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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 07:00

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Natsumé SŌSEKI
Botchan
Éditions du Serpent à plumes
Collection Motifs, 1993.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur
 

Kinnosuke Natsumé est né le 9 février 1967 à Edo, aujourd’hui Tōkyō, et meurt d'un ulcère à l'estomac à l'âge de 49 ans. Enfant non désiré, il est confié très jeune à une famille de serviteurs jusqu'à l'âge de neuf ans. De retour dans son foyer d'origine, il est toujours rejeté par ses parents. Sa mère meurt alors qu'il n'a que 14 ans. En 1888, il prend comme nom d'auteur « Sōseki » qui signifie littéralement « se rincer la bouche avec une pierre » emprunté aux deux premiers caractères d'une expression chinoise des Anecdotes contemporaines et nouveaux propos de l'auteur Liu Yiqing.

Lorsqu'il entre au collège, il se destine déjà à l'écriture et se passionne pour l'écriture chinoise. En entrant à l'université de Tōkyō, en 1884, il entame des études d'architecture ainsi que d'anglais. Il entre au département de cette même langue à Tōkyō en 1890 et obtient son diplôme trois ans plus tard. Au cours de ces années, il écrit de nombreux articles au sujet de poètes anglais, des haikus (poèmes japonais très codifiés et à sonorités symboliques) et se penche sur l'œuvre de Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy. En 1895, il part enseigner à Matsuyama, au sud du Japon, sur l'île du Shikoku. C'est suite à cette expérience qu'il entreprendra dix ans plus tard l'écriture de Botchan.

De 1900 à 1903, le gouvernement japonais l'envoie enseigner en Angleterre. Il y passe le plus clair de son temps plongé dans ses lectures et enfermé chez lui. Cette ouverture vers l'Occident l'aura inspiré pour de nombreux textes qui retracent cette expérience.

C'est à la demande du gouvernement japonais qu'il revient au Japon et devient enseignant référent en littérature anglaise à l'université de Tōkyô. Mais il décide de se consacrer entièrement à l'écriture en 1907 et débute grâce à un contrat avec le journal de la capitale : Asahi Shimbun.

Parmi ses grandes œuvres nous pouvons citer Je suis un chat paru en 1905. C'est à travers les yeux d'un chat noir qu'il dépeint la vie d'un professeur d'anglais dans le Japon de son temps.

 
Retour historique sur le Japon de l'ère Meiji

Natsumé Sōseki est un auteur imprégné de cette période. Avant l'ère Meiji, le Japon se situé dans l'ère d'Edo. De 1600 à 1868, le pays était fermé sur lui-même, les flux migratoires de population étaient extrêmement contrôlés, que ce soit vers l'extérieur ou l'intérieur du territoire. Durant près de 250 ans, le Japon a connu une paix intérieure bénéfique au développement de ses arts mais également défavorable aux échanges éventuels avec l'Occident qui n'hésitait pas à soumettre ce pays à différentes pressions. Le pouvoir était alors détenu par le shogun (le général) appartenant à la famille Tokugawa depuis des générations.

D'année en année, les opposants au régime se sont fait entendre, les réformes en faveur de la nouvelle ère se sont développées. Edo fut rebaptisée Tōkyō, « la capitale de l'est ». La période Meiji symbolise le début de la politique de modernisation et la fin de l'isolement du Japon. Elle s'étend de 1868 à 1912. Les Japonais ont évolué dans une ère de transition, entre traditions et modernisation, entre la nostalgie de leur passé et la complexité future du monde extérieur. Ce bouleversement social, culturel et politique entraîna de nombreuses modifications au Japon dans les domaines de l'industrie, de l'agriculture, de la culture, de l'économie.

 Natsumé Sôseki s'ancre dans cette nouvelle ère, entre nostalgie et envie. Botchan en est une illustration. Il fut publié pour la première fois dans la revue Hototogisu en 1906.
 

Résumé
 
L'histoire débute fin XIXe siècle lorsque Botchan est encore jeune. Orphelin à l'âge de 16 ans, il se lance dans les études. Il passe trois en école de physique à Tōkyō et obtient son diplôme. Répondant à une annonce d'emploi, il devient enseignant de mathématiques pour la première fois dans une province du Shikoku.

En pleine ère Meiji, Botchan, à la fois petit maître de sa servante Kyo et petit jeune homme, naïf, est un « vrai petit gars d'Edo ».Il se dévalorise lui-même en repensant à cette idée de partir : « Lorsque j'y resonge à présent, cet acte m'apparaît comme une bévue due à mon irréflexion congénitale ». Il se voit entraîné dans un collège aux règles strictes, aux relations tumultueuses entre les enseignants, et se trouve en butte aux moqueries des élèves. Les professeurs sont jaloux les uns des autres et exigent un certain respect dû à leur position hiérarchique. Botchan ne se prive pas de leur donner des surnoms dévalorisants et caustiques.

Suite à de nombreuses péripéties, notamment des injustices dont Botchan est témoin, ce dernier n'hésite pas à ridiculiser le proviseur ainsi que son bras droit après qu'ils ont satisfait leurs besoins charnels en compagnie d'une geisha.

Botchan décide de démissionner et retourne paisiblement retrouver sa vieille servante, Kyo, toujours aussi serviable et amicale.

 
Analyse

Natsumé Sôseki a écrit ce roman suite à une dépression. Il cherche à écrire un texte gai et picaresque : l’œuvre comporte des éléments autobiographiques et raconte l'histoire d’un orphelin plus ou moins marginalisé. C'est sur ces deux points que nous allons faire porter notre explication.

Concernant les éléments se rapprochant de l'écriture de soi, il est intéressant de mettre en parallèle la vie de Botchan et celle de Sōseki. En effet ils ont tous deux étudié durant trois années à Tōkyō pour ensuite partir enseigner à Matsuyama pour l'auteur et « quelque part au Shikoku » pour le héros durant la même période, à la fin du XIXe siècle, au début de l'ère Meiji.

Les lieux dans lesquels ils se trouvent se ressemblent. Il y a les sources thermales de Dōgo Onsen, appréciées des deux : « Dans le coin, rien ne valait ce qui existait à Tōkyō, mais les sources d'eau chaude étaient très appréciables. ».

Sōseki se permet aussi de faire référence à des personnes qu'il a connus au cours de l'écriture de Botchan. Les deux personnages féminins de son roman : Kyo et Madone par exemple représentent deux femmes qu'il a rencontrées. L’une était l'amoureuse libérée d'un de ses amis, l’autre est une femme connue dans la salle d'attente d'un ophtalmologue lorsqu'il préparait son examen d'entrée à l'université. L'un des enseignants, surnommé « courge-verte » dans le roman, correspond à un homme qu'il a connu, appelé Morita et éperdument amoureux de cette Madone qui lui causera un chagrin d'amour. En hommage à un jeune homme vaillant et ambitieux, il donne comme nom de famille à Botchan celui d’Ota (qui ne sera mentionné qu'une seule fois dans tout le roman).


Sōseki avait pour volonté de créer un roman qui lui donnerait du plaisir et qui ne serait pas seulement une échappatoire psychothérapique.

L'humour est utilisé notamment dans une optique de dérision. Botchan s'amuse à décrire ses collègues avec des surnoms décalés :

« Aujourd'hui je suis allée à l'école, et j'ai donné des surnoms à tout le monde. Le directeur, c'est le Blaireau, Le sous-directeur : Chemise-Rouge, le professeur d'anglais : Courge-Verte, celui de mathématiques : Porc-Épic, celui de dessin : le Bouffon. ».

Une scène amusante qui relève du comique de gestes met Botchan dans une position délicate : les élèves lui font la mauvaise blague d'introduire des sauterelles dans son lit.

« J'avais éprouvé des sensations très inquiétantes tant que je ne connaissais pas la nature de ces choses sur moi, mais quand je compris que ce n'étaient que des sauterelles, la colère m'envahit. Espèces d'insectes sauteurs, vous pensiez me faire peur, à votre tour maintenant ! Je saisis mon polochon et frappai avec deux ou trois coups, mais l'adversaire était trop petit et mon attaque débordante de vigueur était d'autant plus inefficace. »

(Imaginons Botchan se secouant dans tous les sens pour venir à bout de ces petites bestioles !!).

Tout au long du roman, Sōseki met en opposition deux mondes : celui de Botchan au caractère candide et intrépide, représentant de la tradition d'Edo, et celui d'une époque Meiji caractérisée par des enseignants pédants et faisant les paons. Ils cherchent à se mettre en valeur vis-à-vis des Occidentaux.

Il a voulu refléter les tourments des Japonais confrontés à l’évolution de la société. Pris entre deux feux, ce peuple se cherchait entre traditions et modernisation.

 « Nos maisons n'ont plus d'engawa (véranda japonaise) et nous avons perdu l'espace spirituel qu'elle représentait. Simultanément, nous n'avons plus aucun désir de nous opposer à la culture occidentale. Quelles motivations vont maintenant faire avancer les Japonais ? Peut-être sommes-nous déjà dans une liberté ambiguë et crépusculaire dans laquelle nous ne ressentons même plus le besoin de libérer notre esprit ? Notre société est vieillissante, notre culture légère et désinvolte, et nous n'avons même pas la conscience d'être vaincus. » Natsuo Sekikawa, Au temps de Botchan, volume 1.

 

 

Pauline, A.S. Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Natsume SÔSEKI sur LITTEXPRESS

 

Natsume Soseki, A travers la vitre

 

 

 Article de Valentin sur À travers la vitre.

 

 

 

 

 

 

 


 

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Article d'Anthony sur Oreiller d'herbes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 

 


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