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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 07:00

Neil-Gaiman-L-etrange-vie-de-Nobody-Owens.jpg


 

 

 

 

 

 

 

Neil GAIMAN
L’Étrange Vie de Nobody Owens
Titre Original

The Graveyard Book

Harper Collins, 2008

Traduction

Valérie Le Plouhinec
Albin Michel Jeunesse, 2009
J’ai lu, 2012

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur
         
Né le 10 novembre 19Neil-Gaiman-02.jpg60, à Portchester en Angleterre, Neil Gaiman se passionne très tôt pour la lecture et l’écriture. Il est particulièrement attiré par les comics et la fantasy, mais ses projets d’avenir en tant que scénariste de bande dessinée sont très vite étouffés par son entourage. Au début des années 1980, il se lance dans le journalisme (il a notamment travaillé au sein des journaux The Observer et The Sunday Times) : il réalise alors des interviews et rédige des critiques d’oeuvres littéraires. Cette entrée dans le monde du journalisme a un but avoué : établir des relations qui puissent lui permettre d’être un jour publié. En 1984, il tombe sur certains épisodes du comic Swamp Thing (La Créature du marais), scénarisés par Alan Moore. La passion enfouie refait surface et il scénarise alors pour Eclipse Comics, puis pour 2000 A.D., un hebdomadaire orienté vers les comics (il s’est entre-temps lié d’amitié avec Moore). Il écrit ensuite trois romans graphiques avec son ami de toujours, Dave McKean, auteur du remarqué Violent Cases. DC Comics l’engage alors pour écrire les aventures de Black Orchid, une super-héroïne, puis lui propose de réécrire une vieille série : Sandman. Les dix volumes qu’il écrit de 1988 à 1996 lui apportent la gloire et la reconnaissance. La publication et la réception en 1996 de son roman Neverwhere confirment son succès. En 2002, il reçoit le prix Hugo (le prix le plus prestigieux en matière de littérature fantastique ou de science-fiction) pour son roman American Gods. Il le reçoit une seconde fois en 2003 pour son roman court  Coraline, puis une troisième fois pour L’Étrange vie de Nobody Owens. Neil Gaiman continue à écrire et la publication française de son prochain roman, The Ocean at the End of the Lane, est prévue pour 2013.

 

                                                                        
 

Son œuvre

Lorsque DC Comics lui a demandé de réécrire la série Sandman, la consigne était claire : il avait toute liberté dans le travail de réécriture. Cette renaissance devait être tirée de son ressenti, de sa vision des choses. Tout était entre ses mains. C’est à cette époque qu’il a posé les premières pierres de cet univers si particulier qui est le sien. Car Neil Gaiman est avant tout un conteur, que ce soit d’un point de vue strictement narratif ou lorsqu’il s’agit de trouver l’inspiration. Sandman, par exemple, est une série de contes qui empruntent de nombreux éléments à la mythologie, qu’elle soit nordique, celte, arabe, grecque, égyptienne, romaine ou encore japonaise. Ce talent de conteur est le fondement même de son œuvre mais c’est avec son roman  Neverwhere qu’apparaissent les autres éléments principaux de ses écrits et de son univers : la notion de quête et celle de frontière entre les mondes. Dans ce roman, le protagoniste découvre l’existence d’un Londres d’En Bas, souterrain, peuplé par une société magique, et c’est à travers ce monde qu’il suivra la jeune fille dont il a sauvé la vie et qui lui a fait découvrir ce nouveau Londres. Stardust met en scène un village anglais dans lequel se trouve un mur percé d’une porte donnant accès au monde des fées, monde dans lequel le protagoniste devra se rendre à la demande de la fille qu’il aime.  Coraline nous présente une jeune héroïne qui emménage dans une nouvelle maison puis découvre une porte conduisant à un monde parallèle, exacte réplique du sien mais un peu plus « bizarre ». Entremonde monte encore d’un cran puisque le jeune héros, un garçon on ne peut plus ordinaire, se découvre un jour la faculté de marcher à travers les univers parallèles au sien. L’Étrange vie de Nobody Owens ne fait pas exception et la frontière sépare cette fois le monde des vivants de celui des morts. Ce conte initiatique baigne dans une ambiance tout à la fois poétique et légèrement macabre, ambiance qu’on trouvait déjà dans Coraline. On retrouve donc dans ce roman, l’un de ses plus aboutis d’un point de vue narratif, tous les éléments fondateurs du style de l’auteur, ce qui fait de ce livre l’une des pierres angulaires de son œuvre

 

Bref résumé

Nobody Owens avait un peu plus de deux ans lorsque ses parents et sa grande sœur ont péri sous la lame du Jack, un mystérieux tueur aux sombres motivations. La nuit du drame, il parvient à s’échapper et trouve refuge dans un cimetière où il est recueilli par les Owens, un couple de fantômes qui décident de l’élever en compagnie de Silas, être ni vivant ni mort, qui se propose d’être le tuteur du jeune garçon. En compagnie des fantômes qui hantent le cimetière, il grandit et apprend. Mais le bonheur s’avère être de courte durée, car le Jack veut terminer la tâche commencée plusieurs années auparavant, et il est maintenant temps pour Nobody d’aller l’affronter. À l’extérieur.

  

Analyse
 
L’Étrange vie de Nobody Owens, même s’il s’inscrit dans une dimension fantastique évidente, est avant tout un roman d’apprentissage. C’est cette notion d’apprentissage, d’initiation, qui apparaît en filigrane sous la trame du récit. On ne sait rien du jeune héros avant la nuit qui le laisse orphelin, le titre du premier chapitre donnant tout de suite le ton : « Comment Nobody vint au cimetière ».
 
Sa vie commence donc la nuit de son adoption par les Owens, avec un acte symbolique s’il en est : trouver un prénom pour le nouveau venu. Tandis que chaque « habitant » du cimetière, ou presque, y va de sa proposition, prétextant une quelconque ressemblance avec un lointain ancêtre, Mme Owens finit par trancher, rejointe par Silas, futur tuteur de l’enfant :

 

« — Il ne ressemble à personne d’autre qu’à lui-même, dit-elle d’une voix ferme. Il ne ressemble à personne.

— Alors va pour Personne, dit Silas. Nobody. Nobody Owens. » 

 

Cette première étape est claire : l’enfant est unique, tout comme chacun de nous. Peu importe les ressemblances ou la filiation, c’est ce caractère unique qui permet à chacun de lancer sa propre aventure, sa propre destinée.

 

Après les événements de cette fameuse nuit, on retrouve notre héros environ quatre ans plus tard. Cette ellipse est annonciatrice de la structure narrative du roman, qui n’a rien de linéaire, mais est au contraire composée des péripéties qui jalonneront le parcours du jeune Nobody et le feront grandir. Le lecteur partagera donc les événements marquants de son enfance de manière chronologique, les ellipses nous laissant supposer que le reste du temps, son quotidien est celui d’un enfant « normal ».
 
Tout d’abord, sa rencontre avec Scarlett, une enfant de son âge, qui constitue son premier contact avec le monde extérieur et avec qui il découvre la notion d’amitié. Lors de sa rencontre avec La Vouivre, une créature enfermée dans la colline qui abrite le cimetière, il prend d’ailleurs conscience qu’une telle amitié est parfois utile pour vaincre ses peurs.
 
Quelque temps plus tard, tandis que Scarlett a déménagé et que Silas doit s’absenter pour plusieurs semaines, il est laissé aux soins de Miss Lupescu, une lycanthrope chargée de son éducation. Il déteste cette femme, qui incarne l’apprentissage scolaire dans ce qu’il a de plus pénible et qui lui rappelle en permanence le vide laissé par son tuteur, réaction enfantine commune. Pendant cette période, il commet l’erreur de se laisser entraîner dans le monde des goules, et il faut l’intervention risquée de Miss Lupescu pour le tirer d’affaire. Cette aventure change radicalement ses sentiments à l’égard de son enseignante, et une très forte complicité naît alors entre eux. Elle lui permet surtout de grandir et de constater que si certains adultes ont parfois un rôle qui les rend antipathiques, cela ne les empêche pas d’être prêts à tout pour aider et protéger les autres. Il prend également conscience que Silas n’est pas une exception parmi les adultes (son tuteur est son seul véritable ami), et que tous ne sont pas des tyrans destinés à lui dicter sa conduite.

 Il rencontre ensuite le fantôme de Liza Hempstock, une jeune sorcière enterrée en terre non consacrée, sans pierre tombale, à côté du cimetière. La situation du jeune fantôme et sa tristesse font naître une forte empathie chez le jeune garçon, à tel point qu’il prend le risque insensé de s’aventurer en dehors du cimetière sans y être préparé pour remédier au problème de pierre tombale de Liza, ce qui ne manque pas de le plonger dans une situation dangereuse dont il se sort grâce à la sorcière, touchée par sa démarche. Là encore, il en tire un enseignement : peu importe le bon sentiment qui nous anime, un acte stupide reste un acte stupide. Ce qui lui paraît simple dans le cimetière ne l’est plus une fois à l’extérieur, et chaque acte a ses conséquences, qu’il lui faut affronter sans fuir. Chose à laquelle il n’était pas habitué dans le cimetière.
 
Un événement en particulier se révèle être important dans son évolution et dans sa compréhension du monde : la « Danse Macabre ». Lorsqu’il arrive qu’une floraison d’hiver s’épanouisse dans le cimetière, alors à la nuit tombée, les fantômes sortent à la rencontre des vivants et dansent avec eux une partie de la nuit. Une fois le bal terminé, lorsque Nobody essaie d’en parler avec un des fantômes de son cimetière, celui-ci lui répond :

 

« — Les morts et les vivants ne se mélangent pas, mon garçon, dit Josiah Worthington. Nous ne sommes plus de leur monde, et ils sont étrangers au nôtre. Si d’aventure nous dansions avec eux la Danse Macabre, la danse de la mort, nous n’en parlerions point entre nous, et encore moins avec les vivants.

— Mais je suis des vôtres.

— Pas encore, mon garçon. Pas de toute ta vie. »

 Nobody comprend à ce moment-là pourquoi il a dansé dans la troupe des vivants et non au côté des morts. Il prend pleinement conscience que malgré le fait qu’il vive parmi les fantômes et qu’il les considère comme sa famille, il n’appartient pas encore à leur monde mais bel et bien à celui des vivants. Il sait alors qu’il ne peut passer son existence entière dans le cimetière comme il le veut, qu’il lui faudra un jour se séparer d’eux tous, vivre véritablement sa vie et attendre le moment de sa mort pour les rejoindre.
 
Une des dernières étapes de son apprentissage consiste à sortir du cimetière pour fréquenter l’école locale, selon son souhait. Malgré les consignes de discrétion prodiguées par son tuteur, tout ne se déroule pas comme prévu. Témoin du racket de certains écoliers par un couple de brutes un peu plus âgées, Nobody décide de s’exposer pour mettre fin à ce qu’il considère comme quelque chose de profondément mauvais. Mais il découvre vite que vouloir faire le bien, et rétablir un semblant de justice, n’est pas un acte simple (ni reconnu à sa juste valeur dans le monde extérieur) puisqu’en voulant punir les deux brutes, il se plonge dans les ennuis jusqu’au cou, jusqu’au point de vouloir fuir du cimetière pour échapper à la colère de Silas qui le tirera néanmoins de ce nouveau mauvais pas.

 Le dénommé Silas incarne d’ailleurs, à bien des égards, la véritable figure parentale pour le jeune héros. Bien que l’ayant adopté, Mr et Mme Owens ne sont que rarement présents durant l’intrigue. Silas est celui vers qui Nobody se tourne lorsqu’il s’interroge sur ses origines, sur l’homme qui a tué sa famille, sur son avenir au sein du cimetière, sur sa possible vie à l’extérieur ou encore lorsqu’il rencontre des conflits moraux et qu’il s’interroge sur ses actes et leurs conséquences. Mais, et c’est là l’aspect le plus intéressant de leur relation, Silas n’est présent que lorsque Nobody cherche conseil ou réconfort. Il n’intervient jamais dans les décisions du garçon et semble au contraire le laisser commettre ses propres erreurs ou construire ses réussites. L’exemple le plus flagrant est sans nul doute le moment où le jeune héros se retrouve enfin face à face avec le meurtrier de sa famille. Silas est alors absent bien qu’il ait pressenti l’imminence de cette confrontation. Comme s’il voulait que Nobody affronte seul cet ultime adversaire avant son « entrée » dans le monde des vivants. C’est d’ailleurs ce qui se passera puisque le garçon parviendra à vaincre le Jack, pas tout à fait seul puisqu’il recevra « l’aide » de Scarlett, revenue s’installer entre-temps en ville. Notre héros laisse alors derrière lui le cimetière et ses habitants pour aller explorer le monde.
 
Entre la nuit qui a vu périr ses parents et celle qui a vu le Jack disparaître à jamais, il se sera donc écoulé treize ans. Treize années au cours desquelles le lecteur côtoie Nobody, le voit grandir et évoluer, se tromper, faire l’apprentissage de la nature humaine et de ce qu’elle implique. Car malgré l’attachement qu’il porte au cimetière et à ses habitants, il doit regarder la vérité en face : son existence est celle d’un vivant et non d’un mort. Cet aspect du récit est d’ailleurs traité avec beaucoup de poésie et une touche d’humour. Car ce que nous voyons du monde des morts, nous le voyons à travers les yeux du jeune garçon. Au travers du prisme de son innocence, la vie du cimetière nous apparaît toujours rythmée et joyeuse. Et c’est cette poésie qui fait de ce livre une véritable réussite.

 

Mon avis
 
L’Étrange vie de Nobody Owens reste pour moi une référence dans le domaine du fantastique. Et ce sentiment est en grande partie dû à l’incroyable talent de son auteur. Neil Gaiman, comme je l’ai dit plus haut, est avant tout un véritable conteur. Et c’est ce talent si particulier qui ressort en permanence dans le récit, un fin mélange de poésie et de macabre, de drôle et d’effrayant. L’intrigue touche à l’aventure, au fantastique et à la quête initiatique. Un subtil mélange des genres qui vient étoffer le récit lui-même. L’écriture est fluide et parsemée de traits d’humour (les fantômes sont souvent évoqués avec leur épitaphe : « Le docteur Trefusis (1870-1936, Qu’il renaisse dans la gloire) l’examina et diagnostiqua une simple foulure. »). Voilà pour moi les éléments qui font de ce livre un incontournable pour les aficionados du genre.


Mehdi, AS édition-librairie

 

 

Neil GAIMAN sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Caroline sur De bons présages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Neil Gaiman neverwhere couverture

 

 

 

Article de Laure sur Neverwhere.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Fany sur Coraline.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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Published by Mehdi - dans fantasy
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commentaires

cyruliszin 11/03/2013 14:47

je l'ai eu il y a quelques temps déjà, je me souviens d'avoir apprécié cette lecture.
merci pour cette chronique.

Jimmy Deniziot 08/03/2013 10:53

Je suis profondément heureux de lire une chronique sur un livre de Neil Gaiman sur ce site ! "Stardust" est une petite merveille, qui emprunte à tous les classiques de la littérature anglaise,
"Nowhere" un précurseur - et un classique - de la fantasy urbaine et "L’Étrange Vie de Nobody Owens" un des livres de littérature jeunesse et adolescente les mieux écrits et construits de ces
dernières années.
A ce propos, il me semble que ce livre a reçu deux des plus prestigieuses récompenses concernant la littérature jeunesse, la Carnegie Medal anglaise et la American Newbery Medal (américaine,
donc).
Il y aurait beaucoup à dire sur ce livre, qui fait entrer en résonance le fantastique, Beowulf, et bien d'autres choses (jusqu'à Kipling, puisqu'il me semble que le titre original du livre est "The
Graveyard Book" - "Le livre du cimetière" comme il y a "Le Livre de la jungle").
Dans cette catégorie de livres, "L’Étrange Vie de Nobody Owens" est un grand livre, à la fois terrible et délicat. Un peu comme la trilogie "A la croisée des mondes" de Philip Pullman, qui compte
parmi les plus beaux livre jamais écrits, toutes littératures et toutes époques confondues

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