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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 07:00

Nasser Djemai Invisibles




Nasser DJEMAÏ
Invisibles : La tragédie des Chibanis
Actes Sud Papiers, 2011




 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur

Nasser Djemaï est né en France en 1971. Sa famille est d’origine algérienne : son père est arrivé en France en 1969 et a fait venir sa famille en 1970, avec le regroupement familial. Nasser Djemaï a fait des études pour se perfectionner au théâtre : l’école de la Comédie de Saint-Étienne, puis la Birmingham School of Speech and Drama. Après avoir joué dans de multiples pièces de théâtre, il décide de se lancer dans la mise en scène de ses propres textes :

Une étoile pour Noël, en 2006
Les vipères se parfument au jasmin, en 2008
Invisibles, en 2011, œuvre à laquelle nous allons nous intéresser maintenant.



Présentation

Dans cette pièce, il y a six personnages principaux : Martin, Driss, Hamid, Majid, Shériff et El-Hadj ; il y a également quelques allusions à d’autres personnes, qui ne sont cependant pas présentes réellement mais plutôt dans les souvenirs.

L’auteur a également précisé au début de l’œuvre que les scènes entre les Chibanis doivent être jouées en bilingue français-arabe et ce dans le but d’en appuyer l’authenticité.



Résumé
 
Avant de résumer cette pièce de théâtre en quelques mots, il faut savoir que  le mot « chibani » se traduit littéralement par « vieux aux cheveux blancs ». Cela désigne tous les vieux immigrés maghrébins, qui ont tout quitté dans leur pays pour venir travailler en France lors de la période des Trente Glorieuses, quand la France manquait de main-d’œuvre. Ils sont maintenant obligés de rester vivre dans de mauvaises conditions, dans des foyers, afin de ne pas perdre leur pension. Ils n’en oublient pas pour autant leur origine, leur famille et leurs valeurs, auxquelles ils sont très attachés.

À travers le personnage de Martin, un métis (sa mère est française, son père est un chibani), on peut découvrir l’univers de cinq chibanis, leur histoire à chacun. En effet suite à la mort de sa mère Louise, il part à la recherche d’un certain El-Hadj à qui il doit remettre un coffret et il cherche également son père qu’il n’a jamais connu. Nasser Djemaï a fait un important travail de recherche sur les chibanis avant d’écrire cette œuvre, dans le but de bien retranscrire la réalité de ces hommes.



 « J’ai même pas pu rire une dernière fois avec elle, même pas pu lui donner la main une dernière fois. Comme un con, il fallait que je foute ce putain de rendez-vous de dentiste ce jour-là.

À côté de son lit, elle m’a laissé ce petit coffret. Avec ce petit mot que l’infirmière a noté comme elle a pu : "Mon fils, il faut qu’il sache... il faut qu’il retrouve son père...donne-lui aussi le coffret... Docteur Raphaël... il comprendra tout... El-Hadj... Lui, il saura..." Il y avait un nom et une adresse. »

Toute la pièce part de ces quelques mots que Louise a fait parvenir à son fils, puisqu’il va ensuite se lancer à la recherche d’El-Hadj et du docteur Raphaël.

Fait particulier, les femmes sont assez peu présentes dans cette œuvre puisque la mère de Martin meurt au tout début et que les femmes des chibanis sont présentes dans leur esprit mais presque fantomatiques, on ne les voit pas.



À certains moments, on pourrait croire qu’il s’agit d’une pièce du théâtre de l’absurde car parfois deux personnes conversent, mais elles disent chacune à voix haute leurs pensées, sans faire attention à l’autre. On se retrouve ainsi avec des propos dépourvus de logique.



Bien que cette pièce puisse paraître tragique, notamment quand on voit que les chibanis se savent rejetés par la société française, il y a tout de même des éléments comiques.

« Une femme âgée passe, elle porte le voile. Silence. Les quatre hommes la saluent poliment avec un grand sourire... Un temps. Driss, glacial :

Elle est vieille, elle est bête, elle est moche.

HAMID. Heureusement, elle porte le voile, ça cache un peu... »



Raisons de cette œuvre

Nasser Djemaï a écrit cette pièce de théâtre pour deux raisons :

  • tout d’abord, il voulait retranscrire en quelque sorte l’histoire de son père ;
  •  de plus, ce sujet qui le passionne, n’a jamais été traité au théâtre.

 

Outre le fait qu’elle permette de faire découvrir un aspect peu connu de notre société, ce qui rend cette pièce encore plus attachante est le fait qu’elle ne soit pas écrite dans un style documentaire comme on pourrait le croire, mais dans un style romanesque. L’auteur a ajouté un certain suspens en ne nous informant pas sur trois choses : le contenu du coffret, qui est El-Hadj et qui est le père de Martin. On n’apprend toutes ces choses qu’à la fin de la pièce. De plus, on ne suit qu’une histoire au lieu d’une myriade de témoignages, ce qui permet un meilleur approfondissement.

Cette pièce présente également l’avantage de faire réfléchir le lecteur ou le spectateur sur l’exclusion que subissent certaines personnes. Nasser Djemaï a d’ailleurs affirmé lors d’une interview, qu’à la fin  de la représentation, il y avait beaucoup de débats entre les spectateurs.

Au niveau du langage, le style est assez brut, révélateur de la façon de parler de ces chibanis, qui ont appris seuls la langue française.



Représentations

Cette pièce est jouée depuis 2011 dans toute la France par une troupe de comédiens. Nasser Djemaï en assure lui-même la mise en scène. Cette pièce était également présentée au festival d’Avignon en 2012. La troupe interprète Invisibles du 16 au 20 octobre au TNBA.


Clémence G., 1ère année bib.-méd. 2012-2013

 

 

Voir également la critique de Maude

 


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Published by Clémence - dans théâtre
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