki Kyōko, centrés sur la sexualité et l'intimité féminines, que Kiriko Nananan réalise que c'est, elle aussi, de ce thème qu'elle veut traiter.

Kiriko Nananan L'aquarium

Fragments d'amour est un recueil de dix-neuf récits courts, prépubliés dans différents magazines japonais entre 1997 et 2003. Le titre original, Tampenshū, signifie « histoires ». Ce titre a été publié en France en 2009 et traduit par Corinne Quentin. Les récits sont rédigés à la première personne ; il s'agit chaque fois du point de vue d'un personnage féminin. Toutes les nouvelles ont pour thème central, comme le titre du recueil l'indique, l'amour. La mangaka trouve son inspiration dans ses propres ressentis lors d'un chagrin d'amour.

Ainsi, on assiste dans ces récits aux déboires sentimentaux de jeunes gens dans une période de transition entre l'adolescence et la vie d'adulte. Différentes situations sont abordées au fil des histoires : triangle amoureux dans « À propos d'elle, juste une chose », débuts de la sexualité dans « Amours blessantes VI », jalousie entre sœurs dans « Après tout, pourquoi pas ? », poids de la solitude dans « Un petit bout de soirée », grossesse inavouée dans « Crépuscule », amitié garçon/fille dans « Amours blessantes V »…

On a souvent affaire à des personnages naïfs, dépassés par leurs sentiments, incompris à la fois par autrui et par eux-mêmes. Certains sont, au début du récit, très sûrs d'eux, de leurs positions, mais s'aperçoivent finalement qu'ils se trompaient. L'enjeu redondant de ces nouvelles est la quête d'identité du personnage-narrateur : reconstruction suite à une rupture, recherche de sa place dans le couple, poids de la solitude, bouleversement du passage à l'âge adulte…

Les personnages, comme les situations, sont ambigus. Dans des récits tels que « C'était une nuit », des « je t'aime » sont lancés, sans qu'on sache s'ils sont fondés ou non. Parfois, on parvient au terme d'une histoire sans en avoir saisi le dénouement. Cela s'explique par le fait que l'objectif de Kiriko Nananan est de produire des mangas qui puissent êtres relus. Elle se dit obsédée par tout ce qui se trouve entre les lignes. C'est donc volontairement qu'elle fait persister des zones d'ombres. Le lecteur est amené à réfléchir, à relire plus attentivement l'histoire pour capter des indices aidant à la compréhension qui, peut-être, ne peuvent être perçus à la première lecture.
Kiriko-Nananan-C-est-bien-que-ce-soit-toi.jpg
Le style de dessin de Kiriko Nananan vient d'ailleurs accentuer les incertitudes et entraîne le lecteur encore plus avant dans son analyse, chaque détail pouvant servir à l'interprétation. Le graphisme de la mangaka est basé sur le noir et blanc, l'ensemble est lisse, dépouillé, presque minimaliste et joue sur les contrastes. Kiriko Nananan utilise des aplats de blanc ou de noir afin d'exprimer les sentiments qui ne peuvent être mis en mots. Selon elle, parler de tristesse dans un vide peut renforcer cette sensation par exemple.

Kiriko Nananan souhaite faire de chaque case une illustration à part entière, qui soit suffisamment forte pour pouvoir être prise à part, évaluée indépendamment du reste de la planche. Elle recherche cependant une harmonie dans l'assemblage d'une page, qui doit être vue comme un ensemble. Elle porte une attention particulière au positionnement du texte qui est, pour elle, un élément primordial de l'effet produit par une page.
Kiriko-Nananan-Jusqu-a-une-porchaine-fois.jpg
Ce style très épuré induit des confusions entre les personnages, même s'il s'agit parfois de personnages de sexe opposé : coupe et couleur de cheveux identiques, peu de distinction entre les vêtements. Il arrive donc de perdre le fil de certains récits, tout particulièrement lorsqu'il s'agit de dialogues. Le lecteur se doit alors de porter attention à d'autres détails afin de deviner qui est qui, ou doit se construire sa propre interprétation.

On note une alternance entre cadrage d'une partie du corps, détail d'un objet de la pièce, gros plan de visage, vue d'ensemble de la scène… La technique n'est pas la même dans tous les récits, « C'est bien que ce soit toi » étant celui qui diffère le plus des autres. Cela s'explique sans doute par le fait qu'ils aient été écrits sur une période de six ans. Il est donc normal que le style de la mangaka ait évolué.

Il n'y a dans ce recueil aucune pudeur dans les mots qui sont très crus, à l'inverse des dessins qui eux, sont plus dans la suggestion. Contrairement à Kyōko Okazaki, son modèle, Kiriko Nananan choisit de ne pas rendre ses graphismes trop explicites. Les scènes de sexualité sont suggérées par des froissements de draps, des enchevêtrement de courbes ou restent concentrées sur les visages des personnages. Et quand bien même on croit deviner quelque chose de très érotique, un doute persiste.

Le style de Kiriko Nananan a été récompensé par un prix délivré par l’École Européenne Supérieure de l’Image en 2008 et mis en avant lors du festival d'Angoulême de 2009 au cours duquel ses dessins étaient exposés en grand format.


Kelly, 1ère année éd.-lib.

 

 

NANANAN Kiriko sur LITTEXPRESS

 

Image 1 - NANANAN Kiriko - Amours blessantes

 

 

 

Article de Margot sur Amours blessantes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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