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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 07:00

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Natsume Sōseki
夏目 漱石
Je suis un chat
吾輩は猫である
Wagahai wa neko de aru
Traduction de Jean Cholley
Éditions Gallimard / Unesco
Connaissance de l'Orient, 1978

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Natsume Sōseki est né à Edo (ancien nom de Tōkyō) en 1867. Un an plus tard, le Japon entrait dans l'ère Meiji, qui amène de très grands bouleversements au contact des cultures occidentales ; les modes de vie des classes les plus aisées changent de manière radicale. En 1900, Sōseki part étudier en Angleterre où il souffre de sa solitude et du choc culturel en plus de sa quasi-indigence. Il revient au Japon en 1903 pour enseigner à l'Université impériale de Tōkyō, mais ses élèves ne l'apprécient guère. En 1905, il rédige le texte qui deviendra le premier chapitre de Je suis un chat pour un ami qui le publie dans une revue littéraire. Face à l'engouement des lecteurs, Sōseki écrira les dix chapitres suivants jusqu'en 1906, où, lassé de son histoire, il donnera la mort à son personnage du chat de manière abrupte. En 1907, Sōseki quitte son poste de professeur d'anglais à l'université et entre à la rédaction du journal Asahi (Soleil du matin). Il souffre pendant plusieurs années de douleurs à l'estomac et décède en 1916.

Selon les études réalisées sur le texte de Sōseki, il se serait inspiré de Jonathan Swift et de Laurence Sterne pour écrire Je suis un chat.



L'histoire et le texte

Nous suivons pendant onze chapitres les histoires d'un jeune chat, né dans la rue, qui s'est introduit dans la demeure de Kushami, maître d'anglais méprisé pour son humeur détestable et ses manières hautaines. Le chat n'a pas de nom. Il rôde dans la maisonnée et raconte son univers d'une langue acérée et moqueuse. De Kuro, le chat du poissonnier, à la famille Kaneda, riche commerçant qui représente le changement des classes sociales japonaises, en passant par Kangetsu, futur docteur en magnétisme terrestre, et Meitei, étudiant de Kushami sûr de sa réussite et de sa supériorité, le chat nous dresse les portraits des différentes classes de la société sous forme de satire.

On note, dans le ton de la description de Sōseki, plusieurs nuances s’agissant des personnages. Lorsque le chat parle des classes supérieures, érudites comme financières, son ton est sarcastique et hautain, et il n'hésite pas à dénigrer sévèrement les discussions menées par ces penseurs qui se compliquent inutilement l'existence pour paraître intéressants. Il est plus tendre envers les populations plus pauvres, serviteurs et commerçants des rues d'Edo, dont il décrit l'ignorance avec humour plus que méchanceté. Les personnages sont, tout au long du roman, décrits davantage par leurs idées que par leur physique. Le chat se satisfait d'une seule description concise de temps en temps pour appuyer sur un aspect de l'apparence d'une personne, notamment la femme de Kaneda et son énorme nez.

Le statut social est d'une importance considérable, car il est représentatif de toute la société japonaise et de son système de castes très peu évoqué. Le chat nous offre un portrait de la société japonaise après la guerre contre la Russie de 1904 à 1905. Cette guerre marque un tournant dans le mode de pensée des intellectuels de l'époque. S'ils ont contribué, à l'entrée dans l'ère Meiji, à l'expansion des valeurs occidentales comme marque du développement intellectuel, ils finissent par critiquer ces mêmes valeurs qui détruisent la culture japonaise et les dépossèdent de leur statut privilégié au profit des hommes d'affaires et des marchands. Il faut savoir que l'ancien système des castes japonais admettait quatre statuts : les guerriers étaient les plus nobles, venaient ensuite les paysans, puis les artisans, et en dernier, les marchands, méprisés pour leur activité qui ne consiste qu'à faire de l'argent sur le dos d'autrui. Le début du XXe siècle offre un retournement de situation, très mal vu par les intellectuels. L'opposition entre hommes d'affaires et hommes d'esprit est très forte dans le roman, notamment avec la rivalité entre Kushami, Meitei et Kangetsu envers Kaneda. Ce dernier est de plus en plus respecté en ville, au détriment des trois amis qui perdent peu à peu leur statut et sombrent dans une sorte de désillusion au fil du livre. Kushami finit même par se demander si c'est lui qui devient complètement fou ou la société.

On remarque par ailleurs beaucoup de ressemblances entre Kushami et Sōseki. Tout deux souffrent de l'estomac, ce qui leur donne mauvais caractère ; ils enseignent l'anglais mais Kushami se distingue par sa personnalité indécise. Il tente au cours du livre de trouver plusieurs centres d'intérêt, de la peinture à la poésie, mais finit par abandonner dès que cela devient trop complexe. Kangetsu est également un personnage important pour la trame de l'histoire. Il rencontre au chapitre quatre la fille des Kaneda, dont il tombe amoureux en pensant qu'il s'agit d'un fantôme. Malheureusement, la jeune femme est bien réelle et sa mère rend très vite visite à Kushami pour obtenir des informations sur la personne qui a dévergondé sa fille. Naît alors un quiproquo autour du mot docteur, qui fait référence au niveau d'études de Kangetsu, mais que le femme de Kaneda interprète comme le fait qu'il étudie véritablement la médecine. La barrière de la culture et du langage se dresse ici et renforce les inimités entre les intellectuels et les hommes d'affaires.

Dans l'ensemble, ce roman est une grande satire de la société japonaise et plus généralement des hommes, qui agissent vainement pour obtenir un statut supérieur par la cupidité et la connaissance, sans se soucier des vraies nécessités et valeurs de l'existence. La fin même du chat est ironique : après avoir bu de la bière, chose qu'il ne connaissait pas, il se noie dans une vasque en récitant les prières pour le bouddha Amitabha. Le chat, qui a passé l'ensemble du livre à dénigrer les hommes et leurs mœurs, finit de la même manière qu'un vulgaire alcoolique tombé dans une rivière. Sans les références aux griffes, on pourrait véritablement penser à un être humain.



Note sur le titre original

Wagahai est une des nombreuses façons de dire du « je » en japonais. Selon le statut de la personne dans la société, son sexe et son âge, on n'utilise pas le même mot (aujourd'hui, watashi pour les femme ou pour parler de manière neutre, boku pour les jeunes garçons, ore pour des garçons plus vieux). Wagahai se traduirait davantage par un « Nous » équivalent à celui employé par les rois, ou du moins à une expression de la supériorité de la personne. Une traduction plus proche du titre original aurait pu donner « Moi, qui suis un chat », prononcé de manière très hautaine, ou encore, « Nous, qui sommes un chat », mais la traduction littérale est impossible en français.

 « Wagahai wa neko de aru » est aussi la toute première phrase du roman.


Marine, 2e année éd.-lib.

 

 

 

Natsume SÔSEKI sur LITTEXPRESS

 

 

Natsume Soseki Botchan

 

 

 

Article de Pauline sur Botchan

 

 

 

 

 

 


 

Natsume Soseki, A travers la vitre

 

 

 Articles d'Aurore et de Valentin sur À travers la vitre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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Article d'Anthony sur Oreiller d'herbes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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